Nietzsche

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La philosophie de Nietzsche est faite d’une écriture étrange, aphorisme, métaphore, etc. Elle a un style ou plutôt des styles.

Comte- Sponville s’interroge ainsi : pourquoi ne sommes-nous pas tous nietzschéens ?

Nietzsche est la plaque tournante de la philosophie moderne et postmoderne avec une approche eschatologique.  Heidegger voit en Nietzsche comme un platonisme renversé. Nietzsche comme précurseur de la pensée métaphysique, comme artiste et philosophe littéraire. Nous ne pouvons classer Nietzsche de par son discours inqualifiable. Vouloir se poser en philologue, corriger son style, cela serait vouloir corriger sa pensée.

Nietzsche a le souci d’être lu et bien lu. Il faut cesser de vouloir interpréter et le lire au mot.

L’interprétation, sous forme d’aphorisme, est un art. Il faut lire le texte en temps que texte et le dissocier d’une interprétation subjective de l’art d’interpréter. L’art de la lecture est un art d’une lecture lente et prudente. Une philologie rigoureuse est la connaissance de l’orfèvre appliquée au mot.

Il est nécessaire de réfléchir sur la langue. La philosophie est l’architecture de la pensée, mais il faut aussi dans la philosophie voir la rhétorique. Le lecteur reconstitue en quelque sorte la chaîne de pensée de l’auteur. Un écrivain peut écrire pour être compris ou ne pas être compris. Si un livre reste incompréhensible, c’est peut-être que l’auteur le veut ainsi.

Qui possède la troisième oreille ? ( citation de Nietzsche )

Plus que l’incompréhension, nous nous trouvons face à une impuissance de comprendre.Dans les « bons jours » nous ne réclamons pas d’interprétation. Nietzsche porte une certaine gloire à ne pas être compris, tel Baudelaire. Nous privilégions le malentendu plutôt que le manque de compréhension.

Du retour éternel :

La loi archétypique est une nouvelle conception du monde. C’est une pensée lourde, abyssale.Ce concept de retour éternel est un concept controversé.En fait ce concept a deux concepts :

-         avec une variante cosmologique ( métaphysique- physique ) La dimension cosmologique est à remettre dans le contexte de la deuxième moitié du 19ième siècle où l’on s’interroge sur l’extension thermogénique de l’univers.

Extrait : si le monde peut être pensé comme une grandeur déterminée de force et comme un nombre déterminé de foyers de forces- et toute autre représentation reste imprécise, et par conséquent inutilisable, - il en résulte qu’il doit passer par un nombre calculable de combinaisons, dans le grand jeu de dés de son existence. Dans un temps infini, toute combinaison possible serait obtenue à un moment ou à un autre ; mieux même : elle serait obtenue un nombre infini de fois. Et comme, entre chaque «  combinaison » et son « retour » suivant, toutes les autres combinaisons devraient s’être représentées, et que chacune de ces combinaisons détermine toute la suite des combinaisons dans la même série, ainsi se trouverait prouvé un cycle de séries exactement identiques : le monde en tant que cycle qui s’est répété un nombre infini de fois et qui joue son jeu in infinitum ( FP 1888 14 ( 188) .

-         avec une version éthique, comme substitut athée de la religion. Vision du moi, conséquence psychologique, impératif éthique

Extrait : que dirais –tu si un jour, si une nuit, un démon se glissait jusque dans ta solitude la plus reculée et te dise : cette vie telle que tu la vis maintenant et que tu l’as vécue, tu devras la vivre encore une fois et d’innombrables fois ; et il n’y aura rien de nouveau en elle, si ce n’est que chaque douleur et chaque plaisir, chaque pensée et chaque gémissement et tout ce qu’il y a d’indiciblement petit et grand dans ta vie devront revenir pour toi, et le tout dans le même ordre et la même succession – cette araignée-là également, et ce clair de lune entre les arbres, et cet instant-ci et moi-même. L’éternel sablier de l’existence ne cesse d’être renversé à nouveau – et toi avec lui, ô grain de poussière de la poussière. ( gs, 341 ; cf kgw, V2 394).

 

Un état final du monde avec une infinité de temps et une mutation perpétuelle.

L’énergie y étant comme existence infinie. Un monde sans début ni fin. Nietzsche refuse «  le premier moteur » . L’éternel n’est désiré que par l’homme heureux.

Pour la notion du temps :

Extrait : vois ce portique, ô nain, repris-je. Il a deux faces. Deux vois ici se joignent, que ne suivit personne jusqu’au bout. Cette longue voie derrière dure une éternité. Et cette longue voie devant – est une seconde éternité. Elles se contredisent, ces voies, se heurtent de plein front ;- et c’est ici, sous ce portique, qu’elles se joignent. Le nom de ce portique est là-haut inscrit : «  Instant ! »-.( Zarathoustra )

Face au démon : le désespoir absolu ou l’ivresse totale.

Nous avons une temporalité linéaire concernant le passé, le présent, le futur. Chaque moment est comme « le fils qui dévore son père » sur l’axe du temps, dans une structure oedipienne.

Quel sens alors donner au dépassement de l’homme s’il revient sans cesse ?C’est la question du retour éternel du Zarathoustra.C’est la montée de l’homme vers le Surhomme .

Extrait : un sentier effronté, parmi les étoiles grimpant, cruel et solitaire, que n’encourageait plus ni herbe ni taillis, un sentier de montagne crissait sous le défi de mon pied. Avançant, muet, sur le crissement sarcastique des cailloux, foulant la pierre qui le faisait glisser, ainsi  de force tendait mon pied vers le haut.. Vers le haut ; défiant l’esprit qui vers le bas le tirait vers l’abîme le tirait, l’esprit de  pesanteur , mon diable et mon ennemi mortel.  

O Zarathoustra, murmurait – il sarcastiquement, syllabe après syllabe, toi pierre de sagesse ! Haut tu t’es lancé,- mais il n’est pierre lancée – qui ne retombe….

Le serpent est la métaphore de l’éternel retour.

Extrait :  qui est le pâtre en la gorge de qui le serpent s’est de la sorte glissé ? Quel est ce homme en la gorge de qui de la sorte se glissera toute plus pesante, toute plus noire chose ? – Mais le pâtre mordit, comme mon cri lui en donnait conseil, de bonne morsure mordit ! La tête du serpent, bien loin il la recracha, - et d’un bond il fut debout.- Non plus un pâtre, non plus un homme, - un métamorphosé, un transfiguré, un être qui riait ! Jamais encore sur Terre n’a ri ni personne comme celui-là riait !

Le temps circulaire. Le passé revient comme futur potentiel. L’éternel retour se soustrait à la compréhension rationnelle. Nous ne comprenons pas notre propre vécu.C’est le malentendu de l’incompréhension. L’éternel retour est une anti doctrine car elle ne peut pas être enseignée.Tout comprendre, c’est tout mépriser.

Nous pouvons nous demander si l’éternel retour n’est pas la justification de l’existence.

Il y a contradiction entre les deux messages de Zarathoustra : la marche vers le Surhumain et le Retour éternel, la divinisation de l’homme et son emprisonnement. Le Surhomme et l’Eternel retour sont pourtant indissociables. Le temps devant nous s’inverse ; les congères disparaissent où nous avancions pas à pas. L’action exige l’oubli. Pour que nous puissions nous libérer il faut d’abord installer un élément alogique, une zone d’oubli que la réflexion ne puisse atteindre, d’où l’action nouvelle pourra surgir, audacieuse et imprévisible. C’est dire que le passé doit être mis entre parenthèses, connu dans la mesure seulement où il peut servir l’action en cours.

 

Extraits divers de Nietzsche


      AINSI PARLAIT ZARATOUSTRA (extrait)
       

      C'est votre ennemi que vous devez chercher, c'est votre guerre que vous devez faire, et pour vos pensées! Et si votre pensée succombe, alors votre probité doit néanmoins chanter son triomphe!
       

      Vous, je ne vous conseille pas le travail mais la lutte. Vous, je ne vous conseille pas la paix mais la victoire. Que votre travail soit un combat, que votre paix soit une victoire!
       

      L'homme doit être éduque pour la guerre, la femme pour le repos du guerrier; Tout le reste est sottises!
       

      Je préfère encore le vacarme et le tonnerre et les intempéries que ce calme de chat prudent et circonspect; et parmi les humains aussi, ceux que je hais le plus ce sont tous ceux qui vont à pas de loup, ces demi-douteurs et demi-hésitants, ces nuages qui passent. Et celui qui ne peut plus bénir, celui-là doit apprendre à maudire!
       


      Par delà le Bien et le Mal (extrait)

       

      Ce à quoi ils tendent de toutes leurs forces, c'est le bonheur général des troupeaux sur le pâturage, avec la sécurité, le bien être et l'allègement de l'existence pour tout le monde. Les deux rengaines qu'ils chantent le plus souvent sont égalités des droits et pitié pour tout ce qui souffre, et ils considèrent la souffrance elle-même comme quelque chose qu'il faut supprimer. Nous, qui voyons les choses sous une autre face, nous qui avons ouvert notre esprit à la question de savoir ou et comment la plante "homme" s'est développée le plus vigoureusement jusqu'ici[....], nous pensons que la dureté, la violence, l'esclavage le péril dans l'âme et dans la rue, que la dissimulation, le stoïcisme, les artifices et les diableries de toutes sortes, que tout ce qui est mauvais, terrible, tyrannique, tout ce qui tiens de la bête de proie et du serpent sert tout aussi bien à l'élévation du type homme qu'à son contraire.
       


      Le voyageur et son ombre (extrait)

       

      Se rendre inoffensif tandis qu'on est le plus redoutable, guidé par l'élévation du sentiment, c'est là le moyen pour arriver à la paix véritable qui doit toujours reposer sur une disposition d'esprit paisible, tandis que ce que l'on appelle la paix armée, telle qu'elle est pratiquée maintenant dans tous les pays, répond à un sentiment de discorde, à un manque de confiance en soi et le voisin, et empêche de déposer les armes soit par haine, soit par crainte. Plutôt périr que de haïr et de craindre, et plutôt périr deux fois que de se laisser haïr et craindre.
       

       

        Friedrich Nietzshe (1844-1900)
         

 

 

 

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