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Leibniz Le principe de raison suffisante |
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Sommaire
1. Raison de la raison
suffisante chez Leibniz
2. Dieu cause formelle ou
cause éminente.
3. Définition du possible.
3a. Nécessité stricte de
l’organisation du monde.
3b. Nécessité hypothétique
basée sur le choix du meilleur.
4. Problème de la liberté
chez Spinoza.
5. Problème de la liberté
chez Leibniz.
Introduction
Le principe de raison
suffisante permet de mettre en opposition les doctrines de Spinoza et de Leibniz
sur la substance nécessaire à l’existence du monde.
Développement
1. Raison de la raison
suffisante chez Leibniz
Le principe de raison suffisante se fonde sur la
théorie des vérités. Leibniz distingue deux sortes de vérités:
les vérités nécessaires;
vérités logiques où l’opposé est impossible puisqu’elles
“C’est aussi par la connaissance des vérités
nécessaires et par leurs abstractions que nous sommes élevés aux actes
réflexifs, qui nous font penser à ce qui s’appelle moi”
Les vérités de faits par contre ne sont pas
nécessaires mais contingentes, le monde phénoménal permettant d’autres
possibilités non contradictoires. Les vérités de faits ne permettent pas une
analyse exhaustive. On peut toujours rendre raison d’un état donné par un état
antérieur en remontant la chaîne des causes mais ceci à l’infini.
Pour que le monde ait un
sens, il faut établir un début à cet enchaînement de faits d’où le principe de
raison suffisante. Cela pose l’existence de Dieu comme substance nécessaire,
cause de la série sans la contenir, cause éminente de la série ne la contenant
qu’en puissance.
« Il faut que la raison
suffisante ou dernière soit hors de la suite ou série de ce détail des
contingences quelqu’infini qu’il pourrait être »
(37, monadologie).
2. Dieu cause formelle
ou cause éminente
Chez Spinoza, contrairement à Leibniz, Dieu est la
cause formelle et non éminente de la série, le monde étant en Dieu puisque la
cause contient l’effet. La raison du détail n’est autre que le tout.
3. Définition du
possible
Une autre divergence apparaît dans les
philosophies de Spinoza et Leibniz à partir de la théorie de la possibilité. Les
deux admettent pourtant la même définition du possible qui est réelle et non
simplement logique:
est possible ce qui tend à
l’existence
et non seulement ce qui
n’est pas contradictoire.
3a.Nécessité stricte de
l’organisation du monde
Spinoza réduit le possible
au réel. Tout ce qui est possible est réel et si quelque chose ne se réalise
pas, c’est qu’il s’agit d’un impossible. La notion de la possibilité de choix
n’a pas de sens dans les choses produites par Dieu, celle-ci dérivant de lui
nécessairement, en vertu des lois de sa seule nature. Les idées de l’entendement
divin sont en parfaite simultanéité avec les choses, elles se déduisent les unes
des autres selon le même ordre et avec la même nécessité que les choses se
produisent dans la nature.
« de la nécessité de la
nature divine doivent résulter en une infinité de modes, une infinité de choses,
c’est à dire tout ce qui peut tomber sous un entendement infini »(
Ethique I.16).
Pour Spinoza, cet être que nous appelons Dieu ou
la nature, agit en vertu de la même nécessité par laquelle il existe, par la
nécessité de sa propre nature. Pas plus qu’il n’existe en vue d’une fin, il ne
saurait agir en vue d’une fin. Cela exclut le finalisme providentiel mais pas
l’organisation de la nature.
3b.Nécessité
hypothétique basée sur le choix du meilleur
Leibniz, pour dépasser le concept du possible chez
Spinoza, ajoute une nécessité morale à la nécessité de l’existence.
Il recourt à la notion des compossibles qui permet
de distinguer parmi les possibles, ceux qui peuvent exister ceux qui ne sont
pas compatibles. Avant la création du monde, les monades étaient des possibles
qui tendaient à l’existence. Dieu fait passer les monades du possible au réel en
choisissant nécessairement parmi les possibles compossibles, ce qui présente le
maximum de perfection pour conduire au meilleur des mondes possibles en vertu
d’un principe de convenance et non absolument. S’il choisit nécessairement le
meilleur, c’est parce que sa volonté suit immédiatement le jugement de son
entendement. Etant souverainement puissant, son entendement engendre tous les
possibles concevables et sa sagesse parfaite lui fait connaître le degré de
perfection de tous ces possibles. Bien que ce choix soit nécessaire, il découle
de la bonté de Dieu, de sa volonté et représente bien une nécessité morale
puisqu’il a pour fin le meilleur des mondes possibles.
4. Problème de la liberté
chez Spinoza.
La liberté de Dieu n’est pas
l’opposé de la nécessité mais de la contrainte. Dieu agit selon les seules lois
de sa nature et par son infinitude, ne peut être contraint par quoi que ce soit
d’extérieur à lui puisque tout est en lui.
Qu’en est-il de la liberté de l’homme, qui lui en
tant qu’être fini, est sans cesse contraint par des forces extérieures à agir
d’une manière déterminée?
C’est par le passage des différents degrés de
connaissance que nous pourrons accéder à la liberté du sage qui est une sorte de
consentement individuel à la nécessité divine. Seule la connaissance de la
nécessité nous permet de briser les chaînes du destin.
« Une affection, à mesure
qu’elle nous est mieux connue, tombe de plus en plus sous notre puissance et
l’âme en pâtit de moins en moins... En tant que l’âme conçoit toutes choses
comme nécessaires, elle a sur ses passions une plus grande puissance; en
d’autres termes, elle est moins sujette à pâtir »(
Ethique V 3 et 6).
Grâce au travail de la
pensée qui nous amène à la connaissance vraie ayant pour principe l’idée de
Dieu, les éléments extérieurs perdent de leur objectivité étant enveloppés par
notre activité spirituelle et deviennent les manifestations de notre
intelligence et de notre volonté.
L’homme libre finit par assimiler les choses aux
résultats qu’entraîne le déploiement de sa pensée dans la prise de conscience de
l’ordre universel. Il vit en accord avec lui-même et avec ses semblables. Il
n’est pas responsable de sa nature mais par la raison assume la responsabilité
de ses actes dans la vie sociale.
Chez Spinoza, le principe de
raison suffisante est remplacé par le principe d’utilité.
« J’entendrai par bon ce que
nous savons avec certitude nous être utile »
« Par la fin, en vue de
laquelle nous faisons quelque chose, j’entends l’appétit »
« Le Désir est l’appétit
accompagné de la conscience de lui-même »
« L‘effort pour se conserver
est le premier et unique fondement de la vertu »
(Ethique IV, définition I
/IV, déf.7/III,9 scolie,
IV,
22 corollaire)
A partir de ce principe, nos
multiples expériences nous conduisent à la recherche d’un bien commun à tous les
hommes, d’un idéal de perfection de la nature humaine défini par l’autonomie
rationnelle.
C’est ainsi que la raison,
par laquelle les hommes s’accordent en nature, qui est commune à tous, étant une
propriété de leur essence, devient un principe d’union dans la vie sociale.
(Eth IV.35.1-2 et
scol /Joseph Moreau.Spinoza et le spinozisme, p. 71).
C’est en refusant toute
projection de nos besoins sur Dieu que Spinoza nous fait affronter l’univers
armé de notre seule raison mais nous permettant d’accéder à la sagesse.
Par un saut de la
connaissance rationnelle à la science intuitive, connaissance intellectuelle de
Dieu, l’homme saisit l’existence des choses singulières, son individualité et
son fondement en Dieu.
Spinoza passe du réalisme à
l’idéalisme pour rendre compte d’une possibilité de liberté chez l’homme.
5. Problème de la
liberté chez Leibniz.
Pour Leibniz, la puissance
infinie de Dieu se manifeste dans une infinité de monades exprimant chacune à sa
manière son rapport au tout. Pour que la monade ne soit pas asservie au milieu
cosmique, Leibniz refuse la communication des substances et pose l’isolement
complet de la monade.
“Les monades n ‘ont point de
fenêtres par lesquelles quelque chose y puisse entrer ou sortir”
(7, monade ).
Leibniz conçoit la liberté
du sujet lorsque les divers événements théoriques ou pratiques de sa vie
coïncident avec la source de ses pensées qui le dirigent.
La théorie de l’harmonie
préétablie permet de sauver l’unité du réel car chacun de ses éléments
constitutifs adopte spontanément le mode d’évolution commun à tous les autres.
Leibniz donne à chacune des existences limitées une individualité, une forme
spirituelle unique. Les monades diffèrent toujours peu ou beaucoup les unes des
autres pour exprimer le monde d’une infinité de manières ce pourquoi elles ont
été créées.
“La notion individuelle de
chaque personne enferme une fois pour toutes ce qui lui arrivera à jamais, de
sorte qu’on n’ y voit les preuves a priori ou raisons de la vérité de chaque
événement.”
(Couturai -La logique de Leibniz, p. 209).
La vie de l’âme n’étant que le déroulement de
prédicats fixés d’avance, que reste-t-il de la notion de créature responsable
que requiert la morale de Leibniz?
“Tout est donc certain et
déterminé par avance dans l’homme, comme partout ailleurs, et l’âme humaine est
une espèce d’automate spirituel, quoique les actions contingentes en général et
les actions libres en particulier ne soient point nécessaires pour cela d’une
nécessité absolue, laquelle serait vraiment incompréhensible avec la
contingence.”
(Théodicée I. , 52)
Bien que Leibniz donne une
importance inestimable à chaque individu puisque chacun a été choisi par Dieu
pour participer le mieux possible à l’harmonie universelle, l’individu n’en
reste pas moins un être complètement déterminé. Sa seule liberté est d’accepter
les décrets de Dieu même s’il ne les comprend pas puisqu’il sait que tout a été
créé par un être d’une sagesse et d’une bonté infinie dans le choix du meilleur
des mondes possibles.
Par le principe de raison
suffisante, il veut rendre raison de toute existence sans exclure le rôle de la
volonté divine dans la création. La logique pour Leibniz, étant constitutive de
l’entendement divin, tout ce qui arrive est compris analytiquement dans l’idée
de l’univers le plus parfait dont le choix de la réalisation des possibles
dépend d’une souveraine volonté raisonnable. La philosophie de Leibniz vise à la liberté et à la responsabilité de l’homme par sa confiance totale mise en un Dieu parfait qui agit dans le meilleur intérêt de l’homme.
Conclusion
La philosophie de Spinoza est une véritable
dynamique de la vie. L’individu conserve une marge d’action morale en employant
au maximum ses possibilités naturelles de réflexion. Face au vicissitudes de la
vie, il peut acquérir un équilibre interne lui donnant une certaine autonomie
puisqu’il sera de moins en moins affecté par l’extérieur.
La philosophie de Leibniz enferme l’homme dans un
système statique où tout est basé sur la confiance totale et sur l’obéissance à
un Dieu qui, dès le départ, décide absolument de toutes ses actions. Ce n’est
pas une joie qui se dégage de cette philosophie mais une consolation dans
l’espérance en l’au-delà.
Le déterminisme causal de Spinoza est
inconciliable avec le déterminisme des fins de Leibniz. Pour le premier, il
s’agit de trouver un sens à l’existence dans le monde tandis que pour le second,
le sens est donné a priori dans l’espérance de faire partie de la Cité divine
des Esprits dont Dieu est le Monarque. Spinoza fait passer le vrai avant le meilleur.
Leibniz, le meilleur avant
le vrai.
(Georges
Friedmann, Leibniz et Spinoza, page 212). Remerciements spécifiques à Heidi Beuret,Fleurier, auteur de cette page.
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