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"Tout
est Bien"
La
Dispute de Lisbonne Voltaire / Rousseau
liens:
a) Rousseau, un site complet sur le
philosophe franco-suisse Jean-Jacques Rousseau. Il présente des
nombreux textes et des illustrations sur sa vie, son oeuvre,
ses relations, les lieux à visiter, les sites rousseauistes et les
publications sur cet écrivain..
b)
généralités sur ce philosophe
c)
Voltaire
site très complet
Introduction
François Marie Arouet est né le 21 novembre 1694 à Paris.
Son style, esprit, intelligence, et son vif sens de la
justice ont fait de lui un des plus grands écrivains et philosophes de
France.
Le jeune François Marie reçoit une excellente éducation
dans un lycée des Jésuites. Il quitte le lycée à l’âge de 16 ans. Il
commence à fréquenter le milieu bourgeois. Sa compagnie est recherchée dans
la société parisienne à cause de son intelligence, son humour , sa facilité
de rédaction, son sarcasme envers le gouvernement et
les noble de l’Eglise. Il est arrêté en 1717 et emprisonné à la
Bastille pour avoir écrit des vers satiriques ridiculisant le régent Philippe
II, duc D’Orléans. Pendant son séjour en prison, qui dure onze mois, il écrit
sa première grande pièce de théâtre "Oedipe" et commence un poème
épique sur Henri II de France qui paraît plus tard sous le nom de Poème de la
Ligue. "Oedipe" est joué, avec succès,
pour la première en 1718. La même année François Marie Arouet adopte
le pseudonyme de Voltaire.
En 1726 Voltaire insulte un représentant de la noblesse qui a
beaucoup de pouvoir. Ce qui lui vaut l’exil. Entre 1726 et 1729 Voltaire
habite en Angleterre où il est attiré par la philosophie de John Locke et les
idées du grand savant Isaac Newton. Après son retour à Paris il écrit un
livre qui fait l’éloge des traditions et des institutions anglaises: Lettres
anglaises ou philosophiques. L’idée du livre est de critiquer le gouvernement
et Voltaire . L’écrivain fuira à nouveau. Il trouve refuge au château de
Cirey dans le duché indépendant de Lorraine. Il fait la connaissance de la
marquise du Châtelet, aristocrate cultivée qui exerce une influence
intellectuelle sur lui. Pendant son séjour dans le château de Cirey il se
consacre entièrement à l’activité littéraire. Il écrit les Eléments de
la Philosophie de Newton ainsi que plusieurs pièces de théâtre, contes, poèmes,
satyres.
Après la mort de Madame du Châtelet Voltaire accepte
l’invitation de Frédéric II de Prussie de faire partie de son entourage. Il
passe deux ans en Prussie où il termine le Siècle de Louis XIV, une étude
historique sur le règne de Louis XIV.
En 1759 Voltaire achète le château "Ferney" près
de la frontière suisse où il vit jusqu’à un peu avant sa mort. Ferney
devient vite la capitale intellectuelle d’Europe. Voltaire produit un flux
constant de livres, pièces de théâtre, pamphlets et lettres. Il est la voix
de la raison et un critique farouche de l’intolérance religieuse.
Voltaire retourne à Paris comme un héros à l’âge de 83
ans. Il meurt à Paris le 30 mai
1778. Ses critiques contre
l’Eglise lui prévale de ne pas être enterré dans un cimetière. En 1791 ses
restes sont deplacés au Panthéon à Paris.
Poème
sur le désastre de Lisbonne 1756
En novembre 1755, un effroyable tremblement de terre détruisit une
partie de Lisbonne. Des milliers d’habitants moururent. Pour Voltaire, que
l’âge et l’expérience rendaient de jour en jour moins optimiste, et qui
s’enhardissait dans la critique religieuse, ce fut un sujet de récrimination
contre l’ordre du monde et la Providence. Le problème du mal, faisait dans le
monde philosophique et des lettres l’objet de nombreuses discussions, depuis
que Leibniz en avait donné la solution. Cette solution était simplifiée à
l’extrême par la fameuse formule tout va pour le mieux dans le meilleur
des mondes. Schaftesbury, Pope vulgarisaient l’optimisme de Leibniz.
Voltaire dans les lettres philosophiques a d’abord glorifié Pope. Il
l’imite dans un Discours sur l’homme et se décide contre lui dans le Poème
sur le désastre de Lisbonne. Des notes philosophiques accompagnent ce poème
qui est destiné au grand public. C’est à ces notes que réplique Rousseau
dans sa fameuse lettre du
18.8.1756. Il va y défendre éloquemment la Providence attaquée par Voltaire,
il y affirme son besoin de croire et quelques raison qu’il pût douter.
Résumé chronologique de la vie de Voltaire
21 novembre1694 naissance à Paris de François Marie Arouet, fils de François Arouet,
notaire au Châtelet, et de Marguerite d’Aumard.
1704
Fançois – marie Arouet entre au collège de jésuites Louis-le Grand
1706
introduit par l’abbé Châteuneuf dans la société du temple
1711 sort
du collège, se lance dans le monde et la littérature
1713
va en Hollande, à la suite du marquis de Châteauneuf
1716 est
exilé à Sully-sur-Loire pour deux pièces contre le régent
1717 est
enfermé à la Bastille ( onze mois ) pour un motif analogue
1718 fait
jouer avec grand succès la tragédie d’Œdipe, prend le nom de Voltaire
1722
fait un second voyage en Hollande, se brouille avec Rousseau
1725-26
insulté par le chevalier de Rohan,
est mis à la bastille, puis passe en Angleterre
1728 la
Henriade, épopée, essai sur la poésie classique
1729 retour
à Paris, épître à Mlle lecouvreur. Aux mânes de Genonville
1730 Brutus,
préface d’Œdipe
1731
histoire de Charles XII
1732 Zaïre,
tragédie. Maupertuis initie Voltaire à la mathématique de Newton
1733 Le
Temple du goût, épître sur la calomnie
1734
les lettres philosophiques et leur condamnation .Traité de métaphysique.
Voltaire à Cirey, chez Madame du Châtelat
1738
éléments de la philosophie de Newton. Discours en vers sur l’homme
1742 Mahomet,
tragédie
1743 Mérope,
tragédie
1745
Voltaire, poète de la cour, le Poème de Fontenay
1746 Voltaire
académicien, historiographe de France et gentilhomme de la Cambre du roi
1747
Zadig ou la destinée, conte
1748
Voltaire à la cour de Lunéville. Sémiramis, tragédie.
1749 Nanine,
comédie. Dissertation sur les changements arrivés à notre globe : Mort
de Mme du Châtelet
1750
Oreste, tragédie, Mennon, conte. Départ pour la Prusse
1751
Le siècle de Louis XIV
1752
Rome sauvée, tragédie. Poème sur la loi naturelle. Migromégas, conte
1753
Voltaire quitte Berlin. Pensées sur l’administration publiqu
1755 Voltaire aux Délices.
L’orphelin de la Chine, tragédie. La Pucelle
1756
Poème sur le désastre de Lisbonne. Essai sur les mœurs et l’esprit des
nations
1758 Voltaire
achète Fernay. Le pauvre Diable, satire contre Fréron
1759 Candide,
roman. Relation sur la maladie du jésuite, Berthier, libelle
1760
La Vanité, satire. L’écossaise, comédie. Tancrède, tragédie. Voltaire
adopte Mademoiselle Corneille. Début de la grande guerre philosophique
1762 Extraits
des sentiments de Jean Meslier, libelle. Pièces pour les Callas
1763
Traité sur la tolérance. Histoire de l’empire de Russie sous Pierre le Grand
1764 Dictionnaire
philosophique. Commentaire sur Corneille
1765 De
l’horrible danger de la lecture, libelle. Questions sur les miracles, libelle
1766
Relation de la mort du chevalier de La Barre. Commentaires sur les délits et
les peines de Beccaria.
1767
Les Scythes, tragédie. L’ingénu, conte. Défense de mon oncle, libelle
1768 Précis
du siècle de Louis XV. L’Homme aux quarante écus, conte. Les singularités
de la nature
1769 Les
Guèbres, tragédie. Epître à Boileau. Histoire du parlement de Paris
1772 Les
lois de Minos, tragédie. Epître à Horace
1775 Don
Pèdre, tragédie. Histoire de Jenni, conte
1776 La
Bible enfin expliquée
1777
Commentaire sur l’Esprit des lois
1778
Retour de Voltaire à Paris. Représentation d’Irène. Il meurt le 30 mai.
Voltaire avait cinq ans de moins
que Montesquieu, triez de plus que Buffon, dix-huit de plus que Rousseau,
dix-neuf de plus que Diderot.
Résumé
chronologique de la vie de Rousseau
1712
Naissance à Genève
1728
il quitte Genève, rencontre Mme de Warens. Baptisé à Turin
1729
retour à Annecy, séminaire
1735
premier séjour aux Charmettes avec Mme de Warens
1742
projet concernant de nouveaux signes pour la musique
1745
les muses galantes, opéra. Début des relations avec Diderot et
Condillac
1747
mort de son père. L’engagement téméraire ( comédie)
1750
Discours sur les sciences et les arts, couronné par l’académie de
Dijon
1752
Le Devin du village, opéra-comique
1755
Discours sur l’origine de l’inégalité
1758
Lettre à d’Alembert sur les spectacles
1761
La nouvelle Héloïse. Essai sur l’origine des langues
1767
Lettre à M. de Malesherbes. Du contrat social. Emile. Rousseau doit
prendre la fuite
1770
fin probable de la rédaction des Confessions
1772
Considérations sur le gouvernement de Pologne
1776
Rousseau juge de Jean-Jacques. Première promenade des Rêveries
1778
Mort de Rousseau à Ermenonville ( 2 juillet)
Chronologie
au travers de citations
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1712
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Je
suis né à Genève, en 1712 d'Isaac Rousseau, Citoyen, et de Susanne
Bernard, Citoyenne. (Confessions, I)
Je
coûtai la vie à ma mère, et ma naissance fut le premier de mes
malheurs. (Confessions, I)
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1718-1719
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Ma
mère avait laissé des romans; nous nous mîmes à les lire après
souper, mon père et moi. Il n'était question d'abord que de m'exercer
à la lecture par des livres amusants; mais bientôt l'intérêt devint
si vif que nous lisions tour à tour sans relâche, et passions les
nuits à cette occupation. (Confessions, I)
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1722
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Je
restai sous la tutelle de mon oncle Bernard, alors employé aux
fortifications de Genève. Sa fille aînée était morte, mais il avait
un fils de même âge que moi. Nous fûmes mis ensemble à Bossey en
pension chez le Ministre Lambercier, pour y apprendre, avec le latin,
tout le menu fatras dont on l'accompagne sous le nom d'éducation. (Confessions,
I)
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1724-1725
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Après
de longues délibérations pour suivre mes dispositions naturelles, on
prit enfin le parti pour lequel j'en avais le moins, et l'on me mit chez
M. Masseron, greffier de la ville, pour apprendre sous lui, comme disait
M. Bernard, l'utile métier de grapignan. (Confessions, I)
Je
fus mis en apprentissage, non toutefois chez un horloger, mais chez un
graveur. (Confessions, I)
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1728
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Dans
nos promenades hors de la ville, j'allais toujours en avant sans songer
au retour, à moins que d'autres n'y songeassent pour moi. J'y fus pris
deux fois; les portes furent fermées avant que je pusse arriver. Le
lendemain je fus traité comme on s'imagine; et la seconde fois il me
fut promis un tel accueil pour la troisième, que je résolus de ne m'y
pas exposer. Cette troisième fois si redoutée arriva pourtant. (Confessions,
I)
Autant
le moment où l'effroi me suggéra le projet de fuir m'avait paru
triste, autant celui où je l'exécutai me parut charmant. (Confessions,
II)
Encore
enfant, quitter mon pays, mes parents, mes appuis, mes ressources;
laisser un apprentissage à moitié fait sans savoir mon métier assez
pour en vivre; me livrer aux horreurs de la misère sans avoir aucun
moyen d'en sortir; dans l'âge de la faiblesse et de l'innocence,
m'exposer à toutes les tentations du vice et du désespoir; chercher au
loin les maux, les erreurs, les pièges, l'esclavage et la mort, sous un
joug bien plus inflexible que celui que je n'avais pu souffrir; c'était
là ce que j'allais faire, c'était la perspective que j'aurais dû
envisager. (Confessions, II)
J'allai
jusqu'à Confignon, terres de Savoie à deux lieues de Genève. Le curé
s'appelait M. de Pontverre. (Confessions, II)
Dieu
vous appelle, me dit M. de Pontverre: allez à Annecy; vous y trouverez
une bonne dame bien charitable, que les bienfaits du roi mettent en état
de retirer d'autres âmes de l'erreur dont elle est sortie elle-même. (Confessions,
II)
J'arrive
enfin: je vois madame de Warens. (Confessions, II)
C'était
le jour des Rameaux de l'année 1728. (Confessions, II)
J'arrive
à Turin sans habits, sans argent, sans linge, et laissant très
exactement à mon seul mérite tout l'honneur de la fortune que j'allais
faire. (Confessions, II)
J'avais
des lettres, je les portai; et tout de suite je fus mené à l'hospice
des catéchumènes, pour y être instruit dans la religion pour laquelle
on me vendait ma subsistance. (Confessions, II)
Il
y a trente ans que, dans une ville d'Italie, un jeune homme expatrié se
voyait réduit à la dernière misère. Il était né calviniste; mais,
par les suites d'une étourderie, se trouvant fugitif, en pays étranger,
sans ressource, il changea de religion pour avoir du pain. Il y avait
dans cette ville un hospice pour les prosélytes: il y fut admis. En
l'instruisant sur la controverse, on lui donna des doutes qu'il n'avait
pas, et on lui apprit le mal qu'il ignorait: il entendit des dogmes
nouveaux, il vit des moeurs encore plus nouvelles; il les vit, et
faillit en être la victime. Il voulut fuir, on l'enferma; il se
plaignit, on le punit de ses plaintes: à la merci de ses tyrans, il se
vit traiter en criminel pour n'avoir pas voulu céder au crime. Que ceux
qui savent combien la première épreuve de la violence et de
l'injustice irrite un jeune coeur sans expérience se figurent l'état
du sien. (Emile, IV)
J'allais
voir quelquefois entre autres un abbé savoyard appelé M. Gaime, précepteur
des enfants du comte de Mellarède. Il était jeune encore et peu répandu,
mais plein de bon sens, de probité, de lumières, et l'un des plus honnêtes
hommes que j'aie connus. (Confessions, III)
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1729
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Réunissant
M. Gâtier avec M. Gaime, je fis de ces deux dignes prêtres l'original
du vicaire savoyard. (Confessions, III)
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1732
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Ce
fut, ce me semble, en 1732 que j'arrivai à Chambéry, comme je viens de
le dire, et que je commençai d'être employé au cadastre pour le
service du roi. (Confessions, II)
Je
logeai chez moi, c'est-à-dire chez maman; mais je ne retrouvai pas ma
chambre d'Annecy. Plus de jardin, plus de ruisseau, plus de paysage. (Confessions,
II)
Ici
commence, depuis mon arrivée à Chambéry jusqu'à mon départ pour
Paris, en 1741, un intervalle de huit ou neuf ans, durant lequel j'aurai
peu d'événements à dire, parce que ma vie a été aussi simple que
douce. (Confessions, II)
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1736
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Après
avoir un peu cherché, nous nous fixâmes aux Charmettes, une terre de
M. de Conzié, à la porte de Chambéry, mais retirée et solitaire
comme si l'on était à cent lieues. (Confessions, V)
Autant
que je puis me rappeler les temps et les dates, nous en prîmes
possession vers la fin de l'été de 1736. (Confessions, V)
Ici
commence le court bonheur de ma vie; ici viennent les paisibles mais
rapides moments qui m'ont donné le droit de dire que j'ai vécu.
Moments précieux et si regrettés! ah! recommencez pour moi votre
aimable cours; coulez plus lentement dans mon souvenir, s'il est
possible, que vous ne fîtes réellement dans votre fugitive succession.
(Confessions, VI)
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1737
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Lorsqu'on
prit les armes en 1737, je vis, étant à Genève, le père et le fils
sortir armés de la même maison, l'un pour monter à l'hôtel de ville,
l'autre pour se rendre à son quartier, sûrs de se trouver deux heures
après l'un vis-à-vis de l'autre exposés à s'entr'égorger. Ce
spectacle affreux me fit une impression si vive, que je jurai de ne
tremper jamais dans aucune guerre civile. (Confessions, V)
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1738
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Je
monte, je la vois enfin, cette chère maman, si tendrement, si vivement,
si purement aimée; j'accours, je m'élance à ses pieds. Ah! te voilà!
petit, me dit-elle en m'embrassant; as-tu fait bon voyage? comment te
portes-tu? Cet accueil m'interdit un peu. Je lui demandai si elle
n'avait pas reçu ma lettre. Elle me dit que oui. J'aurais cru que non,
lui dis-je; et l'éclaircissement finit là. Un jeune homme était avec
elle. Je le connaissais pour l'avoir vu déjà dans la maison avant mon
départ; mais cette fois il y paraissait établi, il l'était. Bref, je
trouvai ma place prise. (Confessions, VI)
Ce
jeune homme était du pays de Vaud; son père, appelé Vintzenried, était
concierge ou soi-disant capitaine du château de Chillon. (Confessions,
VI)
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1740
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M.
Deybens me proposa l'éducation des enfants de M. de Mably: j'acceptai,
et je partis pour Lyon. (Confessions, VI)
Quand
mes élèves ne m'entendaient pas, j'extravaguais; et quand ils
marquaient de la méchanceté, je les aurais tués: ce n'était pas le
moyen de les rendre savants et sages. J'en avais deux; ils étaient
d'humeurs très différentes. L'un de huit à neuf ans, appelé
Sainte-Marie, était d'une jolie figure, l'esprit assez ouvert, assez
vif, étourdi, badin, malin, mais d'une malignité gaie. Le cadet, appelé
Condillac, paraissait presque stupide, musard, têtu comme une mule, et
ne pouvait rien apprendre. (Confessions, VI)
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1741
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J'arrivai
à Paris dans l'automne de 1741, avec quinze louis d'argent comptant, ma
comédie de Narcisse et mon projet de musique pour toute
ressource, et ayant par conséquent peu de temps à perdre pour tâcher
d'en tirer parti. (Confessions, VII)
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1742-1743
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Tandis
que je m'attachais à la maison Dupin, madame de Beuzenval et madame de
Broglie, que je continuai de voir quelquefois, ne m'avaient pas oublié.
(Confessions, VII)
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1743-1744
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J'arrivai
enfin à Venise, impatiemment attendu par M. l'ambassadeur. (Confessions,
VII)
Je
fis souvent de mon chef ce qu'il aurait dû faire: je rendis aux Français
qui avaient recours à lui et à moi tous les services qui étaient en
mon pouvoir. (Confessions, VII)
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1745
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Cette
fille, appelée Thérèse le Vasseur, était de bonne famille: son père
était officier de la monnaie d'Orléans, sa mère était marchande. (Confessions,
VII)
Elle
crut voir en moi un honnête homme; elle ne se trompa pas. Je crus voir
en elle une fille sensible, simple et sans coquetterie; je ne me trompai
pas non plus. Je lui déclarai d'avance que je ne l'abandonnerais ni ne
l'épouserais jamais. (Confessions, VII)
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1745
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Je
projetai dans un ballet héroïque trois sujets différents en trois
actes détachés, chacun dans un différent caractère de musique; et,
prenant pour chaque sujet les amours d'un poète, j'intitulai cet opéra
les Muses galantes. (Confessions, VII)
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1746
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Je
m'attachai donc tout à fait à madame Dupin et à M. de Francueil. Cela
ne me jeta pas dans une grande opulence; car, avec huit à neuf cents
francs par an que j'eus les deux premières années, à peine avais-je
de quoi fournir à mes premiers besoins, forcé de me loger à leur
voisinage, en chambre garnie, dans un quartier assez cher, et payant un
autre loyer à l'extrémité de Paris, tout en haut de la rue
Saint-Jacques, où, quelque temps qu'il fît, j'allais souper presque
tous les soirs. (Confessions, VII)
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1747
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En
1747, nous allâmes passer l'automne en Touraine, au château de
Chenonceaux, maison royale sur le Cher, bâtie par Henri second pour
Diane de Poitiers, dont on y voit encore les chiffres, et maintenant
possédée par M. Dupin, fermier général. On y fit beaucoup de
musique. J'y composai plusieurs trios à chanter pleins d'une assez
forte harmonie, et dont je reparlerai peut-être dans mon supplément,
si jamais j'en fais un. On y joua la comédie. J'y en fis, en quinze
jours, une en trois actes, intitulée l'Engagement téméraire qu'on
trouvera parmi mes papiers, et qui n'a d'autre mérite que beaucoup de
gaieté. J'y composai d'autres petits ouvrages, entre autres une pièce
en vers intitulée l'Allée de Sylvie, nom d'une allée du parc
qui bordait le Cher; et tout cela se fit sans discontinuer mon travail
sur la chimie, et celui que je faisais auprès de madame Dupin. (Confessions,
VII)
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1749
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En
revenant à Paris, j'y appris l'agréable nouvelle que Diderot était
sorti du donjon, et qu'on lui avait donné le château et le parc de
Vincennes pour prison, sur sa parole, avec permission de voir ses amis.
(Confessions, VIII)
Tous
les deux jours au plus tard, malgré des occupations très exigeantes,
j'allais, soit seul, soit avec sa femme, passer avec lui les après-midi.
(Confessions, VIII)
Je
pris un jour le Mercure de France; et tout en marchant et le
parcourant, je tombai sur cette question proposée par l'Académie de
Dijon pour le prix de l'année suivante, Si le progrès des sciences
et des arts a contribué à corrompre ou à épurer les moeurs. (Confessions,
VIII)
A
l'instant de cette lecture je vis un autre univers et je devins un autre
homme. (Confessions, VIII)
Ce
que je me rappelle bien distinctement dans cette occasion, c'est
qu'arrivant à Vincennes, j'étais dans une agitation qui tenait du délire.
Diderot l'aperçut; je lui en dis la cause, et je lui lus la prosopopée
de Fabricius, écrite en crayon sous un chêne. Il m'exhorta de donner
l'essor à mes idées, et de concourir au prix. Je le fis, et dès cet
instant je fus perdu. Tout le reste de ma vie et de mes malheurs fut
l'effet inévitable de cet instant d'égarement. (Confessions,
VIII)
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1750
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Discours
qui remporte le Prix à l’Académie de Dijon, Sciences et des Arts a
contribué à épurer les Mœurs, par Rousseau, citoyen de Genève.
Les
sciences et les arts doivent donc leur naissance à nos vices: nous
serions moins en doute sur leurs avantages, s'ils la devaient à nos
vertus. (Discours sur les Sciences et les Arts, II)
L'année
suivante, 1750, comme je ne songeais plus à mon Discours, j'appris
qu'il avait remporté le prix à Dijon. (Confessions, VIII)
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1751
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Mon
troisième enfant fut donc mis aux Enfants-Trouvés, ainsi que les
premiers, et il en fut de même des deux suivants, car j'en ai eu cinq
en tout. (Confessions, VIII)
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1752
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Le
Devin du village acheva de me mettre à la mode, et bientôt il n'y
eut pas d'homme plus recherché que moi dans Paris. (Confessions,
VIII)
N'ayant
pu, dans sept ou huit ans, faire jouer mon Narcisse aux Italiens,
je m'étais dégoûté de ce théâtre, par le mauvais jeu des acteurs
dans le français; et j'aurais bien voulu avoir fait passer ma pièce
aux Français, plutôt que chez eux. Je parlai de ce désir au comédien
la Noue, avec lequel j'avais fait connaissance, et qui, comme on sait,
était homme de mérite et auteur. Narcisse lui plut, il se
chargea de le faire jouer anonyme. (Confessions, VIII)
J'avais
un assez grand nombre de connaissances, mais deux seuls amis de choix,
Diderot et Grimm. (Confessions, VIII)
Notre
principal point de réunion, avant qu'il fût aussi lié avec madame d'Épinay
qu'il le fut dans la suite, était la maison du baron d'Holbach. (Confessions,
VIII)
M.
le duc d'Aumont me fit dire de me trouver au château le lendemain sur
les onze heures, et qu'il me présenterait au roi. M. de Cury, qui me
fit ce message, ajouta qu'on croyait qu'il s'agissait d'une pension, et
que le roi voulait me l'annoncer lui-même. (Confessions, VIII)
Je
crus donc, en y renonçant, prendre un parti très conséquent à mes
principes. (Confessions, VIII)
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1753
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Le
carnaval suivant, 1753, le Devin fut joué à Paris, et j'eus le
temps, dans cet intervalle, d'en faire l'ouverture et le divertissement.
(Confessions, VIII)
Lettre
sur la musique française. (Confessions, VIII)
La
Lettre sur la musique fut prise au sérieux, et souleva contre
moi toute la nation, qui se crut offensée dans sa musique. (Confessions,
VIII)
Ce
fut, je pense, en cette année 1753, que parut le programme de l'Académie
de Dijon sur l'Origine de l'inégalité parmi les hommes. (Confessions,
VIII)
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1754
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Avant
mon départ de Paris, j'avais esquissé la dédicace de mon Discours
sur l'Inégalité. Je l'achevai à Chambéry, et la datai du même
lieu, jugeant qu'il était mieux, pour éviter toute chicane, de ne la
dater ni de France ni de Genève. Arrivé dans cette ville, je me livrai
à l'enthousiasme républicain qui m'y avait amené. Cet enthousiasme
augmenta par l'accueil que j'y reçus. Fêté, caressé dans tous les états,
je me livrai tout entier au zèle patriotique, et, honteux d'être exclu
de mes droits de citoyen par la profession d'un autre culte que celui de
mes pères, je résolus de reprendre ouvertement ce dernier. (Confessions,
VIII)
Gauffecourt,
avec lequel j'étais alors extrêmement lié, se voyant obligé d'aller
à Genève pour son emploi, me proposa ce voyage. (Confessions,
VIII)
Nous
partîmes tous trois ensemble le 1er juin 1754. (Confessions,
VIII)
Un
de mes plus agréables projets dans mon voyage de Genève, en 1754, était
d'aller à Bossey revoir les monuments des jeux de mon enfance. (Confessions,
I)
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1755
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Discours
sur l ‘Origine et du fondement de l’inégalité par
Jean-Jacques Rousseau, Citoyen de Genève.
Il
est manifestement contre la loi de nature, de quelque manière qu'on la
définisse, qu'un enfant commande à un vieillard, qu'un imbécile
conduise un homme sage et qu'une poignée de gens regorge de superfluités,
tandis que la multitude affamée manque du nécessaire. (Discours sur
l'Inégalité)
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1756
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L'impatience
d'habiter l'Ermitage ne me permit pas d'attendre le retour de la belle
saison; et sitôt que mon logement fut prêt, je me hâtai de m'y
rendre. (Confessions, IX)
Ce
fut le 9 avril 1756 que je quittai la ville pour n'y plus habiter. (Confessions,
IX)
L'orage
excité par l'Encyclopédie, loin de se calmer, était alors dans
sa plus grande force. (Confessions, IX)
Lettre
à Voltaire sur la Providence
Voltaire,
en paraissant toujours croire en Dieu, n'a réellement jamais cru qu'au
diable. (Confessions, IX)
Si
l'on compte et mesure les écrits que j'ai faits dans les six ans que
j'ai passés tant à l'Ermitage qu'à Montmorency, l'on trouvera, je
m'assure, que si j'ai perdu mon temps durant cet intervalle, ce n'a pas
été du moins dans l'oisiveté. (Confessions, IX)
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1757
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Mais
quand la belle saison ramena plus fréquemment madame d'Épinay à Épinay
ou à la Chevrette, je trouvai que des soins qui d'abord ne me coûtaient
pas, mais que je n'avais pas mis en ligne de compte, dérangeaient
beaucoup mes autres projets. (Confessions, IX)
Au
plus fort de mes rêveries, j'eus une visite de madame d'Houdetot. (Confessions,
IX)
Cette
visite eut un peu l'air d'un début de roman. (Confessions, IX)
Elle
ne m'accorda rien qui pût la rendre infidèle, et j'eus l'humiliation
de voir que l'embrasement dont ses légères faveurs allumaient mes sens
n'en porta jamais aux siens la moindre étincelle. (Confessions,
IX)
La
fortune aida mon audace. M. Mathas, procureur fiscal de M. le prince de
Condé, entendit parler de mon embarras. Il me fit offrir une petite
maison qu'il avait à son jardin de Mont-Louis, à Montmorency.
J'acceptai avec empressement et reconnaissance. Le marché fut bientôt
fait; je fis en hâte acheter quelques meubles, avec ceux que j'avais déjà,
pour nous coucher Thérèse et moi. Je fis charrier mes effets à
grand'peine et à grands frais: malgré la glace et la neige, mon déménagement
fut fait dans deux jours, et le 15 décembre je rendis les clefs de
l'Ermitage, après avoir payé les gages du jardinier, ne pouvant payer
mon loyer. (Confessions, IX)
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1758
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Je
composai, dans l'espace de trois semaines, ma lettre à d'Alembert sur
les spectacles. (Confessions, X)
Je
passai toute l'année 1758 dans un état de langueur qui me fit croire
que je touchais à la fin de ma carrière. (Confessions, X)
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1759
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Ue
après-midi que je ne songeais à rien moins, je vis arriver M. le maréchal
de Luxembourg, suivi de cinq ou six personnes. Pour lors il n'y eut plus
moyen de m'en dédire; et je ne pus éviter, sous peine d'être un
arrogant et un malappris, de lui rendre sa visite, et d'aller faire ma
cour à madame la maréchale. (Confessions, X)
Le
parc ou jardin de Montmorency n'est pas en plaine, comme celui de la
Chevrette. (Confessions, X)
Entre
l'orangerie qui occupe cet élargissement, et cette pièce d'eau entourée
de coteaux bien décorés de bosquets et d'arbres, est le petit château
dont j'ai parlé. (Confessions, X)
Ce
fut dans cet édifice solitaire qu'on me donna le choix d'un des quatre
appartements complets qu'il contient. (Confessions, X)
Je
ne sais par quelle fantaisie Rey me pressait depuis longtemps d'écrire
les Mémoires de ma vie. Quoiqu'ils ne fussent pas jusqu'alors fort intéressants
par les faits, je sentis qu'ils pouvaient le devenir par la franchise
que j'étais capable d'y mettre; et je résolus d'en faire un ouvrage
unique, par une véracité sans exemple, afin qu'au moins une fois on pût
voir un homme tel qu'il était en dedans. (Confessions, X)
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1760
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Je
me voyais environ mille écus devant moi. L'Émile, auquel je m'étais
mis tout de bon quand j'eus achevé l'Héloïse, était fort
avancé, et son produit devait au moins doubler cette somme. (Confessions,
X)
J'avais
encore deux ouvrages sur le chantier. Le premier était mes Institutions
politiques. J'examinai l'état de ce livre, et je trouvai qu'il
demandait encore plusieurs années de travail. Je n'eus pas le courage
de le poursuivre et d'attendre qu'il fût achevé, pour exécuter ma résolution.
Ainsi, renonçant à cet ouvrage, je résolus d'en tirer tout ce qui
pouvait se détacher, puis de brûler tout le reste; et, poussant ce
travail avec zèle, sans interrompre celui de l'Émile, je mis,
en moins de deux ans, la dernière main au Contrat social. (Confessions,
X)
Restait
le Dictionnaire de musique. C'était un travail de manoeuvre, qui
pouvait se faire en tout temps, et qui n'avait pour objet qu'un produit
pécuniaire. Je me réservai de l'abandonner, ou de l'achever à mon
aise, selon que mes autres ressources rassemblées me rendraient celle-là
nécessaire ou superflue. A l'égard de la Morale sensitive, dont
l'entreprise était restée en esquisse, je l'abandonnai totalement. (Confessions,
X)
Au
second voyage de Montmorency, de l'année 1760, la lecture de la Julie
étant finie, j'eus recours à celle de l'Émile pour me
soutenir auprès de madame de Luxembourg; mais cela ne réussit pas si
bien, soit que la matière fût moins de son goût, soit que tant de
lecture l'ennuyât à la fin. (Confessions, X)
Quoique
la Julie, qui depuis longtemps était sous presse, ne parût
point encore à la fin de 1760, elle commençait à faire grand bruit.
Madame de Luxembourg en avait parlé à la cour, madame d'Houdetot à
Paris. (Confessions, XI)
En
rompant avec Diderot, que je croyais moins méchant qu'indiscret et
faible, j'ai toujours conservé dans l'âme de l'attachement pour lui, même
de l'estime, et du respect pour notre ancienne amitié, que je sais
avoir été longtemps aussi sincère de sa part que de la mienne. C'est
tout autre chose avec Grimm, homme faux par caractère, qui ne m'aima
jamais, qui n'est pas même capable d'aimer, et qui, de gaieté de
coeur, sans aucun sujet de plainte, et seulement pour contenter sa noire
jalousie, s'est fait, sous le masque, mon plus cruel calomniateur. (Confessions,
X)
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1761
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Je
vivais à Montmorency depuis plus de quatre ans, sans y avoir eu un seul
jour de bonne santé. Quoique l'air y soit excellent, les eaux y sont
mauvaises; et cela peut très bien être une des causes qui
contribuaient à empirer mes maux habituels. Sur la fin de l'automne
1761, je tombai tout à fait malade, et je passai l'hiver entier dans
des souffrances presque sans relâche. Le mal physique, augmenté par
mille inquiétude, me les rendit aussi plus sensibles. Depuis quelque
temps, de sourds et tristes pressentiments me troublaient sans que je
susse à propos de quoi. Je recevais des lettres anonymes assez singulières,
et même des lettres signées qui ne l'étaient guère moins. (Confessions,
XI)
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1762
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M.
de Malesherbes le crut et me l'écrivit. Sensible à cette erreur, dans
un homme pour qui j'avais tant d'estime, je lui écrivis quatre lettres
consécutives, où, lui exposant les vrais motifs de ma conduite, je lui
décrivis fidèlement mes goûts, mes penchants, mon caractère, et tout
ce qui se passait dans mon coeur. Ces quatre lettres, faites sans
brouillon, rapidement, à trait de plume, et sans même avoir été
relues, sont peut-être la seule chose que j'aie écrite avec facilité
dans toute ma vie, et, ce qui est bien étonnant, au milieu de mes
souffrances et de l'extrême abattement où j'étais. (Confessions,
XI)
Emile
ou De l'Education, par Jean-Jacques Rousseau, Citoyen de Genève.
Oserai-je
exposer ici la plus grande, la plus utile règle de toute l'éducation?
Ce n'est pas de gagner du temps, c'est d'en perdre. (Emile, II)
Il
est donc au fond des âmes un principe inné de justice et de vertu, sur
lequel, malgré nos propres maximes, nous jugeons nos actions et celles
d'autrui comme bonnes ou mauvaises, et c'est à ce principe que je donne
le nom de conscience. (Emile, IV, Profession de soi du vicaire
savoyard)
Du
Contrat social ou principe du droit politique par J.-J. Rousseau,
Citoyen de Genève.
Si
donc on écarte du pacte social ce qui n'est pas de son essence, on
trouvera qu'il se réduit aux termes suivants: Chacun de nous met en
commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de
la volonté générale; et nous recevons en corps chaque membre comme
partie indivisible du tout. (Contrat social, I, 6)
En
effet, dans la lettre de madame de Luxembourg je trouvai celle qu'un
exprès de ce prince venait de lui apporter, portant avis que, malgré
tous ses efforts, on était déterminé à procéder contre moi à toute
rigueur. La fermentation, lui marquait-il, est extrême; rien ne peut
parer le coup; la cour l'exige, le parlement le veut; à sept heures du
matin il sera décrété de prise de corps, et l'on enverra sur-le-champ
le saisir. (Confessions, XI)
Sentant
que j'avais des ennemis secrets et puissants dans le royaume, je jugeai
que, malgré mon attachement pour la France, j'en devais sortir pour
assurer ma tranquillité. (Confessions, XI)
Madame
Boy de la Tour me proposa d'aller m'établir dans une maison vide, mais
toute meublée, qui appartenait à son fils, au village de Môtiers,
dans le Val-de-Travers, comté de Neuchâtel. (Confessions, XII)
En
arrivant à Motiers, j'avais écrit à milord Keith, maréchal d'Ecosse,
gouverneur de Neuchâtel, pour lui donner avis de ma retraite dans les
Etats de Sa Majesté, et pour lui demander sa protection. (Confessions,
XII)
Je
repris mon Dictionnaire de musique, que dix ans de travail
avaient déjà fort avancé, et auquel il ne manquait que la dernière
main et d'être mis au net. Mes livres, qui m'avaient été envoyés
depuis peu, me fournirent les moyens d'achever cet ouvrage: mes papiers,
qui me furent envoyés en même temps, me mirent en état de commencer
l'entreprise de mes Mémoires, dont je voulais uniquement
m'occuper désormais. (Confessions, XII)
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1763-1764
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Peu
de temps après mon établissement à Môtiers-Travers, ayant toutes les
assurances possibles qu'on m'y laisserait tranquille, je pris l'habit
arménien. (Confessions, XII)
J'entrepris
la réfutation des Lettres écrites de la campagne, et j'en
parodiai le titre par celui de Lettres écrites de la montagne, que
je mis aux miennes. (Confessions, XII)
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1764
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En
1764, étant à Cressier avec mon ami M. du Peyrou, nous montions une
petite montagne au sommet de laquelle il a un joli salon qu'il appelle
avec raison Belle-Vue. Je commençais alors d'herboriser un peu. (Confessions,
VI)
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1765
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Il
est temps d'en venir à ma catastrophe de Môtiers, et à mon départ du
Val-de-Travers, après deux ans et demi de séjour, et huit mois d'une
constance inébranlable à souffrir les plus indignes traitements. (Confessions,
XII)
Je
me lève au bruit; j'allais sortir de ma chambre pour passer dans la
cuisine, quand un caillou lancé d'une main vigoureuse traversa la
cuisine après en avoir cassé la fenêtre, vint ouvrir la porte de ma
chambre et tomber au pied de mon lit; de sorte que si je m'étais pressé
d'une seconde j'avais le caillou dans l'estomac. (Confessions,
XII)
Ce
projet consistait à m'aller établir dans l'île de Saint-Pierre,
domaine de l'hôpital de Berne, au milieu du lac de Bienne. (Confessions,
XII)
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1766
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Faute
d'avoir lu ses autres ouvrages, j'étais persuadé, sur ce qu'on m'avait
dit de lui, que M. Hume associait une âme très républicaine aux
paradoxes anglais en faveur du luxe. Sur cette opinion, je regardais
toute son apologie de Charles Ier comme un prodige d'impartialité, et
j'avais une aussi grande idée de sa vertu que de son génie. Le désir
de connaître cet homme rare et d'obtenir son amitié avait beaucoup
augmenté les tentations de passer en Angleterre que me donnaient les
sollicitations de madame de Boufflers, intime amie de M. Hume. (Confessions,
XII)
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1767
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Dictionnaire
de musique.
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1768
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J'ai
toujours regardé le jour qui m'unit à Thérèse comme celui qui fixa
mon être moral. (Confessions, IX)
J'ai
fini sur mes vieux jours par l'épouser, sans attente et sans
sollicitation de sa part, sans engagement ni promesse de la mienne. (Confessions,
IX)
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1772-1776
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J'espérais
qu'une génération meilleure, examinant mieux et les jugements portés
par celle-ci sur mon compte et sa conduite avec moi démêlerait aisément
l'artifice de ceux qui la dirigent et me verrait encore tel que je suis.
C'est cet espoir qui m'a fait écrire mes Dialogues, (Rêveries,
I)
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1776
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Seul
pour le reste de ma vie, puisque je ne trouve qu'en moi la consolation,
l'espérance et la paix, je ne dois ni ne veux plus m'occuper que de
moi. C'est dans cet état que je reprends la suite de l'examen sévère
et sincère que j'appelai jadis mes Confessions. (Rêveries,
I)
Ces feuilles ne seront proprement qu'un informe journal de mes rêveries.
(Rêveries, I)
J'étais
sur les six heures à la descente de Ménilmontant presque vis-à-vis du
Galant Jardinier, quand, des personnes qui marchaient devant moi s'étant
tout à coup brusquement écartées je vis fondre sur moi un gros chien
danois qui, s'élançant à toutes jambes devant un carrosse, n'eut pas
même le temps de retenir sa course ou de se détourner quand il m'aperçut.
(Rêveries, II)
Je ne sentis ni le coup ni la chute, ni rien de ce qui s'ensuivit
jusqu'au moment où je revins a moi. Il était presque nuit quand je
repris connaissance. (Rêveries, II)
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1777
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Tout
d'un coup, âgé de soixante-cinq ans passés, privé du peu de mémoire
que j'avais et des forces qui me restaient pour courir la campagne, sans
guide, sans livres, sans jardin, sans l'herbier, me voilà repris de
cette folie, mais avec plus d'ardeur encore que je n'en eus en m'y
livrant la première fois, me voilà sérieusement occupé du sage
projet d'apprendre par coeur tout le Regnum vegetabile de Murray et de
connaître toutes les plantes connues sur la terre. Hors d'état de
racheter des livres de botanique, je me suis mis en devoir de transcrire
ceux qu'on m'a prêtés et résolu de refaire un herbier plus riche que
le premier, en attendant que j'y mette toutes les plantes de la mer et
des Alpes et de tous les arbres des Indes, je commence toujours à bon
compte par le mouron, le cerfeuil la bourrache et le séneçon;
j'herborise savamment sur la cage de mes oiseaux et à chaque nouveau
brin d'herbe que je rencontre je me dis avec satisfaction: voilà
toujours une plante de plus. (Rêveries, VII)
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1778
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Que
la trompette du jugement dernier sonne quand elle voudra, je viendrai,
ce livre à la main, me présenter devant le souverain juge. Je dirai
hautement: Voilà ce que j'ai fait, ce que j'ai pensé, ce que je fus.
J'ai dit le bien et le mal avec la même franchise. Je n'ai rien tu de
mauvais, rien ajouté de bon; et s'il m'est arrivé d'employer quelque
ornement indifférent, ce n'a jamais été que pour remplir un vide
occasionné par mon défaut de mémoire. J'ai pu supposer vrai ce que je
savais avoir pu l'être, jamais ce que je savais être faux. Je me suis
montré tel que je fus: méprisable et vil quand je l'ai été; bon, généreux,
sublime, quand je l'ai été: j'ai dévoilé mon intérieur tel que tu
l'as vu toi-même. Être éternel, rassemble autour de moi l'innombrable
foule de mes semblables; qu'ils écoutent mes Confessions, qu'ils
gémissent de mes indignités, qu'ils rougissent de mes misères. Que
chacun d'eux découvre à son tour son cœur au pied de ton trône avec
la même sincérité, et puis qu'un seul te dise, s'il l'ose: je fus
meilleur que cet homme-là. (Confessions, I)
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Poème
sur le désastre de Lisbonne
O
malheureux mortels ! ô terre déplorable !
O
de tous les mortels assemblage effroyable !
D’inutiles
douleurs éternel entretien :
Philosophes
trompés qui criez, « Tout est bien »
Accourez,
contemplez ces ruines affreuses,
Ces
débris, ces lambeaux, ces cendres malheureuses,
Ces
femmes, ces enfants l’un sur l’autre entassés,
Sous
ces marbres rompus ces membres dispersés ;
Cent
mille infortunés que la terre dévore,
Qui,
sanglants, déchirés, et palpitants encore,
Enterrés
sous leurs toits, terminent sans secours
Dans
l’horreur du tourment leurs lamentables jours !
Aux
cris demi-formés de leurs voix expirantes,
Au
spectacle effrayant de leurs cendres fumantes,
Direz-vous :
« C’est l’effet des éternelles lois
Qui
d’un Dieu libre et bon nécessitent le choix ? »
Direz-vous,
en voyant cet amas de victimes :
« Dieu
s’est vengé, leur mort est le prix de leurs crimes ? »
Quel
crime, quelle faute ont commis ces enfants
Sur
le sein maternel écrasés et sanglants ?
Lisbonne
est abîmée, et l’on danse à Paris.
Tranquilles
spectateurs, intrépides esprits,
De
vos frères mourants contemplant les naufrages,
Vous
recherchez en paix les causes des orages :
Mais
du sort ennemi quand vous sentez les coups,
Devenus
plus humains, vous pleurez comme nous.
Croyez-moi,
quand la terre entr’ouvre ses abîmes,
Ma
plainte est innocente et mes cris légitimes.
Partout
environnés des cruautés du sort,
Des
fureurs des méchants, des pièges de la mort
De
tous les éléments éprouvant les atteintes,
Compagnons
de nos maux, permettez-nous les plaintes.
C’est
l’orgueil, dites-vous, l’orgueil séditieux,
Qui
prétend qu’étant mal, nous pouvions être mieux.
Allez
interroger les rivages du Tage ;
Fouillez
dans les débris de ce sanglant ravage ;
Demandez
aux mourants, dans ce séjour d’effroi,
Si
c’est l’orgueil qui crie : « O ciel, secourez-moi !
O
ciel, ayez pitié de l’humaine misère ! »
Tout
est bien, dites-vous, et tout est nécessaire.
Quoi !
l’univers entier, sans ce gouffre infernal,
Sans
engloutir Lisbonne, eût-il été plus mal ?
Etes-vous
assurés que la cause éternelle
Qui
fait tout, qui sait tout, qui créa
tout pour elle,
Ne
pouvait nous jeter dans ces tristes climats
Sans
former des volcans allumés sous nos pas !
Borneriez-vous
ainsi la suprême puissance ?
Lui
défendriez–vous d’exercer sa clémence ?
L’éternel
artisan n’a-t-il pas dans ses mains
Des
moyens infinis tout prêts pour ses desseins ?
Je
désire humblement, sans offense mon maître,
Que
ce gouffre enflammé de soufre et de salpêtre
Eût
allumé ses feux dans le fond des déserts.
Je
respecte mon Dieu, mais j’aime l’univers.
Quand
l’homme ose gémir d’un fléau si terrible,
Il
n’est point orgueilleux, héla ! il est sensible.
Non, ne présentez plus à mon cœur agité
Ces
immuables lois de la nécessité,
Cette
chaîne des corps, des esprits et des mondes.
O
rêves savants ! ô chimères profondes
¨Dieu
tient en main la chaîne, et n’est point enchaîné :
Par
son choix bienfaisant tout est déterminé :
Il
est libre, il est juste, il n’est point implacable.
Pourquoi
donc souffrons-nous sous un maître équitable ?
Voilà
le nœud fatal qu’il fallait délier.
Guérirez
–vous nos maux en osant les nier ?
Tous
les peuples, tremblant sous une main divine,
Du
mal que vous niez ont cherché l’origine.
Si
l’éternelle loi qui meurt les éléments
Fait
tomber les rochers sous les efforts des vents,
Si
les chênes touffus par la foudre s’embrasent,
Ils
ne ressentent point les coups qui les écrasent :
Mais,
je vis, mais, je sens, mais mon cœur opprimé
Demande
des secours au Dieu qui l’a formé.
Je
ne suis du grand tout qu’une faible partie
Oui ;
mais les animaux condamnés à la vie,
Tous
les êtres sentants, nés sous la même loi,
Vivent
dans la douleur, et meurent comme moi.
Eléments,
animaux, humains, tout est en guerre.
Il
le faut avouer, le mal est sur la terre :
Son
principe secret ne nous est point connu.
De
l’auteur de tout bien le mal est-il venu ?
Est-ce
le noir Typhon, le barbare Arimane,
Dont
la loi tyrannique à souffrir nous condamne ?
Mon
esprit n’admet point ces monstres odieux
Dont
le monde en tremblant fit autrefois des dieux.
Mais
comment concevoir un Dieu, la bonté même,
Qui
prodigua ses biens à ses enfants qu’il aime,
Et
qui versa sur eux les maux à pleines mains ?
Quel
œil peut pénétrer dans ses profonds desseins :
De
l’être tout parfait le mal ne pouvait naître ;
Il
ne vient point d’autrui, puisque
Dieu seul est maître :
Il
existe pourtant. O tristes vérités !
O
mélange étonnant de contrariétés !
Quelque
parti qu’on prenne, on doit frémir, sans doute.
Il
n’est rien qu’on connaisse, et rien qu’on ne redoute.
La
nature est muette, on l’interroge en vain ;
On
a besoin d’un Dieu qui parle au genre humain.
Il
n’appartient qu’à lui d’expliquer son ouvrage,
De
consoler le faible, et d’éclairer le sage.
L’homme,
au doute, à l’erreur, abandonné sans lui,
Cherche
en vain des roseaux qui lui servent d’appui.
Leibniz
ne m’apprend point par quels nœuds invisibles,
Dans
le mieux ordonné des univers possibles,
Un
désordre éternel, un chaos de malheurs,
Mêle
à nos vains plaisirs de réelles douleurs,
Ni
pourquoi l’innocent, ainsi que le coupable,
Subit
également ce mal inévitable.
Je
ne conçois pas plus comment tout serait bien :
Je
suis comme un docteur ; hélas ! je ne sais rien.
Que
peut donc de l’esprit la plus vaste étendue ?
Rien :
le livre du sort se ferme à notre vue.
L’homme
étranger en soi, de l’homme est ignoré.
Que
suis-je, où suis-je, où vais-je, et d’où su |