Hans Jonas

 
 
 

 

 

 A) Le concept de Dieu après Auschwitz, par Hans Jonas

 B) Dieu sans puissance, par Catherine Chalier


 

Liens :  I.   Le camp

            II.  Pour une éthique de la vie et de la responsabilité, Hans, Jonas

            III: Dossier: Le rapport Bergier sur l'or: 

                    (l'argent floué des juifs et les banques  suisses )

 


 A)          Hans Jonas 

 

Biographie sommaire 

Hans Jonas naît en 1903 à Mönchengladbach, dans la zone industrielle de la Ruhr. Il est issu d'un milieu aisé, celui de la grande bourgeoisie juive libérale. Son père est fabricant de textiles et patriote allemand. Les inclinaisons politiques du jeune Jonas vont vers un catholicisme ouvrier(l'aile gauche du Zentrum chrétien-démocrate);il veut travailler à l'avènement d'une démocratie ouvrière allemande non révolutionnaire. Plus tard, sous la pression des événements et poussé à choisir une orientation sioniste, ces inclinaisons se traduiront par un sionisme modéré, communautaire, exprimé par le socialisme des kibboutz. De lui-même, Jonas disait qu'il avait un "tempérament méridional" (Hannah Arendt s'en est souvenue et l'a noté), qu'il aimait l'Italie et croyait, après les événements tumultueux de la révolution spartakiste et de l'aventure de la République des Conseils en Bavière, que l'avenir de la communauté juive allemande était en Palestine (où il effectue un premier voyage en 1923).Mais, dès ce premier contact avec la terre palestinienne, il se rend compte de la difficulté qu'il aurait, lui, garçon d'une ville industrielle, à vivre la vie paysanne et rurale des kibboutz.

Il abandonne provisoirement son rêve de colon sioniste pour entamer des études de philosophie en Allemagne. Ses premières lectures philosophiques le conduisent tout d'abord à Kant, dont il retient une idée-force:" Il faut avoir de la BONNE VOLONTÉ", noyau essentiel de la Metaphysik der Sitten. Ensuite, il aborde Schopenhauer et Martin Buber (notamment les Reden über das Judentum), dont il retient l'amour pour la Vie et la création de Dieu, également exprimé dans le mouvement hassidique de la diaspora est-européenne. De cette lecture de Buber, Jonas retient un respect de la nature et des créatures (contraire de la gnose, qui, elle, se posera d'emblée comme ennemie de la Vie).

 

 

Le concept de Dieu après Auschwitz

 

Dans ce petit ouvrage Jonas travaille sur le concept de Dieu. Cela est possible même s’il n’y a pas de preuve de Dieu, selon l’auteur. La question poser est : et Dieu laissa faire, mais quel est donc ce Dieu qui laissa faire ? Jonas fait une différence entre la théologie chrétienne et juive.

Pour les chrétiens, le Salut les attend dans l’au-delà, le véritable Salut. Ce monde ci relève amplement du Diable et en tout état de cause, spécialement le monde des hommes en raison du péché originel. Les juifs voient dans l’immanence le lieu de la création, de la rédemption et de la justice divines. Dieu est éminemment le seigneur de l’Histoire, et c’est là qu’Auschwitz met en question tout le concept traditionnel de Dieu. Pour ne pas annuler ce Dieu, il faut bien le repenser à neuf,  quitter ce seigneur de l’Histoire et se demander quel Dieu a pu laisser faire cela ? C’est face aux individus finis, face à cette pression de la finitude, face à l’urgence de leurs émotions que le divin paysage déploie son jeu de couleur et que la divinité accède à l’expérience d’elle-même. Dieu ne peut perdre dans le grand jeu  de hasard qu’est l’évolution et en - deçà  du bien et du mal. La montée de l’homme signifie la montée de la connaissance et de la liberté. L’innocence du simple sujet se réalisant cède la place à la responsabilité qui sépare le bien et le mal. Jonas nous présente un Dieu souffrant car pour que le monde soit et qu’il existe de par lui-même, Dieu a renoncé à son Etre propre.

Travailler sur le concept de Dieu est donc possible, même s’il n’y a pas de preuve de Dieu ; et ce genre de travail est philosophique, pourvu qu’il s’en tienne à la rigueur du concept, c’est-à-dire aussi à la solidarité de celui-ci avec la totalité des concepts.

Jonas se demande ce que Auschwitz  a ajouté à ce qu’on a toujours pu savoir de la terrible, de l’horrible quantité de méfaits que les humains sont capables de commettre et ont toujours commis envers d’autres hommes.

Nous ne citerons pas ici les exactions que l’Histoire a connues au travers des siècles, souvent au nom de croyances ou idéologies diverses.

A Auschwitz ne trouvent place ni la fidélité ni l’infidélité, ni la foi ni la croyance ou l’incroyance, ni la faute, ni son  châtiment, ni l’épreuve ni le témoignage, ni l’espoir de rédemption, pas même la force ou la faiblesse, l’héroïsme ou la lâcheté, le défi ou la soumission. Ceux de là-bas ne moururent pas pour l’amour de leur foi. Un peuple, entre autres, fut désigné, sous la fiction de la race, pour l’anéantissement total.  Le chrétien attend de l’au-delà le véritable salut, en tout état de cause, ce monde-ci relève du Diable. Le monde reste un objet de méfiance spécialement de par la faute originelle. Le juif voit dans l’immanence ( principe d’immanence, selon lequel « tout est intérieur à tout » ou «  un au-delà de la pensée est impensable, immmanent, adjectif – 1370, latin scolastique immanens, de immanere « résider dans » ) le lieu de la création, de la justice et de la rédemption divines. Dieu est le seigneur de L’histoire, et c’est là que tout le concept de Auschwitz est remis en question, y compris pour le croyant.

Jonas conçoit, avec une première hypothèse,  un Dieu à l’immanence absolue. Le fond divin de l’Etre décida de se livrer au hasard, au risque à la diversité infinie du devenir. Il ne subsiste de la divinité aucune partie préservée, immunisée, en état de diriger, de corriger finalement de garantir depuis l’au-delà l’a formation de son destin au sein de la création. Un monde laissé à lui-même. Jonas ne donne pas à cette hypothèse un sens panthéiste.

Dieu,  pour que le monde soit,  dans une autre hypothèse, a renoncé  à son Etre propre.  Il s’est dépouillé de sa divinité, afin d’obtenir celle-ci, en retour, de l’odyssée des temps, donc chargée de la récolte fortuite d’une imprévisible expérience temporelle, Dieu étant ainsi transfiguré, ou peut-être défiguré, par elle. L’intégrité divine subit un « abandon » au profit du devenir sans restriction. Elle ne peut être admise avec des connaissances préalables, si ce n’est celle des possibilités qu’accorde l’Etre cosmique à travers ses conditions. Dieu se serait dépouillé pour le monde. Une sorte de mémoire grossirait l’attente prémonitoire de l’Eternel  et la transcendance émergerait avec hésitation des opacités de l’immanence.

Le premier émoi de la vie augmente l’intérêt dans la sphère spirituelle.  C’est le hasard du monde qu’attend la divinité en devenir avec lequel cette divinité s’engage et tend à montrer les signes de son accomplissement final. L’éternité  s’élève au-dessus des tourbillons de la matière  et trouve une force, elle s’emplit, contenu après contenu, d’un acquiescement à soi, et pour la première fois le dieu qui s’éveille peut dire que la création est bonne.

Avec la vie vient la mort. La nouvelle possibilité de l’Etre  surgit avec cette mortalité. Le divin paysage déploie son jeu de couleurs et accède à l’expérience d’elle-même au travers de cette pression de la finitude. L’auto-expérience du fond divin s’enrichit de l’expérience de chaque espèce. Dieu en éprouve son essence cachée et se découvre ainsi, au travers d’un devenir laborieux clair ou obscur. Tout est gain pour le sujet divin, souffrance, amour, cruauté,  plaisir, etc…. Dieu, est en deçà du bien et du mal. La montée de l’homme, signifie la montée de la connaissance et de la liberté. L’image de Dieu passe donc sous la garde problématique de l’homme et par ce que ce dernier fait de lui-même et du monde. Et c’est dans le terrible impact de ses actes sur le destin divin, dans leur effet sur l’état entier de l’Etre éternel, que réside l’immortalité humaine. A ce point, Jonas reconnaît la légèreté de sa spéculation aux tâtonnements expérimentaux, et souhaite éclaircir ce qu’il note lui-même comme étant une fantaisie privée d’ordre mythique.

Le Dieu souffrant qu’il décrit semble en contradiction directe avec  la représentation biblique de la majesté divine. Jonas ne tient pas à confondre son Dieu souffrant avec le Dieu souffrant de la chrétienté. Il ne parle pas de la crucifixion. Celle- ci ayant pour but de racheter l’homme lui-même dans une situation de souffrance déterminée. Pour Jonas, s’il doit y avoir un sens à ses propos, il s’agit de la relation de Dieu au monde impliquant une souffrance de Dieu dès l’instant de sa création. La théologie reconnaît une souffrance du côté de la créature. Dans la bible hébraïque, on peut trouver un Dieu regretter une fois d’avoir créé l’homme et qui se désole souvent de la déception qu’il éprouve avec lui et particulièrement avec son peuple élu.

Le Dieu en devenir surgit dans le temps et demeure identique à lui-même tout au long de l’éternité, et que dit ce Dieu en devenir ? Qu’il est affecté par ce qui se passe dans le monde, c’est-à-dire altéré, transformé dans son état. La création représente un changement décisif de l’état divin, dans la mesure où Dieu n’est plus seul dorénavant et a une relation permanente au créé. L’Eternel se « temporalise » de par ce fait et devient progressivement autre à travers les réalisations du processus mondain. L’idée du dieu en devenir a pour conséquent accessoire de détruire l’idée d’un retour du même. Il n’y aura jamais retour du même parce que Dieu sera justement plus identique après être passé par l’expérience d’un processus mondain. L’éternité s’accroît avec la récolte accumulée du temps.

Nous sommes en présence d’un concept d’un Dieu soufrant, d’un Dieu en devenir et d’un Dieu soucieux. Dans le sens de ce dont il a le souci. Il s’est compromis avec l’existence du monde et il porte le souci de ses créatures. Dans le mythe de Jonas, ce Dieu soucieux n’est pas un magicien. Il laisse à d’autres acteurs quelque chose à faire, son souci dépend ainsi d’eux.

Il encourt en quelque sorte un péril, nous avons ainsi un Dieu en péril. S’il n’en était pas ainsi, le monde serait dans un état constant de perfection. Qu’il n’en soit pas ainsi peut signifier ou bien que le Dieu Unique n’existe pas du tout ( ou peut-être qu’il y a plusieurs Dieu) ou bien, cet Unique a laissé à un autre que lui, créé par lui, une marge de jeu et un pouvoir de codécision, relativement à ce qui fait l’objet de son souci. Voilà pourquoi le Dieu de Jonas n’est pas un magicien. Ce Dieu a renoncé à garantir sa propre satisfaction envers lui-même par sa propre puissance après avoir renoncé à être tout en tout par la création elle-même.

A ce stade,  Jonas entre dans le cœur de son concept, qu’il avoue être une entreprise risquée de par son aspect théologique spéculatif, en déclarant : que ce Dieu là n’est pas un Dieu tout-puissant ! Jonas ne rompt avec la doctrine traditionnelle d’une puissance divine absolue, sans limite. La toute puissance est une notion en-soi contradictoire. C’est aussi ce que l’on peut retrouver dans le concept de liberté. Séparer la liberté du règne de la nécessité, c’est lui enlever son objet, elle devient aussi nulle qu’une force ne rencontrant pas de résistance. La liberté absolue serait une liberté vide qui se supprime elle-même. Semblablement une puissance vide, et ce serait le cas de la toute-puissance absolue. Celle-ci, totale, serait limitée par rien,  pas même par quelque chose d’autre en soi, d’extérieur. Pour que la puissance existe, il faut qu’existe quelque chose d’autre et aussitôt que c’est là, la puissance n’est plus toute - puissante.

La puissance pour ne pas rester vaine réside dans la capacité de vaincre quelque chose.

Existence veut dire résistance et donc force contraire. Il en va de même qu’en physique la force sans résistance demeure vide. Il ne peut se faire que la puissance se trouve du côté d’un seul sujet agissant. Il faut que la puissance soit partagée pour qu’il y ait en soi puissance.

C’est seulement d’un Dieu complètement inintelligible qu’on peut dire qu’il est à la fois  absolument bon  et absolument tout-puissant, et que néanmoins il tolère le monde tel qu’il est.

Quels attributs peuvent être requis pour notre concept de Dieu ? Bonté absolue, puissance absolue et compréhensibilité.

Un dieu totalement caché, inintelligible, est un concept inacceptable selon la norme juive.

Pour la Torah, il est possible de comprendre Dieu, pas tout de lui, certes, mais quelque chose de lui. Dieu se réfracte dans un médium restrictif, mais non dans un obscur mystère.

Après Auschwitz, nous pouvons affirmer, plus résolument que jamais auparavant , qu’une divinité toute-puissante ou bien ne serait pas toute- bonne, ou bien resterait entièrement incompréhensible ( dans son gouvernement du monde, qui seul nous permet de la saisir). Mais, si Dieu, d’une certaine manière et à un certain degré, doit être intelligible ( et nous sommes obligés de nous y tenir ), alors il faut que sa bonté soit compatible avec l’existence du mal,  et il n’en va de la sorte que s’il n’est pas tout- puissant.

C’est alors seulement que nous pouvons maintenir qu’il est compréhensible et bon, malgré le mal qu’il y a dans le monde.

Et comme de toute façon nous trouvions douteux en soi e concept de toute-puissance, c’est bien cet attribut là qui doit céder la place.

 

La puissance de Dieu demande à être considérée comme restreinte  par quelque chose dont-lui-même reconnaît l’existence, une existence ayant sa propre légitimité ainsi que la capacité d’agir de sa propre  autorité. On devrait s’attendre, face à l’extraordinaire capacité à des actes monstrueux que sont capables de commettre les hommes, que le bon Dieu brise de temps en tempos sa propre règle, l’extrême retenue de sa puissance et qu’il intervienne par un miracle salvateur. Pendant la furie d’Auschwitz, Dieu s’est tu. Les miracles qui se produisirent vinrent seulement d’êtres humains. Ce furent les actions d’hommes justes, isolés, inconnus.

Si Dieu n’est pas intervenu nous dit Jonas, ce n’est point qu’il ne le voulait pas, mais, c’est parce que il ne le pouvait pas.

C’est un Dieu qui s’est dépouillé de tout pouvoir d’immixtion dans le cours physique des choses de ce monde ; un Dieu qui répond au choc des événements mondains contre son être propre, non pas « d’une main forte et d’un bras tendu » mais en poursuivant son but inaccompli avec un mutisme pénétrant

On ne recourt pas à un dualisme manichéen pour expliquer le mal, c’est seulement du cœur des hommes qu’il monte pour acquérir sa puissance au sein du monde.

Pour le judaïsme la théologie du double ( mal, et but divin ) dieu est inacceptable.

La création était l’acte de la souveraineté absolue, par lequel celle –ci consentait, pour la finitude autodéterminée de l’existence, à ne pas demeurer plus longtemps absolue- donc un acte d’autodépouillement divin.

Dieu, après s’être entièrement donnée dans le monde en devenir, n’a plus rien à offrir : c’est maintenant à l’homme de donner.

Et il peut le faire en veillant à ce que, dans les cheminements de sa vie, n’arrive pas, ou n’arrive pas trop souvent, et pas à cause de lui, l’homme, que Dieu puisse regretter d’avoir laissé devenir le monde. Dieu a renoncé à la puissance.

Remarque : l’idée que c’est nous qui pouvons aider Dieu plutôt que Dieu nous aide, nous dit Hans Jonas, je l’ai rencontrée depuis, exprimée de façon émouvante, chez une des victimes d’Auschwitz elle-même, une jeune juive hollandaise qui l’a validée en fondant son action sur elle jusqu’à sa mort. Cette idée se trouve dans An interruptes Life. The Diaries of Ettry Hillesum 1941-43, en français, une vie bouleversés , Journal, 1941-43,( traduction Ph. Noble,Ed. du Seuil Paris, 1985).

 

Neal Ascherson ( In Helle New York Review of Book 31, no 13, 19 juillet 1984 ) dit ceci :

“ J’essaierai de Vous aider, Dieu, à stopper le déclin de mes forces, bien que je ne puisse en répondre à l’avance. Mais une chose devient de plus en plus calire à mes yeux : à savoir, que vous ne pouvez nous aider, que nous devons Vous aider à nous aider. Hélas, il ne semble guère que vous puissiez agir Vous-même sur les circonstances qui nous entourent, sur nos vies. Je ne Vous tiens pas non plus pour responsable. Vous ne pouvez  nous aider, mais nous, nous devons Vous aider, nous devons défendre Votre lieu d’habitation en nous jusqu’à la fin ».

 

 

 

 B) Dieu sans puissance

      par Catherine Chalier

 

Penseur éminent de la gnose, Hans Jonas, sait que, depuis  un temps très lointain passé, les hommes se sont heurtés à l’énigme du monde en proie aux convulsions du mal, alors qu’ils proclament leur foi en la bonté de Dieu.

La contradiction entre la bonté divine et le mal qui tranche à vif les plus humbles espoirs disparaît évidemment si Dieu n’existe pas, si hasard, nécessité et force aveugle d’être se partagent sans pitié la domination d’une terre qui est là, sans raison ni finalité.

En croyant en Dieu, comment surmonter cette difficulté du mal ?

Les travaux du philosophe ( la religion gnostique, Flammarion, 1978 ) expliquent que les principaux courant gnostiques se sont efforcés de répondre en recourant au dualisme.

De « basses » puissances font tout, par hostilité aux hommes, pour les empêcher de connaître le vrai Dieu, le Dieu de bonté.

Il existe un Dieu « extramondain », un Dieu bon qui, malgré son impuissance radicale à modifier le monde, ou simplement à s’y manifester, attend les hommes par-delà le destin oppresseur qui les accable inexorablement, par – deléà leur présente déréliction.

Ce Dieu est l’assurance eschatologique d’échapper à un cosmos régi par des lois hostiles et tyranniques ignorantes de toute bonté.

Il n’est de salut que dans le retrait, dans la fuite vers le Dieu d’outre-monde.

Hans Jonas tente de comprendre pourquoi il y a tant de douleur malgré la bonté de Dieu.

Il s’interroge sur le sens de son abandon. L’angoisse de savoir pourquoi Dieu ne porta nul secours quand la mort frappas des millions de fois.

Le philosophe dans ce livre pense que le théologien ne peut plus se réfugier dans les catégories traditionnelles pour penser Dieu, sauf à en faire une divinité monstrueuse

Qui, consentirait , de pelin gré, au martyre de ses créatures innocentes.

Hans Jonas s’efforce de se tenir en plus grande proximité de la contradiction effrayante entre

l’idée d’un Dieu de bonté et le constat de l’horreur qu’Il laissa advenir, en proposant un mythe, librement élaboré.

Pour des raisons inconnues, la source de l’être, ou la Divinité, a en effet voulu s’effacer entièrement afin que la réalité du monde soit, dans le temps et l’espace d’une immanence non troublée par l’ingérence de sa transcendance.

L’acte créateur commence ainsi par un renoncement à être de la part de la Divinité, par son retrait destiné à permettre l’apparition des créatures multiples et variées.

La Divinité attendrait au terme du devenir cosmique, naturel et humain, un enrichissement de sa plénitude ou, comme le dit Jonas, sa propre rédemption .

Avec l’apparition de l’homme, il n’est  plus question d’innocence, un tournant décisif se produit, car sa création signifie aussi le début de la connaissance et de la liberté, et dès lors la possibilité d’une séparation du bine et du mal, d’un refus radical de la transcendance qui prend pourtant tout son sens face à lui, et d’une destruction de la création.

Le mouvement de retrait divin atteint alors son apogée puisque l’homme , créé à l’imge de Dieu, détient désormais la responsabilité du sort du monde et, par-delà, de celuim de la Divinité elle-même. Celle-ci ne peut plus agir, elle doit subir les conséquences inhérentes à son projet créateur, et elle assiste à l’histoire humaine sans la maîtriser, sans pouvoir la rédimer.

Le concept de Dieu qui se déduit de ce mythe là comprend trois prédicats majeurs : souffrance, devenir, souci.

En effet, si l’acte créateur commence par le retrait de la Divinité et par son acceptation de dépendre de ses créatures afin d’atteindre sa plénitude, elle court inévitablement le risque de pâtir d’elles.

Trois prérogatives sont classiquement attribuées à Dieu : puissance, bonté, intelligibilité.

Or, selon Hans Jonas, la bonté et l’intelligibilité ne peuvent être ôtées du concept de Dieu sans inconséquence.

La première lui est indissociable et la seconde, dans le cas du judaïsme en tout cas, se déduit de l’idée de la Révélation.

Les sages hébraïques attribuent souvent le mal à la liberté humaine.

Après ce désastre des camps, nul n’aurait désormais le droit d’évoquer la « main puissante » de Dieu sans trembler de sa propre indignité en songeant aux innombrables victimes qui périrent dans le silence divin, livrées sans défense à l’ignominie des bourreaux.

Le théologien qui désire sauver l’unicité et la bonté de Dieu doit donc admettre cette impuissance radicale.

La relation à la divinité ne disparaît pas dans cette analyse, mais, c’est à l’homme de permettre à Dieu de se réjouir de sa décision de créer le monde.

Hans Jonas ainsi dans ce livre dont l’œuvre tente de se mesurer au paradoxe de la modernité –

Effarante puissance et perte de tout statut métaphysique- affronte en ses pages une conséquence redoutable :

Dieu peut-Il survivre dans la pensée alors que la puissance, autrefois considérée comme l’un de ces attributs  nécessaires, est désormais accaparé par des hommes oublieux de tout horizon de transcendance, leur permettant de commettre l’irréparable ?

Il s’agit de réfléchir aux fins humaines. Pour Hans Jonas, la raison scientifique et technique se croit autorisée à régir l’intégralité de l’existence, mais son impiété, ou son manque d’humilité, laisse démuni quand il s’agit de réfléchir aux fins humaines.

 

Le philosophe ne vise pas à détruire la foi de l’homme crédule en lui rappelant le silence outrageant de Dieu. Elle envisage, avec angoisse, quel concept de la divinité survit au désespoir .

 Ainsi, Dieu dut se retirer d’un point de l’espace primordial pour que l’altérité des créatures advienne, comme si Dieu ne pouvait se tenir en proximité des hommes qu’à l’heure, toujours précaire, où ils lui ouvrent le chemin en dissipant les brumes que forment sans cesse les scories de l’être-pour-soi.

Tout dépendrait de « l’initiative des actions humaines En-Bas » l’homme disposant de la « liberté d’orienter sa propre personne et les mondes dans la direction qu’il désire »..

Dieu aurait besoin des créatures pour s’associer au monde.

«  Il ne faudrait pas parler de retrait mais de voilement de Dieu qui ne s’est pas retiré du monde, Il reste là, mais Il s’est revêtu d’habits afin que les créatures ne soient pas anéanties par l’éclat de sa lumière » ( R. Schneour Zalman).

Hans Jonas se désolidarise de toute vision misérable de l’homme qui ne ressemble pas à une créature impuissante qui, sans grâce, ne sait qu’errer dans la faute et l’aveuglement en méconnaissant, par orgueil et vanité, l’idée qu’il doit tout attendre d’un Sauveur.

Jonas insiste sur l’impact considérable des actes et, plus généralement, de la façon de conduire sa vie, fût-ce dans les menues choses, car « notre responsabilité ne se laisse pas simplement définir en termes mondains qui, souvent dispensent de prendre la mesure réelle de ses dimensions.

Reste la question de l’homme responsable :

Qu’arrivera-t-il à cette existence si je ne me soucie pas d’elle ?

Hans Jonas affirme simplement qu’il faut vivre et penser avec la certitude de la proximité toujours là du mal et exiger de soi ce qui permet de l’empêcher.

 

 

 

                                   

Philosophie

 

Haïkus

 

Liens

 

Divers