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1 |
2 |
3 |
4 |
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Thèse
(il y a de l'esprit) |
Opposition
extérieure |
Division
intérieure |
Synthèse
(liberté) |
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Causes |
Efficiente
(auteur) |
Matérielle
(non-sujet) |
Formelle
(non-matière) |
Finale (amélioration,
réaction) |
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actif-discontinu |
passif-continu |
passif-discontinu |
actif-continu |
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Opposition |
nature/culture,
in/out |
moi/autres,
+/- |
volonté/désir,
raison/folie |
possibles/causes,
Vie/mort |
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Politique |
amis/ennemis,
aristocratie |
riche/pauvre,
oligarchie |
Loi/faute,
république |
Résistant/passif,
démocratie |
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Dialectique |
Sujet,
Esprit |
Objet,
Travail |
Forme,
Conscience |
Contenu,
action (sujet-objet) |
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Vérité |
Révélation,
ordre, code |
Vérification,
théorie |
Impartialité,
critique |
Authenticité,
ex-sistence |
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Non vérité |
Hérésie, faute,
discorde |
Hypothèse,
erreur |
Tromperie, mensonge |
Idéologie,
symptôme, ennui |
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Liberté |
Libre-arbitre,
choix, foi |
Délivrance
satisfaction |
Jugement,
raison |
Projet,
intervention, refus |
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Morale |
Moralisme,
harmonie |
Éthique,
mesure |
Justice,
universel |
Esthétisme,
vision du monde |
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Principe |
Fraternité
(Philia) |
Prospérité
(suffisance) |
Égalité
(Droit) |
Liberté (désir,
expression) |
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Discours |
Maître |
Hystérique |
Université |
Analytique |
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Dimension |
Symbolique |
Imaginaire |
Sinthome |
Réel |
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Finalités |
Pratique |
Théorique |
Théorie de
la pratique |
Pratique de
la théorie |
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Domaines |
Religion,
communication |
Sciences,
expérience |
Morale, Loi |
Politique,
Art, lutte, aspiration |
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Théories |
Dogmatisme |
Scepticisme |
Criticisme
(philosophie) |
Existentialisme,
subversion |
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Champs |
Être-donné |
Réalité
objective |
Univers du
discours |
Inconscient,
désirable, relation |
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Temps |
Éternité |
Présent
(cycles) |
Passé
(histoire finie) |
Avenir
historicisme non savoir |
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Amour |
Semblable,
commun |
Familier,
particulier |
Contrat,
serments, égal |
Passion,
rencontre, projets |
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Objet |
Communauté,
sympathie |
Prochain,
familiarité |
Partenaire,
bienveillance |
Désir,
exaltation |
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Origine |
Éducation,
lignée |
Habitude,
cohabitation |
Responsabilité,
fidélité |
Dépassement,
ennui |
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Sentiment |
Aimable,
secourable |
Amitié,
tendresse |
Estime,
réciprocité |
Perdu,
abandon, jouissance |
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Forme |
Solidarité |
Affection |
Équité |
manque |
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Fondement |
Vie,
union, réputation |
Foyer,
besoin, dette |
Autre,
devoir, respect |
Jeu, désir,
violence nouveauté |
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Intérêt |
Fusion,
ambition, orgueil |
Utile, agréable,
plaisir |
Rapport,
admiration idéal |
Aventure,
risque, découverte |
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Stendhal |
amour-vanité |
amour-physique |
amour-goût |
amour-passion |
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Fraternel
(Philia) |
Maternel
(générosité) |
Paternel
(Agapé) |
Sexuel
(Eros) |
Tout vient du besoin d’amour.
Il n’y a que deux problèmes : l’amour conjugal et l‘amour universel qui
prétendent à l’absolu plus qu’à l’amitié (jugement sévère d’un
narcissisme blessé plutôt que la bienveillance attentive du pardon). Tout dépend
de quel amour on parle. L’amour déçu et conjugal n’a pas un meilleur point
de vue sur l’amour que l’amour absolu de la jeunesse. Il faut faire la part
à la fois de l’événement, de la plénitude, de l’excitation d’un amour
naissant, d’une existence surgissant objectivement pour un autre avec un goût
d’éternité, mais il faut aussi faire la part à l’ennui, au mensonge, aux
reproches et à l’injustice d’un amour juré institutionnalisé. On ne voit
le passé et l’avenir qu’avec les yeux du présent.
Le prochain est une indication utile
qu’il faudrait mieux entendre, mais ici l’accent est mis sur l’amour. Or
la morale n’a rien à voir avec l’amour, et sa fonction essentielle
dans le commerce qui l’apparente à la politesse et au Droit, est de garantir
la rencontre d’un quelconque avec un étranger, voire un ennemi venu
traiter. L’amitié ou l’amour c’est autre chose et comme sentiments, ne
peuvent se commander (Kant, Sade). Il faut noter que si l’amour de soi-même
nous semble tellement évident et premier, ce n’était pas le cas pour
Aristote qui recommande au contraire de s’aimer comme on aime un ami, tant
l’amitié lui semblait le fait premier. Depuis les moralistes français
l’amour des autres est devenu suspect (Nietzsche, Freud), mais l’ouverture
à l’Autre précède bien toute constitution du sujet. Pour Aristote
l’amitié suppose qu’on partage tout (la propriété et l’échange
sont ainsi la négation de l’amitié) et donc l’amitié est rare, supposant
un choix restreint. C’est bien ce que conteste le commandement
universel (Il n’y a pas d’objet qui ait plus de prix qu’un autre.
Lacan 460). La morale constitue
l’interlocuteur comme personne morale et fait du sujet le lieu de
l’opposition de la loi morale et des contraintes de la situation, réflexion
seconde qui revient à soi après s’être abandonnée à l’Autre. La morale
va vers l’identification à l’autre, ce n’est pas encore de l’amour.
Notre véritable solidarité commence au politique. "Sans
division au sein de l’amour, sans le pôle tout aussi concret de la haine, on
ne peut parler d’amour véritable. Ernst Bloch 330"
Il faut remarquer que Freud n’était pas du tout
sensible à la nouveauté, tout plaisir étant répétition, le principe
de réalité n’ayant d’autre fonction que d’assurer que la réalité est
bien conforme à son hallucination. Lacan a tenté d’y faire sa place comme réel
de la surprise, mais, bien que grand lecteur d’Aristote, il n’était
guère sensible au plaisir de l’activité elle-même qui ne vaut, pour
lui aussi, que par le retour de l’objet retrouvé, le principe de plaisir
s'identifie pour lui à la paresse. Le nouveau attendu n’est qu’une nouvelle
version de l’illusion phallique. Aristote avait pourtant raison. Il y a une
jouissance de l’action distincte de la jouissance perverse, d’aucune
projection du désirable, ni Phallus, ni Dieu. Pour l’amour, on sait de même
que ce ne sont pas les rêves inassouvis qui en font le prix mais la tentative héroïque
et désespérée de faire l’amour et d’y tenir parole malgré les
trahisons, de donner forme (fonder un foyer, cela occupe, passé le temps
du désir et de la découverte de l’autre). L’homme se doit pourtant à la
Cité même si être amoureux, pour lui, c’est lâcher les autres discours.
L’amour montre plus que tout comme notre vision du monde dépend de nos
projets. On ne sort pas de la cause finale qui précède toute représentation
comme intentionnalité. Orientation vers l’avenir, activité productrice de
quelque bien dont le secret est de gagner l’amour des autres, c'est le
seul véritable bien qu’on ne partage vraiment qu’aux moments de fraternité
révolutionnaire dans la complicité de la lutte. Le plus souvent le
seul bonheur est celui de l’activité réussie, inéliminable de tout
discours, de toute théorie, cause finale échappant toujours à ses propres déterminations.
La liberté politique aussi n’existe pas si elle est jugée comme impossible,
elle n’existe qu’en acte, droit pris contre le pouvoir des discours constitués,
affirmation d’une existence bien présente. On peut dire de la morale,
de la politique et de l’amour, ce qu’on a dit de la liberté : ils
n’existent qu’en acte, arrêts de la chute dans l’objectif.
Pour Rimbaud la philosophie n’est rien d’autre que les chansons populaires arrangées. Depuis la nuit des temps, on a chanté l’ardeur du désir et l’amour malheureux. L’amour a toujours été associé à la mélancolie (introjection de l’objet pour Freud), l’aimé s’identifiant au bien suprême comme projection de tout le désirable (qui est signification du désir de l’Autre, signification qui s’impose du rival dans l’Oedipe), et déréalisation de l’objet. Dès lors l’amour se confond avec le désir d’être Dieu, de signifier objectivement (pour un autre, en-soi, énoncé) sa liberté (pour-soi, énonciation). Impossibilité qui s’incarne dans la mort des amants ou l’oeuvre inachevée (pont de Cahors). Un amour n’a pas de chances s’il exige au lieu de se surprendre, s’il idéalise au lieu de compatir mais ce parfum de nouveauté s’évapore par définition avec l’âge qui ne peut prétendre qu’à une complicité tendre, une amitié attentive qui ne peuvent s’exprimer que dans une mise en commun, un projet commun, compagnons de voyage. Après que le projet se soit réduit à l’aimé, c’est le projet qui rassemble les vieux amis avant de reprendre le même refrain pour d’autres aventures de la dialectique du sujet et de la société. Tout finit en chansons : Celui qui n’essaie pas ne se trompe qu’une seule fois. Pour qui cette chaleur dans ma voix ? Et si tu n’existais pas, dis moi pourquoi j’existerais? Les mots sont toujours les mêmes, c’est nous qui changeons quand on les dit. Enfin All you need is love même si les histoires d’amour finissent mal, en général et qu’il n’y a pas d’amour heureux.
L’amour est le plus ancien des dieux comme dieu de la génération (Innana, Isis/Osiris), de la fertilité paysanne et du mystère de l’union mystique de la vie et de la mort. Désir et délire sacré. La religion Perse préfigure le Christ dans Mithra qui est l’ami mais comme aide plutôt. Avec Empédocle l’Amour devient force d’Union opposée à la Haine qui sépare tandis que pour Sapho l’amour est surtout bonheur d’être aimé et désir (Je désire et convoite).
Pour Platon l’Amour est surtout tendance
vers le bien, idéal, dépassement mais il se divise en amour animal et amour
spirituel.
Le Banquet :
Phèdre en fait le dieu
le plus ancien (maternel?) et cause de l’émulation dans la cité (une
armée d’amants)
Pausanias distingue l’amour périssable du corps et l’amour durable
de l’âme pour justifier la pratique de la pédérastie grecque
(Aphrodite céleste).
Eryximaque en tant que médecin voit l’amour comme principe de la vie,
harmonie, accord des contraires, lien social.
Aristophane, par le mythe de l’androgyne coupé en deux, fait de
l’amour une recherche de complémentarité (être un, ce que Hegel
appelle chimisme).
Agathon décrit l’amour lui-même comme perfections et vertus (désirable),
justice volontaire, poésie, courage.
Socrate au contraire décrit Éros comme manque de quelque chose.
Éros est enfant de richesse (poros) et pauvreté (pénia, aporia), fils et
fille de Métis (invention, prévoyance, prudence). Métis la sagesse pratique
est donc sagesse et ignorance (délibération) comme l’amour lui-même. Il ne
faut pas confondre l’amour et l’objet aimé. L’amour comme désir de
possession, de l’immortalité, de la contemplation, du bien peut mener à la
philosophie qui est aussi manque.
Alcibiade ne parle plus de l’Amour mais de l’aimé, ici Socrate,
montrant ainsi que l’amour véritable ne va pas vers l’harmonie mais bien
plutôt vers la scène de ménage, la récrimination, la jalousie. L’amour
s’y montre comme désir du savoir de l’Autre et de son désir.
Socrate n’assouvissant pas son désir, renonçant à tout bien, ne montrant
pas son sexe enfin, devient le contenant d’un trésor (les bijoux de famille!)
et commande au désir de l’autre fasciné par ce supposé savoir et cette représentation
phallique imaginaire.
Socrate interprète ce discours impudique comme "Transfert
", manque qui parade pour séduire un autre auquel il s’adresse (ici
Agathon) et, encore, jalousie.
Aristote considère les passions comme relations sociales et non pas seulement représentation du réel. C’est l’effet de la représentation que nous avons de notre image pour les autres (représentation de représentation), réaction qui rétablit l’égalité, "conscience sociale originaire qui réfléchit notre identité telle qu’elle s’exprime dans l’incessant rapport à autrui" Michel Meyer. L’idéal est toujours ici l’égalité avec l’autre, juste milieu qui est synthèse de moi et de l’autre. (Pourtant la confiance qu’on peut avoir en quelqu’un peut amener à ce qu’il se dépasse, ce qui est rétablir l’égalité avec son image). L’amour semble donc résulter d’un vouloir du bien, on aime celui qui nous fait du bien (reconnaissance). "L’amitié est une bienveillance égale et réciproque". L’amour est donc égalité et réciproque (entre colère ou crainte et tranquillité ou confiance qui marquent une différence, supériorité ou infériorité). Mais il y a des amitiés entre inégaux (parents, supérieurs). Le bienfait ou la charité n’est pas une amitié mais une supériorité alors que l’envie, l’émulation, la pitié égalisent tout comme la colère et l’indignation. Les amitiés basées sur la différence (sexuelle) sont sujettes à controverses mais celles basées sur l’égalité sont exposées aux récriminations. Homme et femme étant à la fois égaux et inégaux cumulent les difficultés. Il y a cependant amitiés familiale, érotique et d’hospitalité comme il y a amitiés basées sur l’intérêt, l’agréable ou la vertu et l’amour qui dure est celui du caractère de l’autre et non de ses avantages. Enfin, même si être aimé semble une supériorité, un pouvoir, "Aimer vaut mieux qu’être aimé, car aimer est une sorte d’activité de plaisir et un bien, alors que du fait d’être aimé ne procède aucune activité chez l’aimé. Connaître vaut mieux aussi qu’être connu.201" Il faut enfin aimer un autre soi-même car "nous ne pouvons pas nous contempler nous-mêmes à partir de nous-mêmes217"
St Paul reprend les louanges platoniciennes de l’amour dans son épître sur la Charité qui se comprend comme identification au prochain et abandon à Dieu alors que l’amour charnel du couple chrétien est considéré comme compagnon (viator). Pour St Jean l’amour est identifié au verbe et au sacrifice. Signalons que l’amour du prochain avait été prôné bien avant par Mo-ti en Chine sauf qu’il prétendait qu’il ne fallait pas faire de différence entre le prochain et le lointain mais aimer universellement. Les Confucéens soutenaient qu’il fallait préférer les plus proches.
St Augustin considère l’amour comme désir, ce que n’est pas l’amour du prochain comme amour de l’amour, au nom de Dieu. L’amour du prochain n’est qu’un amour indirect, amour de soi reporté sur l’autre par amour de Dieu. Comme pour Spinoza l’amour se transforme ainsi de la convoitise à la charité en se faisant amour de Dieu, du créateur, de l’ordre du monde dont je tiens ma place. Ma compréhension de cet ordre nécessaire transforme donc l’amour de soi en amour de l’être (vouloir ce qui est) qui définit la contemplation du sage mais où se signe la fin de l’histoire et de la liberté humaine. Reprenant le mysticisme de Plotin, Augustin identifie le Bien suprême comme bien éternel et immuable, à la raison, à la vérité et à Dieu, identifié donc à notre satisfaction. Mais c’est le libre-arbitre qui devient impossible contredisant la prescience de Dieu. Loin que la preuve ontologique puisse nous forcer à croire à l’existence de Dieu, du bien suprême, de la Vérité, c’est plutôt la contradiction de ces termes absolus qui doit imposer leur inexistence.
L’amour courtois est contemporain d’une réévaluation du rôle social de la femme dans le moyen âge et du culte de Marie. Dante identifie Béatrice à la Sophia, à la jouissance de Dieu ou à la foi. Les troubadours célébreront l’amour contrarié ou impossible, séparé de toute cohabitation, comme épreuve initiatique. L’objet est survalorisé mais au point que la femme réelle semble interchangeable. Préludant à la carte du tendre les thèmes de l’amour courtois vont du deuil de l’amour perdu aux étapes de l’amour (récompense, clémence, grâce, félicité) qui sont autant d’obstacles sur le chemin de son accomplissement. La femme y est cruelle, permettant à l’homme d’être privé de quelque chose, empêchant que le désir s’éteigne.
Descartes remarque que si on peut avoir de l’admiration et de l’estime sans le savoir, en revanche, l’amour est la prise de conscience de l’admiration et de l’estime. Le désir est vouloir, vers l’avenir. La passion y ajoute jugement et crainte avant même toute délibération (représentation) qui se traduit en joie ou tristesse. Les passions nous guident vers notre bien, elles renforcent ce qui est bon et l’amour est d’abord inclination, aller avec qui nous est agréable (aussi bien amour de concupiscence que de bienveillance) qui se divise en affection, amitié et dévotion.
Spinoza rejoint Augustin dans son amour intellectuel, connaissance du troisième genre, qui consiste à aimer en rapportant toute chose à sa cause et donc à Dieu. Rappelons que pour lui l’amour est défini une joie qu’accompagne l’idée d’une cause extérieure.
Helvétius et les libertins tenteront de réduire l’amour à l’amour-propre (avoir besoin de quelqu’un) et au plaisir dont la tyrannie inextinguible (jouis!) et la cruauté s’imposeront avec Sade comme l’envers de la loi morale (Kant).
L’amour romantique tentera une autre sorte d’amour de l’amour : à la fois amour-propre, pur narcissisme, et amour impossible, océanique, amour des causes perdues qui sombre dans la délectation morose du mal.
Hegel remplace plutôt l’amour par le besoin de reconnaissance et la synthèse des opposés. La lutte du Maître et de l’Esclave peut être transposée en lutte de l’aimé et de l’amant, le Maître étant ici celui qui assume le risque de la rupture, celui qui n’a pas besoin de l’autre. Sinon, pour Hegel, l'amour consiste moins dans le penchant ou inclination mais dans la décision d'aimer, d'instituer l'autre comme partenaire. La synthèse du couple, qui ne doit pas être sans garder la division sexuelle, ne s'incarne que dans l'enfant, en tiers, produit effectif de l'amour.
Schopenhauer pousse un peu loin le principe de raison suffisante qui alimente encore les délires scientistes ou raciaux en faisant de l’amour la force issue de l’espèce qui s’oppose à l’égoïsme de l’individu. Toute inclination tendre, quelques airs éthérés qu’elle affecte, plonge, en réalité, toutes ses racines dans l’instinct naturel des sexes61 En effet, ce qui est en question, ce n’est rien moins que la combinaison de la génération prochaine.62 Cette souveraine force qui attire exclusivement l’un vers l’autre deux individus de sexe différent, c’est la volonté de vivre manifeste dans toute l’espèce : elle cherche à se réaliser selon ses fins dans l’enfant qui doit naître d’eux.66 Ainsi donc il n’est point d’homme qui tout d’abord ne désire ardemment et ne préfère les plus belles créatures, parce qu’elles réalisent le type le plus pur de l’espèce71 Tout d’abord il faut considérer que l’homme est par nature porté à l’inconstance dans l’amour, la femme à la fidélité76 Lorsqu’une femme affirme qu’elle est éprise de l’esprit d’un homme, c’est une prétention vaine et ridicule83
Freud a ruiné l’hypocrisie bourgeoise plus que Nietzsche en dénonçant les perversions réelles sous les idéaux chrétiens de l’amour qui étaient encore largement indiscutés. L’identification de l’amour à la sexualité, jusqu’à l’enfant dans le complexe d’Oedipe, a d’abord plus choqué que l’hypothèse de l’inconscient qui traîne dans l’époque (de Marx aux scientistes). L’amour est désir sexuel, c’est-à-dire désir de l’Autre (et non pas instinct ou poussée vitale). L’amour primaire est celui de la Mère interdite (non interdite la mère ne serait pas objet de désir), objet perdu pour l’amour, qui, à se tourner vers le Père castrateur, ne se défait jamais de l’ambivalence amour-haine. Il n’est pas sûr que sa découverte considérable ait fait justice de tous les aspects de l’amour et son comportement de soumission par rapport à sa femme semble presque un mépris assumé pour une maladie nécessaire. On lui doit pourtant une mise en lumière décisive de ce que l’amour est d’une telle dépendance que le surmoi et le refoulement en sont les effets ordinaires par incorporation. En son fond l’amour est toujours narcissisme, entre l’hypnose et la foule, où l’identification à un moi idéal se règle sur un idéal du moi . Les souffrances que l’amour s’inflige, le deuil de son objet, montrent l’hésitation de l’identité entre introjection et projection, culpabilité et survalorisation. L’amour ne guérit pas, c’est, depuis Freud, la vérité qui souvent guérit de l’amour.
Georg Simmel distingue bien différents champs qu’il unifie dans le concept de Vie comme totalité impensable (confiance comme non savoir de l’autre, fonction du secret d’une part, et conflit comme structurant et socialisant d’autre part). Il distingue dans le mariage, comme prévoyance vitale qu’il dérive d’un esclavage primitif de la femme, les dimensions érotiques ou économiques, religieuses ou sociales, de pouvoir ou de développement individuel.35 Pour lui l’amour résulte du mariage54 On fait des sacrifices pour ce qu’on aime bien, mais inversement aussi on aime bien ce pour quoi on fait des sacrifices57 La femme engage son intériorité dans l’acte sexuel pourtant générique. L’essence de la femme vit bien plus sous le signe d’un tout ou rien, ses inclinations et ses activités sont mieux fondues, la totalité de son être se soulève plus facilement que chez l’homme à partir d’un seul point - affects, volition et pensées compris75. Interprétant l’Éros platonicien comme intermédiaire entre avoir et non-avoir, il définit la coquetterie comme jeux érotique entre avoir et non-avoir trouvant sa justification dans la jouissance féminine. Même le don de soi le plus total ne supprime pas chez la femme une ultime restriction de son âme... une ultime partie secrète de la personnalité... cet "à demi caché" de la femme, expression de sa relation la plus profonde à l’homme... Rien d’étonnant à ce que naisse en l’homme l’impression qu’on lui cache quelque chose, si le sentiment de ne pas posséder est interprété comme refus de donner.139
Denys de Rougemont Dans L’Amour et l’Occident interprète l’amour passion occidental, si différent de l’amour asiatique sexuel et social, à partir de Tristan et Iseult, comme phénomène religieux, influencé par le Catharisme, équivalent à une quête initiatique.
Alain identifie l’amour à l’ambition, tendance vers un idéal. La réalité de l’amour se réduit, pour lui, comme pour Stendhal, à l’échange de signes.
Ernst Bloch théoricien du sujet de l’action fait du désir, de l’espérance et de l’utopie le propre de l’homme et de sa praxis transformant le monde (ce qui est tordu veut être redressé, ce qui n’est qu’à moitié plein, comblé402)[un trou bouché!], et opposé à la consommation (Il y a assez de bonheur sur terre, mais pas pour moi : c’est la conclusion à laquelle aboutit le souhait lorsqu’il déambule47). La jeunesse se forme l’image idéale de son partenaire, son alter ego ; l’amoureux ressasse la dernière impression de l’être aimé comme promesse de retrouvailles. Mais "Il suffit que la femme désirée soit conquise pour que la marée de visions qu’elle avait soulevée, se retire.387" Le plus souvent, dès lors, "le métier donne du travail et des soucis, le ménage est source de contrariétés domestiques et on ne tarde pas à être la proie du cafard et de tout le reste. Hegel 388". "Il n’existe pour le mariage malheureux aucun remède si ce n’est l’acceptation de la banalité, la résignation à une existence d’ombre dans le monde insensible des limbes390". Pourtant "le mariage a aussi son utopie spécifique et son nmbe propre390" qui est la maison, la recherche d’un Foyer de l’identité avec soi-même, loin de toute passion. " La croissance silencieuse d’une confiance instinctive, les blessures et les victoires communes.391". Malgré cette issue possible "La résignation constitue la règle, le bonheur l’exception, plus encore le fruit du hasard.392 Le rêve peut devenir réel, mais il ne le reste pas éternellement.396"
Sartre renouvelle l’approche philosophique de l’amour en l’interprétant comme asservissement d’autrui pour me libérer de son emprise, de son regard (langage de la séduction, visant à faire éprouver, vol de pensée, sacré/magie, masochisme), récupération de mon être(-pour-autrui), de mon image, de sa liberté. L’autre étant le médiateur de notre objectivation, nous sommes toujours en conflit avec lui (enfer) pour récupérer notre liberté. La perversion consiste à prendre l’autre comme objet, en-soi (aliénation, mauvaise foi), et non pas comme liberté responsable (pour-soi). L’objectivation de l’homme (=sadisme) est perte du regard de l’Autre et de sa mise en cause du sujet où il se fonde comme inter-subjectivité (et comme Science alors que l’attitude désintéressée et objective du savant rend impossible la liberté, car non située).
Georges Bataille considère l’érotisme comme ce qui, dans la conscience de l’homme, met en lui l’être en question et relève ainsi du désir de retrouver la continuité perdue et donc la fascination de la mort. Mise à nu et, en un sens, mise à mort, "l’érotisme a pour fin d’atteindre l’être au plus intime, au point où le coeur manque", pour le faire accéder à cette "contemplation de l’être au sommet de l’être". L’érotisme en tant que transgression représente la part maudite, l’excès, la limite, l’attrait du mal, la mystique de l’unité hors discours.
Lévinas privilégie, dans l’amour conjugal, l’hospitalité du foyer qui n’est pas un rapport de dialogue, L’amour vise Autrui, il le vise dans sa faiblesse... Aimer c’est craindre pour autrui, porter secours à sa faiblesse286 Rien ne s’éloigne davantage de l’Éros que la possession... La volupté ne vise donc pas autrui, mais sa volupté, elle est volupté de la volupté, amour de l’amour de l’autre... Si aimer, c’est aimer l’amour que l’Aimée me porte, aimer est aussi s’aimer dans l’amour et retourner ainsi à soi298 Dans la paternité, le désir se maintenant comme désir inassouvissable - c’est-à-dire comme bonté - s’accomplit.305 Le fait psychologique de la felix culpa - le surplus qu’apporte la réconciliation, à cause de la rupture qu’elle intègre, renvoie donc à tout le mystère du temps.317
Les années soixante ont amplifié la tendance ancienne à libérer l’amour de toute convention sociale. Mais, l’amour libre c’est, paradoxalement, la prétention de fonder toute cohabitation sur l’amour, sur le sentiment, qui se substitue au contrat et à l’intérêt, avec les conséquences catastrophiques qu’on sait car le mariage ne peut pas être fondé uniquement sur l’amour. Cette libération a été exprimée conjointement par les féministes et la "gay pride". Le féminisme reflète effectivement le détachement de la naturalité, et comme tel s’identifie bien à la lutte homosexuelle, mettant la liberté plus haut que toute essence assignée. Ce ne peut être pourtant une stricte égalité des sexes, une égalisation des rôles car si la cohabitation de semblables est sans doute préférable, la passion se fonde sur la différence. Cette différenciation des rôles se trouvera encore dans tous les couples mais sans plus être imposée par l’état civil.
Lacan a été le plus loin en énonçant qu’"il n’y a pas de rapport sexuel". Certes L’amour est ce qui supplée au rapport sexuel qui cesse de ne pas s’écrire mais il reste contingence (rencontre). On ne peut s’en satisfaire, parler d’amour est en soi une jouissance mais on ne peut parler de l’amour qu’à partir du non-savoir (Socrate, Ruth). En effet, l’amour c’est donner ce qu’on n’a pas (je te demande de refuser ce que je t’offre car ce n’est pas ça), désir de désir, ce qui compte dans l’amour c’est le signe. Dans le transfert, l’amour se dévoile comme séduction du sujet-supposé-savoir (comme chez Sartre l’amour est tentative de maîtrise de son image pour l’Autre). Le couple est pensé comme symptôme (non pas rapport à l’autre mais au Phallus) où dominent, comme ailleurs, jalouissance et hainamoration. Dans sa critique de la pastorale analytique d’un stade génital oblatif où le sujet pourrait être comblé, il montre que l’objet électif (tentative de retrouver l’objet perdu) est toujours partiel. Il n’y a pas d’objet génital totalisant (L’acte d’amour c’est la perversion polymorphe du mâle). L’amour c’est réduire l’autre sujet à un objet survalorisé et, par là, soi-même à un objet aussi valorisé et narcissique. Pour Lacan la fin de l’analyse, comme reconnaissance de la castration se réduit à l’abandon du bien suprême, du Phallus, au profit des objets partiels de la jouissance par quoi seulement l’autre peut être abordé. L’interdiction de l’inceste (du bien suprême) est la condition de la parole. Lacan partagera dans ses Quantiques de l’amour la position de chaque sexe par rapport à la castration. De là viendront bien des confusions sur le concept de pas-tout appliqué aux femmes et qu’il faudrait sans doute appeler plutôt plus-que-tout, où se reconnaîtrait le cri de l’amour (encore!) rejoignant les élans Mystiques.
La jouissance qu’on a d’une femme la divise, lui faisant de sa solitude partenaire, tandis que l’union reste au seuil. Car à quoi l’homme s’avouerait-il servir de mieux pour la femme dont il veut jouir, qu’à lui rendre cette jouissance sienne qui ne la fait pas toute à lui : d’en elle la re-susciter.23
Qu’une femme ici ne serve à l’homme qu’à ce qu’il cesse d’en aimer une autre ; que de n’y pas parvenir soit de lui contre elle retenu, alors que c’est bien d’y réussir qu’elle le rate,
- que le maladroit, le même s’imagine que d’en avoir deux la fait toute,
- que la femme dans le peuple soit la bourgeoise, qu’ailleurs l’homme veuille qu’elle ne sache rien.25 Lacan L’étourdit
C’est d’où une femme, - puisque de plus qu’une on ne peut parler - une femme ne rencontre L’homme que dans la psychose... Ainsi l’universel de ce qu’elles désirent est de la folie : toutes les femmes sont folles, qu’on dit. C’est même pourquoi elles ne sont pas toutes, c’est-à-dire pas folles-du-tout, arrangeantes plutôt : au point qu’il n’y a pas de limites aux concessions que chacune fait pour un homme : de son corps, de son âme, de ses biens. N’en pouvant mais pour ses fantasmes dont il est moins facile de répondre. Elle se prête plutôt à la perversion que je tiens pour celle de L’homme. Ce qui la conduit à la mascarade qu’on sait, et qui n’est pas le mensonge que des ingrats, de coller à L’homme, lui imputent. Plutôt l’à-tout-hasard de se préparer pour que le fantasme de L’homme en elle trouve son heure de vérité. 63-64 Lacan Télévision
Aspirez aux dons les plus hauts. Et je vais vous montrer une voie qui les surpasse encore toutes.
Quand je parlerais toutes les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas d’amour, je ne suis plus qu’airain qui sonne ou cymbale qui retentit. Quand j’aurais le don de prophétie et que je connaîtrais tous les mystères et toute la science, quand j’aurais la plénitude de la foi, une foi à transporter des montagnes, si je n’ai pas d’amour, je ne suis rien. Quand je distribuerais tous mes biens en aumônes, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n’ai pas d’amour, cela ne me sert à rien.
L’amour supporte tout ; l’amour est serviable ; il n’est pas envieux ; l’amour ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas ; il ne fait rien d’inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, ne tient pas compte du mal ; il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il met sa joie dans la vérité. Il excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout.
L’amour ne passera jamais.
Paul. Première épître aux Corinthiens 13
D’où les reproches dont on a parlé : l’un croit en effet qu’on lui doit beaucoup parce qu’il a rendu de grands services et qu’il a agi sur les instances d’autrui ; ou bien il allègue encore d’autres motifs en ne considérant que l’utilité du service rendu, sans penser au peu qu’il lui en a coûté. L’autre au contraire insiste sur ce que le service a coûté au bienfaiteur, et non sur le profit qu’il en a lui-même retiré. Parfois, c’est le bénéficiaire qui renverse les rôles : il évoque le chétif profit qu’il a lui-même obtenu, tandis que le bienfaiteur met l’accent sur ce qui lui en a coûté.174
Aristote. Éthique à Eudème
L’amour impossible ou
malheureux est commun aux deux sexes. Il y a pourtant "deux façons de
rater le rapport sexuel". La façon mâle, représentée par Don Juan est
celle de la fuite en avant, de la multiplication (mille et tre) et de
l’exploit, débouchant sur l’angoisse de culpabilité. L’autre façon,
dite hystérique, est celle de la récrimination où, ce n’est plus le
changement de partenaire qui vient à la place de l’insatisfaction, mais la
plainte elle-même qui se suffit à la reporter sur l’autre. Le polliticaly
correct du féminisme refoule avec violence cette identification, avec quelques
raisons, mais, cela n’empêche pas l’amour de s’y cogner comme Socrate
avec Xanthippe. Sans doute un mâle dominateur est-il au moins aussi ridicule,
mais qu’on ne s’étonne pas que je ne parle pas de ce que j’ignore alors
que je répète sans cesse qu’on parle toujours d’une position donnée,
d’un parti pris situé. Peu importe à qui la faute. Mieux vaut savoir, et
peut-être trouverons-nous quelque remède ou arrangement avec notre impuissance
devant l’impossible même.