Pour changer du haïku, un peu de poésie

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 GARES

 

Mon chéri,

Tu es parti, dans ce train sombre,
entouré de policiers
Prisonnier de Sibérie
pour tes idées

Te reverrais-je jamais ?
Pourrais-je à nouveau taquiner ce visage aimé ?
Jouer dans tes cheveux ?
Onduler tes boucles d'un baiser ?
Tu es parti dans ces vastes,
fertiles plaines de terre noire.

Es-tu aux confins Sud,
près du fleuve Amour
qui tourbillonnent nos pas perdus
qui charrient  nos valses éperdues ?

Te souviens -tu ?
Au palais de Léningrad
Tes mains chaudes
Me conduisaient là
où j'aimerais tant retourner

Es-tu près de L'Oural ?
Que ne suis-je Catherine,
pour commander, ordonner
apprêter un transsibérien
pour te retrouver

Es-tu dans la taïga ?
Que ne suis-je Gengis Khan,
pour disposer, adjurer,
exiger un cheval fougueux
pour t'embrasser
mon chéri

As-tu faim ?
As-tu froid ?
Es-tu près du détroit de Béring ?

Je t'écris de la gare,
celle là même
où nous avons ri,
réchauffé le vent d'hiver
avec un thé de tsar impérial

Qui t'apportera ma lettre ?
Quel convoi ?
La recevras-tu jamais ?
Qui sont tes compagnons ?

Sais-tu encore
ce qu'aimer signifie,
mon chéri
Dis-le moi ?
Tu ne peux pas ?
Tu es enchaîné dans l'Oural,
loin du Mistral

Rappelle -toi de ce voyage,
de cette locomotive qui noircissait
nos frimousses épanouies

Rappelle-toi
cette gare de province
Lieu de transition,
lieu d'attente,
lieu pour accueillir
nos entrelacements
discrets, furtifs,
de ce trajet de noce

Petropavlovsk t'offre peut-être
un climat plus doux, des journées
qui réchauffent ton exil ?

Travailles -tu dans les mines
de lignite de l'Iénisseisk ?

J'aimerais, pour toi, être
pierre précieuse de l'Altaï.

Te rejoindre, galoper,
mes bras autour de ta taille,
ma joue contre ton dos robuste,
rempart d'un vent voleur de larmes

J'aimerais pêcher avec toi,
dans les mers d'Okhotsk,
oeuvrer dans les beurreries de l'Altaï

J'aimerais monter dans le compartiment
aristocrate de ce wagon,
pour venir te murmurer
mes « je t'aime »

Rappelle-toi
« Mon coeur meurtri par la misère,
 n'a plus d'espoir qu'en ton amour »

Schubert, Ave Maria,
Chante avec moi,
mon chéri.

Toutes les vibrations
Résonnent,
coulent en nous

Musique
Fleuve de toutes les eaux
Coule en nous

Je t'aime...
.....


Mon chéri,

Je suis à nouveau près de toi,
pour me réchauffer de l'air glacé
de cette immense gare ouverte
dans ce buffet, ce restaurant agité

Je viens te retrouver, je cours à toi

Je suis ici comme à un rendez-vous,
galant pour toi mon amant,
je me fais belle, mon chéri
J’ai revêtu ma robe,
celle que tu préfères, au liseré
doux comme notre amour.

Tu me disais qu’elle me déguisait
en fauvette des marais,
qui se ployait comme cette fragile plante,
sous la caresse de tes mains
qui glissaient sur le tissu soyeux
Tu me disais pipeau des plus beaux,
gracile roseau abritant le nid
nos folies

Tu es là, à côté de moi
Ta main confiante
sur mon épaule

Je suis offrande à tes désirs
pour apaiser ta peine, tes soupirs
qui assombrissent les pas de ta vie

Mon visage est revêtu
d’un voile léger, fin litham
que j’aimerais que tu soulèves
pour poser un baiser
sur mon visage ennuagé
par la peine de notre séparation


Je vais attendre
que la dernière fumée s’évanouisse,
que la dernière haleine de la locomotive s’envole
Pour prolonger cet instant,
Pour te parler encore de notre voyage.

De ces modhifs,
dans les étangs du Sud,
près de Chatt-al-Arab,
De ces huttes immenses,
De ces palais de paille
sumériens où tu jouais au sultan,
pour me faire plaisir, rire
me conquérir,
sous les voûtes millénaires

Je dois te laisser, te quitter
Je suis la dernière cliente,
Le dernier train est parti

Je t’aime….


Mon chéri,

Je suis là, fidèle,
dans cette salle prête
à m’accueillir,
à recueillir
ma solitude lancinante

Je ne vais pas te parler
de longs voyages.

Tu me manques tant
C’est un sentiment si fort,
mon amour

Je sais
que tu souhaiterais
que je sois plus courageuse
Toi qui endures des tourments
dans cet exil lointain,
dans cette Sibérie orageuse,
outrageuse où souffle
un âpre et destructeur vent

Je sais que tu es fort
Je sens encore tes bras
prometteurs, lagunes infinies
de cet amour si bleu, si pur.
Tu es mon atoll, ma terre promise

J’aimerais
tant que tu sois là
Jouer, comme avant,
à battre à l’unisson
Tu appuyais ton cœur
contre mon cœur
Ce roulis talochait nos corps
Nous rêvions d’être Un
Unis pour la vie

Je t’abrite en mon giron, tu es là,
Tu le sais, sans cesse
Mais mon âme est cabossée,
ma mémoire figée sur hier
Je m'exhorte à rêver
à des demains séducteurs

J’aimerais te donner mon amour
tout ce dont tu as besoin,
que tu oublies, dans mes bras,
les affres du rivage lointain
où tes idées t’ont mené
Te guider sur un après meilleur

Je sais que tu luttes
Sur cette île où ce bateau
ivre de régime t’a jeté

Ici, je ferraille, résiste,
milite avec nos amis
Tu es avec nous,
Nous continuons
N’aie crainte,
nous sommes prudents

Je reste
dans l’ombre
de ta force

Ton amour.... 


Amour,

Je viens à toi

 

Je me prends à aimer

cette gare,

son joyeux tapage

Ces volutes de fumée

dansantes

sur mes peines infinies

Je me prends à aimer

les trains

qui scandent

à mes tempes les voluptés

de souvenirs passionnés

 

Tu es bateau,

je suis ancre

Tu es soleil,

je suis ciel

Tu es eau,

Je suis rivière

Tu es fleur,

Je suis pétale.

tu es tout,

je suis rien sans toi

Reviens-moi !

 

Dostoïevski a été arrêté

Comme lui, je te supplie

O cher amour, de crier

« Vivement le havre,

Vivement la liberté ! »

Comme lui, je te supplie

de croire que liberté et vocation

c’est la grand chose….

Comme lui, rêve sans fin

de nouveau et plus que jamais

Comme lui pense que l’âme

s’élargit pour comprendre

la grandeur de la vie

Je sais que le bagne va t’apprendre

que l’homme n’est pas si bon,

que l’on peut tuer pour le plaisir

 

Crois en mon  amour

Il éloigne les ténèbres

les flots brûlants

qui noircissent ton âme

 

Je pose un baiser

arc-en-ciel sur le front

brûlant de tes souffrances

pour ensoleiller ton horizon

 

Ecoute la vie,

elle bat la mesure,

pour toi, pour moi

pour se retrouver,

pour s’aimer

 

Je t’attends…..


Mon chéri,

 

Je suis allée me recueillir

dans l’Eglise de Novgorod

non pour prier,

tu sais combien je me défends

de ce Dieu monarque et tyran

qui nous impose ses lois divines

Tu sais que seul m’intéresse

Les quatre vertus cardinales,

sagesse, justice, courage,

tempérance

Je suis allée admirer les icônes,

art où monde

du visible, monde du réel

n’existent plus.

Le sacré n’est ni attaché à l’espace

Terrestre, ni au temps réel

Comme mon amour pour toi

Je le veux parfait, profond,

brillant et divin.

J’aimerais être Roublev

ou Théophane le grec

pour peintre mon infinie passion

qui me relie à toi, mon chéri

et pourtant…..

aujourd’hui, je suis tragédie.

De noir vêtue.

De pensées grises cousue

Sinistre comme les murs

sales de cette gare.

Les flammes rouges

du charbon lèchent mon cœur

et me brûlent

Je suis papillon de nuit

sans couleur, fade et triste

Mon amour, je te prie,

écoute moi

Tu parles de trahison

Je te réponds félonie

Je ne peux plus écrire

mes larmes brouillent

mes yeux, je ne suis que brouillard

et fumée insidieuse

Ecoute-moi

Igor est celui qui t’a trahi

Il s’est enfui, ne supportant

Plus mon regard

Je sais, mon amour, tu m’avais exhortée

de ne pas parler à personne de tes activités

Et pourtant……

J’avais toute confiance en cet ami d’enfance

Je lui confiais tout.

Ma folie ivre,

mon cœur, mon corps battant sans cesse

pour toi, tous ces désirs qui m’élançaient

dans tes bras

Igor, comment je pouvais le deviner

tant occupée à lui raconter mon admiration,

mon émotion pour cet homme fier que tu es

qui ne se dérobe jamais à la difficulté

pour être liberté,

Igor, comment pouvais-je le savoir,

morfondait son âme pour moi,

n’était que dévotion, vénération

Il se rêvait  Aphrodite

Que je sois maudite

Il t’a dénoncé

C’est moi, mon amour

qui lui ai parlé de tes activités

de rebelles enthousiasmés

Ils t’ont pris

Igor  pensait que  libérée de toi,

je lui ouvrirai mes bras

Il n’a pas imaginé un instant

que je serais 

veuve blanche qui t’attend patiemment

Me voyant souffrir, il s’est arraché à avouer

Je te perds toi et lui, mon meilleur ami

mon chéri,

que mes larmes

se transforment en fleuve,

coulent à tes pieds,

que tu t’y jettes pour me

rejoindre

Je reste les yeux baissés

le regard à terre

Viens, je te prie,

Relève mon visage

que je puisse voir ton pardon

dans tes yeux aimants

Fais moi taire de tes baisers

Serre moi et dis moi

que tu m’aimes encore

Viens……  


ALLUMETTE

 

J’aimerais être une allumette.

 Dans ma boîte, sage, j’attendrais.

Je rêverais à ce jour où j’embrasserais, j’embraserais.

Je me préparerais dans l’attente  de ce désir.

Je souhaiterais, sans souffrir, de m’enflammer.

Je serais la fleur de soufre, promise sublimée et éphémère.

Je me préparerais à un mariage divin.

Je serais l’élue, la promise voluptueuse de Russie,

qui tremble, qui frémit, qui se réjouit

des noces avec son Tsar.

Je me consumerais  de plaisir

dans une enflammée phosphorescente.

J’offrirais toute la lumière de mon âme.

Je crépiterais dans un amour rouge feu

et brûlant issu d’une liaison fatale.

Cette alliance, cet effleurement magique

provoqueraient une chaleur intense dans la nuit.

Calcinée d’avoir tant aimée,

je mourais, épuisée , éteinte par un souffle céleste.

J’aimerais être une allumette.

 


 ETRE

 

Je suis lie de littérature

Je suis mots.

Je suis ombre de ce que je lis.

Je suis pensées au cœur de mon corps.

Je suis silence, entre – ligne.

Je suis exclamation, interrogation,

point. En point, c’est tout.

point final : pas encore.

Je suis particule humaine.

Je suis alphabet, brassée, mélangée

pour donner, former, réaliser, être.

Je suis adjectifs, adverbes.

Mystérieusement, décidément.

Je suis définitions, surannées, compliquées, vraies.

Je suis synonyme, antonyme.

Le oui, le non.

Je suis essence du Verbe.

Je suis, maintenant.

Je suis vie.

Je suis tout.

Je suis rien.

Je suis moi,

pour moi,

pour toi.

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