Les principes de la justice

John Rawls

Né en 1921

 
   

 

Commençons par les deux principes de la justice posés par Rawls :

  1. Chaque personne doit avoir un droit légal au système le plus étendu de libertés de base égales pour tous qui soit compatible avec le même système pour les autres.
  2. Les inégalités sociales et économiques doivent être organisées de façon à ce que, à la fois

a)      l’on puisse raisonnablement s’attendre à ce qu’elles soient à l’avantage de chacun et

b)     qu’elles soient attachés à des positions et à des fonctions ouvertes à tous.

Dans les chapitres 10-17, il sera traité des principes de la justice.

Dès le chapitre 17, il sera traité des principes des individus.

Si nous regardons le schéma de la page 140, posé par ordre et en chiffres romains, nous y trouvons :  les individus ( remarquez que Rawls les place après les systèmes sociaux et institutions) qui ont des exigences ( obligations, devoirs naturels ) et des permissions.

 Définissons un concept juste : c’est les principes que les individus acceptent pour vivre entre eux, avec usage du  voile d’ignorance (  se rapporter au chapitre 24, p.168 qui nous parle de ce voile d'ignorance ou se à la justice comme équité , chapitre 1. ).

 Dans le principe d’équité nous avons dans le schéma le point II b, ce principe porte sur les obligations et non sur les devoirs naturels.

 Pourquoi est – on obligés d’obéir à des règles?

1) l’ institution doit être juste (ou équitable ) et  satisfaire les deux principes de la justice 

2) on doit accepter librement les avantages qu’offrent les institutions ou que l’on ait profité des institutions pour promouvoir ses intérêts personnels ( voir p.142 ).

  Principes d’équité :

-         principes justes ( nous ne sommes pas obligés de servir un gouvernement arbitraire )

-         donnent la liste des actes volontaires exigés.

La caractéristique des obligations résulte : 

1)  des actes volontaires

2) du  contenu des obligations définies par une institution dont les règles précisent  ce qui est exigé

3) les obligations s’adressent à des individus précis

Par exemple : un poste élevé d’Etat correspond aux principes d'équité: 

1 ) en effet, j’ai envie de me poser comme candidat

2) si je suis élu, je ferai ce qui est dit dans la campagne

3) les obligations s’adressent à ceux qui ont été élus.

Nous pourrions prendre un exemple analogue pour le mariage par exemple ( acte de volonté, respect des liens, s’adresse à ceux qui se marient.Ou nous pourrions pratiquer le même exercice avec le jeu.

Dans les chapitres 51 – 52, Rawls va émettre deux réserves ( voir son développement sur les obligations du  citoyen moyen et sur l’obligation de tenir parole ceci se rapportant au principe d’équité).

Parlons un peu à présent des devoirs positifs et des devoirs négatifs :

- un devoir positif est le bien fait à autrui pour autant que l’on ne risque pas sa propre vie

- un devoir négatif est la souffrance que je fais à autrui.

A votre avis quel devoir préfère Rawls ?Que choisir, devoir positif ou négatif ?

L’exercice du devoir nous confronte à deux situations : 

-quand fait – on quelque chose ?

-quand ne fait – on rien ?

Le devoir négatif l’emporte. Pensons à l’exemple que propose le  philosophe Ernst Tugendhat, dans son Conférences sur l’éthique, édition Puf : : le médecin qui désire sauver cinq patients souffrant chacun d’un organe malade différent peut – il couper en morceaux un sixième patient sain ?

Rawls dans ce cas choisirait le devoir négatif. Toujours dans la perspective d’une coopération sociale et non par  exemple dans un statut pour les enfants ( les nourrir …) . Il faut concevoir que derrière le voile d’ignorance nous sommes désincarnés, nous ne savons rien, nous ne savons pas , par exemple, si nous sommes malades ou non.

Nous n’avons pas d’obligation de tenir parole en politique, dans une perspective fonctionnelle, les promesses ne doivent pas choquer !

Les devoirs naturels 

Il y a une différence entre obligations et devoirs.

  1. Les devoirs s’appliquent à nous sans tenir compte des actes volontaires.
  2. Les devoirs naturels non rien à voir avec les institutions ( par exemple si une personne est en train de se noyer ).
  3. Le contenu des devoirs naturels n’est pas défini par des règles  institutionnelles.
  4. Les devoirs naturels ne viennent pas de promesses ( voir les politiciens qui promettent monts et merveilles ).
  5.  Les devoirs naturels s’imposent entre les personnes s’en tenir compte des relations institutionnelles, ils concernent tous les individus de la société. Ils s’imposent à tous ( et non les obligations, voir, celui qui se marie, etc) d’où l’adjectif naturel. Un devoir naturel par exemple, c’est d’aider quelqu’un qui est en danger.

Le devoir naturel fondamental est le devoir de justice. Le respect et la protection des institutions justes. Les devoirs naturels sont inconditionnels, les obligations sont conditionnelles. La notion de justice est tournée vers les autres, la justice des institutions est un filtre préalable. Si la structure de base de la société est juste, ou raisonnablement juste, étant donné les circonstances, chacun a le devoir naturel d’y participer. Chacun est lié à ces institutions, indépendamment de ses actes volontaires, performatifs ou autres.

Les permissions 

Selon le schéma de la page 140, elles sont : 

1)      des actions indifférentes

2)      des actions surérogatoires ( au - delà d’une obligation, par exemple l’héroïsme, le sacrifice de soi, sauver quelqu’un dans une maison en feu ).

 Pour définir la structure de base de la société, il faut se rapporter aux deux principes cités auparavant  soit pour rappel :

1. Chaque personne doit avoir un droit légal au système le plus étendu de libertés de base égales pour tous qui soit compatible avec le même système pour les autres.

2. Les inégalités sociales et économiques doivent être organisées de façon à ce que, à la fois

a)  l’on puisse raisonnablement s’attendre à ce qu’elles soient à l’avantage de chacun et

c)      qu’elles soient attachés à des positions et à des fonctions ouvertes à tous.

Le fondement des institutions, c’est a) d’autorisé b) d’interdire. Pour mieux le comprendre songez par exemple à une partie d’échecs, où chaque pièce a un rôle spécifique et qu’il faut suivre des règles de jeu. Rawls définit l’institution comme étant un système public de règles qui définit des fonctions et des positions avec leurs droits et leurs devoirs, leurs pouvoirs et leur immunités et ainsi de suite. Nous pouvons nous représenter les institutions ainsi :

1.      comme objet abstrait ( voir les règles ).

2.      regard de la réalisation des actions ordonnés par des règles à un certain moment, à un certain lieu.

Dans le concret nous avons la notion du juste. Dans l’abstrait nous avons le juste et l’injuste.

Dans un système public de règles , nous admettons que chacun connaît les règles ( si une personne est élue député, elle doit savoir les règles). Le système public exige des connaissances effectives ou présomptives,  la Feuille Officielle, par exemple, publie cette sorte de  connaissances .  Les règles doivent être faites pour servir les personnes et les institutions, C’est une sorte de juxtaposition. Ainsi, un brasseur fait de la bière, il faut comprendre que ses motifs ne sont pas uniquement pour étancher la soif des personnes et faire plaisir. Nous trouverions ici l’effet de la main invisible d’Adam Smith, soit : que chacun poursuivant son intérêt concourre au bien commun. Des règles peuvent être injustes sans que l’institution le soit . La théorie de la justice comme équité considère la société comme une entreprise de coopération en vue d’avantages mutuels .Dans la justice formelle nous avons deux principes ayant pour l’un un rôle attributif et pour l’autre un rôle distributif. La justice formelle est l’administration impartiale et conséquente des lois institutionnelles quels que soient leurs principes concrets. Rawls dit ceci : il est concevable qu’un système social puisse être injuste même si aucune de ses institutions n’est injuste pris séparément. L’injustice est la conséquence de la façon dont elles sont combinées ensemble pour former un seul système Une institution peut encourager et sembler justifier des attentes qu’une autre niera ou simplement  ignorera. La loi et les institutions peuvent être appliquées de manière égale et être pourtant injustes. Il n’y a pas de contradiction q’une société d’esclaves ou de castes, ou encore approuvant les formes les plus arbitraires de discrimination, soit administrée de manière égale et conséquente, quoique ce soit peu probable. Néanmoins la justice formelle, la justice comme régularité, exclut des formes importantes d’injustice.

Dans un état de droit, les lois sont appliquées systématiquement, même si elles semblent injustes. Le droit formel traite de cas semblables et de façon semblable. Rappelez - vous de la justice et du bandeau qu’elle porte !

La justice peut être : a) réelle b) formelle. Elle  est amenée par une structure de base : a) juste b) injuste.

La structure de base impose un certain rôle, que nous pouvons biaiser ou pas. La justice formelle, c’est l’administration impartiale et conséquente des lois et des institutions, c’est un aspect de l’état de droit. En suivant des règles, nous arrivons à un  niveau formel.L’objet premier est l’organisation des institutions sociales majeurs, l’attribution des droits et des devoirs, la répartition des avantages et des charges de la vie sociale. La différence lexicale, c’est la chaîne  La structure de base répartit les biens premiers. Le bien premier est le respect de soi-même. Les biens naturels sont par exemple : la santé, la vigueur, l’intelligence.

Donc, nous avons deux aspects du  système social :  libertés de base pour chacun et spécificité des inégalités sociales et économiques : des avantages pour chacun et un système ouvert à tous qui entraînent une répartition des revenus et de la richesse et les grandes lignes organisatrices ( carrière ouverte à tous, par exemple ).On ne tronque pas la liberté de base contre plus d’avantages de la répartition, ainsi les esclaves privés de la liberté.

Ce qui est injuste, c’est que les inégalités ne profitent pas à tous.

Les principes tablent sur l’égalité et l’inégalité. La situation hypothétique est un ensemble de disposition que nous prenons si nous ne savons rien de la trajectoire de notre vie.

Rawls nous dit quelque chose comme : le plus fauché des américains est mieux loti que le soviétique avec un certain standard de vie, problème de l’efficacité ( s’en tirer mieux que son voisin) .

Rawls nous fait également  allusion à la règle d’or, contrat implicite qui nous dit :

Comporte - toi avec les autres comme tu aimerais que l’on se comporte avec toi.

 

 

D’un côté nous avons les individus et de l’autre la justice dans laquelle nous faisons trois distinctions soit : structure de base  - institutions

                              règles à l’intérieur des institutions, groupe de règles

                              justice formelle .

Avec  quatre  interactions ( tableau page 97 ) possibles pour les deux principes de la justice ( avantage de chacun et ouvertes à tous ) :

A)    système de liberté naturelle

B)     égalité libérale

C)    aristocratie naturelle

D)    égalité démocratique.

 

Pour A )le système de liberté formelle,  nous avons : le principe d’efficacité ( s’applique à des configurations particulières du système économique , par exemple la répartition des biens entre consommateurs ) plus le principe d’égalité défini par une carrière ouverte à tous, pour les individus capables et désireux de la faire .  Il faut tenir également compte des contingents sociaux naturels.

Dans l’égalité naturelle, nous avons le principe de l’efficacité et une juste égalité des chances.

Pour  C ) l’aristocratie naturelle est une interprétation possible des deux principes de la justice, elle touche l’élite, et si nous diminuons les avantages de l’élite, alors nous diminuons aussi les avantages de la non – élite.

Pour B ) l’égalité libérale soit : nous devrions avoir les mêmes chances dans la vie, des capacités et des talents semblables sans tenir compte de la «  loterie naturelle ».

Pour D) l’égalité démocratique , considéré comme le meilleur , ( voir chapitre 13 ), c’est le principe de la différence ( voir page 109 : selon le principe de différence, l’inégalité initiale n’est justifiable que si la différence entre les attentes respectives procure un avantage à l’ individu représentatif des plus démunis, dans ce cas l’ouvrier non qualifié représentatif. L’inégalité dans les attentes ne peut –être permise que si, en la diminuant, on appauvrissait encore plus la classe ouvrière ) et une juste égalité des chances. Il faut aussi voir le chapitre 13 pour la relation en chaîne, c’est à dire si  nous avons plusieurs perspectives de vie. Ainsi X1 / X2 X3 / X4 .  

X 1 étant très favorisé, X2 X3 étant le milieu et X4 le moins favorisé. Rawls trouve plausible de dire que  les attentes des plus favorisés aident aussi les moins favorisés !

En page 115,  nous avons ceci : les inégalités sociales et économiques doivent être organisées de façon à ce que, à la fois, (a) elles apportent aux plus désavantagés les meilleures perspectives et (b) elles soient attachées à des fonctions et à des positions ouvertes à tous, conformément à la juste  (fair ) égalité des chances.

Le 2ième principe est lié au principe procédural pur , ainsi la répartition est juste si la manière de répartir est juste ( par exemple dans les paris ou autres jeux , voir page 118: c'est une procédure correcte ou équitable qui détermine si un résultat est également correct ou équitable, quel qu’en soit le contenu, pourvu que la procédure ait été correctement appliquée ).

Il faut faire une distinction entre le juste et le bien. Le juste fait partie d’une procédure et le bien est plutôt public dans les arrangements sociaux. Dans l’ensemble on peut dire que les biens premiers sont constitués par les droits, les libertés et les possibilités offertes, les revenus et les richesses . Un bien premier particulièrement important est le sens que quelqu’un a de sa propre valeur ( voir page 123 ).

 

 

 

 

 

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