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Ramuz
selon C.-F. Ramuz, 1878-1947
Généralités
Ramuz dès l’âge de 12 ans se sent irrésistiblement
attiré par l’écriture.
Au travers de son journal, on retrouve
multes interrogations propres à cet auteur. On y retrouve toute sa solitude,
toutes ses difficultés d’être.
Ramuz est issu d’un famille bourgeoise.
Sa mère le soutiendra toujours. Ces parents tenaient un commerce à la Riponne,
à Lausanne, canton de Vaud, en Suisse. Il dira de sa jeunesse : pas un
jour de jeunesse heureux.
Pour Ramuz, les œuvres surgissent dans
la douleur et la difficulté d’être. Il éprouvait de la difficulté à écrire,
il relisait et remaniait sans cesse ses textes et les soumettaient à l’épreuve
du gueuloir.
Il vivra dans la misère. Les conseillers
fédéraux Chuard et Mottaz essayèrent
de lui trouver un poste de travail qu’ il refusera les locaux du lieu de
travail ne lui convenant pas !
Il est traité de misogyne.
Il vit retirer à la « Muette »,
grommelle le matin à son bureau et reçoit des visites en fin de journée à
qui il pose des questions, c’est sa manière de s’informer sur le monde.
Lui-même n’allant guère plus loin que son magasin de tabac.
Sa femme lui est complètement soumise et
renonce à la peinture pour lui
Il aime les jeunes, son humour est acide,
on pourrait dire de lui que c’est un dandy de la simplicité.
Breton, Valery, Cendrars, Aragon vont le
solliciter pour une collaboration. Il refuse. Il refuse la Légion d’Honneur.
Il aurait bien accepter le prix Nobel !
Il travaillera avec Stravinsky.
Ses livres furent largement illustrés
notamment par Auberjenois, Hans Erni, Edmond Bille…
Il se passionne pour l’art qui aide à
vivre. Pour la musique : la musique est l’art que je goûte le plus :
il me donne ce plaisir violent qui est une douleur et qu’on chérit étrangement
( Journal, inédit novembre 1900).
Pour lui, rien n’est plus haut que
l’art. L’artiste vit de sensualité et non de pensées.
Il s’intéressait plutôt à la langue
geste qu’à la langue signe. Son style est puissant et dépouillé.
Il désirait parler
« vaudois » tout
en restant littéraire.
Ramuz
et l'art
Citons
Stefan Zweig :
« Les sujets de Ramuz, ce sont
la chaise de Van Gogh, l’arbre d’Hobbema, la violette de Dürer, la
pomme de Cézanne : la banalité du quotidien transfigurée, éternisée
par l’artiste ».
Il faut pour comprendre Ramuz rapidement
souligner sa quête incessante entre le dedans et le dehors.
Cézanne disait de Ramuz :
« Sa grandeur à lui est dans le
silence, sa grandeur à lui est de n’avoir ni buste, ni statue, ayant taillé
le pays tout entier à sa ressemblance ».
Quelques citations de Ramuz
- l’essentiel
est de construire en soi le pays que l’on aime et que sa violence intérieure
est sa vraie matière.
Les œuvres surgissent dans la douleur
et dans la difficulté d’être.
- il
n’y a rien de plus tant pour moi que l’art.
- il faut que je meure à moi-même
consentant à finir pour me recommencer.
- je marche à
l’extrême bord de la vérité en risquant toujours de
tomber
dans le vide.
Dans « Farinet », la découverte
de l’or, c’est le mythe de la création.
Ramuz est le contemporain de Rilke.
Citations:
-
Il m’est arrivé hélas ! d’écrire des
livres, mais ce n’est pas mon vrai métier. Mon éducation a été faite
par les peintres. J’entends qu’un goût bizarre m’a poussé de bonne
heure à tâcher de reproduire, comme ils m’enseignaient à faire, non des
idées, mais des objets, cherchant à douer l’image que je tirais d’eux
d’une certaine ressemblance où ils seraient à la fois et où je serais
moi-même.
-
L’art commence où finit l’exactitude ;
l’art est inexact, il doit l’être ; en ce sens, il est « mensonge »,
comme vous dites, mais prenez garde que votre amour de la vérité ne soit
que l’amour de l’exactitude. Car vérité et exactitude sont quelquefois
contradictoires.
-
(…) il semble que tout y soit finalement et tout y
est ; - mais c’est précisément parce que tout
y est qu’il n’y a rien. Sa description est fausse ; elle est
fausse parce qu’elle est exacte. Elle est fausse parce qu’elle n’est
pas convenable. (…). L’écrivain
est puni par où il a péché. Il a été infidèle à lui-même. Il a oublié
que les choses pour lui ne peuvent avoir qu’une existence intérieure ;
et que là, c’est-à-dire au dedans de lui-même, il y a un paysage
qu’il voit ou qu’il ne voit pas ; et s’il le voit, il
n’a qu’à le décrire, le décrire tel qu’il le voit ; et s’il
ne le voit pas, qu’à ne pas le décrire. Il a oublié que c’est
quelquefois en ne décrivant pas qu’on décrit. Il a oublié que
l’imagination ( la faculté à laquelle il doit précisément la
possibilité de créer l’image) n’est qu’une mémoire, mais une mémoire
active, dont le rôle est de déformer pour transformer, de détruire
en quelque manière pour reconstruire, d’être inexacte pour être vraie ;
et que c’est justement dans cette transformation et cette reconstruction
qu’il s’exprime lui-même, substituant sa propre unité à celle qui est
hors de lui, mais qui reste tout à fait insaisissable. De sorte qu’il ne
dispose que de la sienne, d’unité, de sorte qu’il est dans la nécessité
de tout y ramener, de sorte que son ouvrage sera d’autant meilleur
qu’elle s’y imposera davantage.
-
L’invention s’intéresse aux faits ( accompagnés
ou non « d’images », le plus souvent non accompagnés
d’images) ; elle est d’autant plus vive qu’elle les saisit en
plus grand nombre et s’entend mieux à les combiner. L’imagination,
elle, peut très bien ne s’intéresser qu’à un objet unique ; ce
qui importe seulement, c’est l’état d’intensité qu’elle lui confère
en faisant de lui une image.
-
Dans le chapitre intitulé « la lecture des
graduations » ( qui constitue en somme toute la science), M.
Eddington, qui a de l’humour ( un peu trop) nous donne pour exemple un
texte de composition qui débute par la phrase suivante : un éléphant
glisse sur une pente gazonnée….. Voilà notre monde. Il faut aller
voir dans le texte même comment l’éléphant devient
une masse de deux tonnes ; la pente est remplacée par un angle
de 60% ; le gazon par un coefficient de frottement. Notre monde :
ciel qui est dessus, le temps qu’il fait : tout a disparu ; et
c’est dans un autre monde, un monde à eux où jamais ces choses que nous
aimons, ces choses avec qui nous avons une parenté, ces choses qui
nous sont nécessaires, ne reparaîtront jamais, que les problèmes se
posent et parfois, se résolvent : amis ils se résolvent par des
angles, des coefficients de frottement, des masses ; - ils ne se résolvent
pas pour nous ( d’ailleurs ils n’y prétendent pas
-
(..) on a été trop porté à méconnaître la qualité
très spéciale d’émotion que l’œuvre d’art utilise, et qu’il
s’agit moins ici de celle qui provoque en nous le spectacle immédiat des
choses, que de celle que l’artiste suscite volontairement en lui-même, grâce
à ses facultés imaginatives(…) « moins on sent une chose,
dit Flaubert, plus on est apte à l’exprimer ». Le sentiment
à l’état pur porte à l’action…Et l’expression est le fait
de l’artiste. L’artiste ne vit pas la réalité, il la revit. Le
sentiment alors, en effet, que l’artiste passe de son rôle de spectateurs à
celui d’auteur ; mais c’est aussi que ce spectacle intérieur, ce spectacle
imaginaire est pour lui plu réel que la réalité même.
-
La vérité est une pensée matérialisée, la vérité
doit exister non seulement en nous, mais devant nous. Non seulement elle
doit avoir un commencement et une fin, mais des contours, et non seulement
des contours, mais un relief et un volume. Elle doit non seulement pouvoir
être vue, mais touchée, et puis embrassée, puis finalement soulevée,
ayant un poids à elle et une densité.
-
Toutes les choses sont pareilles en ceci du moins
qu’elles passent et nous voyons bien qu’elles passent : mais l’amour que
nous leur portons fiat en même temps que nous voudrions ne jamais les voir
passer. Nous les connaissons, elles nous ignorent. Nous aimons les choses,
elles ne nous aiment pas. Elles ont leur mouvement propre : elles y cèdent
sans tenir compte du nôtre. Elles contredisent sans cesse à ce qui nous
aimerions qu’elles fussent.
-
La nature ne prouve pas Dieu, bien au contraire. Pascal
l’a déjà dit, Pascal avait raison. La nature ne se présente à nos yeux
que sous l’aspect d’un immense désordre…La nature est une chose toute
passive qui semble complètement livrée à la loi du hasard et ne réussir
jamais rien qu’à travers un monceau de choses avortées.
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