La causalité

Leibniz

1646-1716

 
   

 

 

Pour la lecture de la section 17 du sommaire , concernant la force, il est inutile de se donner la peine de revoir la physique en général, la physique vue sous l’angle actuel embrouille d’avantage qu’elle n’aide à la compréhension de cette section. Avant d’aborder cette section il est bon de rappeler le plan de l’ouvrage de Leibniz afin de la mettre en contexte. Il y a trois parties :

1) Dieu

2) le monde ( de la section  8 à  12, sommaire ), il est traité de l’identité de la substance, de 13 à  16 , des rapports entre substances ,et de 17 à 22 , il s’agit  des réalités matérielles ).

3) Dieu et le monde

La maxime subalterne  comme  loi de la Nature, Dieu a la même force mais pas toujours la même  quantité de mouvement. Se référer aux sections 6 et 7. La section 7 concerne la  théodicée, celle ci concerne le  mal , ainsi  Dieu ne fait pas tout. La section 18 traite de l’inertie des corps en tant que  forces passive et active. La section 17 porte sur la critique de la mécanique de Descartes. Il y a un double parcours de la pensée,  de la métaphysique à la physique et le contraire. Leibniz réfléchit comme rarement auparavant du lien entre métaphysique et physique.

Le  terme   plausible signifie qu’une certaine quantité d’actions se conserve dans l’univers, cela remet en cause la nature, soit la quantité de mouvement. Leibniz a été séduit dans sa jeunesse par la théorie de Descartes. Soit que l’essence de la matière est l’étendue, une étendue solide que le mouvement rend fluide ( en très résumé….) Chez Leibniz l’espace vide est un néant, la réalité de la matière vient du mouvement. Les conatus rendent compte de la cohésion des corps. Ici, le conatus n’est pas une force mais une vitesse, ce n’est pas une force mécanique. Leibniz y attribue une force spirituelle. Dans le texte, pourquoi le terme raisonnable est-il utilisé ? Car il n’y a pas d’ordre des principes nécessaires ( soit la négation qui englobe la contradiction ). Le choix de Leibniz répond à une convenance. Le principe n’implique pas  de contradiction.

La masse est multipliée par la vitesse. La vitesse est  multipliée par les corps.

Le principe de continuité est requis par l’ordre des choses soit : 

- spatio-temporel ( changement de position )  

- cas ( suite ordonnée dans une série infinitésimale )

- nature qui ne fait pas de saut, série continue.

La loi des chocs: si B et C ont un mouvement égal, même masse / vitesse, après un choc ils repartent à la même vitesse Si B et C diffèrent, alors après le choc il y a une différence. Voyons la règle de l’inégalité, si B est à peine plus grand que C alors seulement, après le choc, C recule.

Pour Descartes, Dieu cause le mouvement. m.v, la masse par la vitesse.

Certaines quantités d’actions se conservent dans l’univers. Leibniz teste cette possibilité. Pour Descartes : m.v, la loi des chocs est tirée de là. Astreignons  nous  à un peu de mathématique :4m.h = m.4.h

m= masse, h= hauteur

La quantité de travail se conserve, le rapport de vitesse a et b est identique.

Section 17et  explication du dessin dans le livre du philosophe:

Leibniz s’exprime en toise. ( 4 toises) m.v = 2 dans le dessin de gauche. Racine carré des espaces parcourus. Ici, le travail est identique.

Travail :

T A = 4.h.m

T B = h.4.m

VA = racine de 4 = 2

VB = racine de 2 = 1

Quantité de mouvement :

m.v pour A = 4

m.v pour B = 2

C'est une quantité de mouvement selon la loi de Galilée. La force est égale en arrivant au sol, mais il n’y a pas la même quantité de mouvement. Se référer aux ouvrages :  Adams – Leibniz, Determinist,,Theist, Idealist, Oxford univerity press, 1994- excellents passages  pour éclaircir cette démonstration , en anglais et à l’ouvrage de Moreau . J. Moreau – L’univers leibnizien,Vitte, 1956 , sur la force.M. Guéroult – Leibniz, dynamisme et métaphysique.

La force est égale en arrivant au sol, mais le mouvement n’est pas égal  ce qui  explique le travail  qui entraîne une exigence de la raison notamment pour le principe de continuité. Accepter le mouvement cartésien, c’est accepter le mouvement perpétuel. La cause pleine est un effet entier donc une parfaite équation ! Le repos est un mouvement particulier, soit infinitésimalement petit.

Pour Leibniz : mv = mv2

La force, métaphysique ne peut être immédiatement représentée dans l’imagination, c’est le  problème de la section 12( sommaire ),  il ne peut y avoir d’existence en soi. La puissance entraîne des effets  futurs. La somme d’accroissement  est la  force , donc in petus( élan ) , est mesurable bien qu’au – delà de l’imagination, la  réalité physique , in petus est remplacé par conatus , c’est une  réalité spirituelle.

Quelques remarques :

Les forces vives sont  le passage de la métaphysique à la nature et des choses immatérielles aux choses Cela ruine la physique de Descartes, car il n’est plus possible d’expliquer les corps par l’étendue, car on introduit des forces et qu’on ne peut travailler que le mouvement. La  réduction des corps à l’étendue est balayée. Il faut comprendre le rapport des forces avec l’entéléchie. Chez Descartes l’étendue n’est pas issue du mouvement.  Dieu ne fait pas tout ( liberté d’agir ) cela n’est pas contraire à Descartes qui pense que certaines actions sont libres, mais pas toutes. Descartes ne concilie pas , parce qu’ il ne sait pas comment le faire, Dieu et la liberté d’agir. Leibniz lui reproche de reculer face à cette difficulté.

Dans la section 20, le mouvement perpétuel, Socrate et Anaxagore sont brièvement situés. C’est le rapport entre Socrate et Anaxagore (  l’univers est gouverné par l’intelligence et  cela signifie qu’il y a des raisons, au lieu de trouver des raisons il trouve des explications mécaniques).

Socrate dit que cela reviendra à la même chose  que de dire que le fait de s’expliquer sur la place publique est le fait de s’expliquer avec ses muscles, nerfs, os, etc. Socrate dit qu’Anaxagore confond les causes avec les conditions de faire ceci ou cela. Mais, cela n’explique pas pourquoi je fais ceci ou cela. Voilà une  opposition entre raison et cause ( mécanique ). Intelligence / finalité.

Qu’est – ce qu’y est  nécessaire pour qu’une cause ait lieu ? Socrate reproche à Anaxagore de ne pas recourir au divin.

Monade : infinité de perceptions, forces immanentes, substances ayant une âme ou analogue.

Toute substance perçoit, il n’y a pas de causalité entre les substances. La force interne est analogue à une âme. Pour comprendre la  section  13 traitant du contingent et du nécessaire, il est bon de relire la section 8 qui porte sur la définition logique de l'individu et  sur les propositions nécessaires, contingentes et singulières, il est bon aussi de se rappeler ce qu’est la substance et ses accidents  pour Leibniz. ( Lire également l’essai de Théodicée de Leibniz)

( théodicée = Dieu / juste) C’est ce paragraphe qui a choqué Arnaud.

Sur la liberté deux questions :

1) La prescience divine détermine-t-elle l’action humaine ?

2) Une action peut – elle être libre et déterminée à la fois ?

Dieu peut savoir de toute éternité ce qu’est la substance individuelle, ainsi «  César franchit le Rubicon »,   Dieu en a la prescience divine. Les vérités nécessaires sont a priori, les vérités contingentes a posteriori. Qu’est – ce qui affecte le contenu des actions ? Dieu choisit librement le monde.

La liberté a-t-elle une place dans un monde prévu et déterminé par Dieu ? Les apparences font penser que le bien et le mal sont nécessaires. Il faut que les actions soient libres, sinon qu’elle justice y aurait – il dans le jugement ? Pour Leibniz nous avons la liberté de nos actions. Concernant la section 13, lire encore en page 83 la réponse d’Arnauld. Pour ce dernier, la nécessité est plus que fatale.

La Prescience divine 

La vérité des futurs contingents sont déterminés, Dieu en a la certitude car sa prescience prévoit le futur libre , mais, ne le détermine pas . Dieu est en quelque sorte le spectateur. (Voir section 38 du sommaire de la théodicée, pour éclaircir sur quoi se fonde la nature des choses).

Pour Arnauld la difficulté réside dans la substance individuelle. Ayons encore une fois recours à un exemple :

« Paul écrira demain »

« Paul n’écrira pas demain » est du domaine du possible. Ainsi ces propositions sont vraies, particulières, contingentes.

Elles n’ont pas de contradiction en soi. Donc, ce sont des propositions analytiques. Dieu analyse la notion complète de Paul  et qu’il écrira demain. Mais cela n’est pas nécessaire qu’il écrive demain.

Il y a une différence de connexion entre :

a) ce qui est nécessaire absolument, soit apodictique. La négation entraîne la  contradiction dans les vérités nécessaires, comme la somme d’un triangle à 180%, sa négation n’est pas possible. Cela détermine le champ des possibles.

b) ou nécessité hypothétique. La négation est nécessaire et hypothétique cela entraîne une  sorte de perfection divine

Un exemple :  le soleil brille aujourd’hui, ceci n’est pas nécessaire absolument, mais nécessaire par conditions causales ainsi nous avons une  nécessité hypothétique. Voyons cela ainsi :

2+2= 4     4=4, voilà une identité totale, régit pas le principe de nécessité.

Paul franchit le Rubicon est une  raison suffisante et il y a  non -contradiction.

Essayons de résumé :

Nécessité absolue ( non-contradiction) :

-         P et non P ne sont pas possibles

-         Délimite le champ des possibles

-         Notion spécifique ( par exemple la sphère)

La nécessité absolue, est contingente en elle-même :

-         liée à l’existence des choses

-         notion individuelle ( tel Jules César, cette notion est   plutôt dans le réel ).                        

Dieu est cause première. Il a choisi de créer le monde et la substance individuelle.

Qu’est – ce qui a motivé Dieu à créer le monde ? Nous entrons dans le domaine de la morale. La volonté est volonté conséquente. La volonté, c’est l’ inclination à faire quelque chose à proportion du bien qu’elle renferme. Il y a une préordination de Dieu. Le décret est un choix libre. Dieu a ordonné ce monde par décret. Choisir le meilleur des mondes  par un choix déterminé et incliné. Pour choisir le meilleur des mondes, il faut  de la sagesse, de la volonté et de la toute puissance La volonté détermine le bien, le bien est l’entendement ( sagesse chez Dieu ). Seul Dieu a la capacité de voir le meilleur.

Pour la  détermination, faisons une référence au fameux âne de Buridan qui a autant soif que faim et qui ne peut se décider ni à boire ni à manger. Pour Leibniz, cela est impossible car la volonté est toujours incliné. Nous sommes déterminés par notre choix. Le principe du meilleur nous incline sans pour autant en connaître la cause. Alors, que faut – il penser du tyran ? C’est une imperfection de la liberté, les apparences du bien et du mal  nous trompe et l’ intelligence entre en jeu. Plus l’être est éclairé, plus il approche de Dieu. L'intelligence parfaite, c’est  Dieu qui  influe sur sa volonté. Les créatures limitées ne voient pas toujours clairement le bien.

Dieu  a un  entendement parfait par sa sagesse, sa capacité à contempler le meilleur et son choix du  meilleur , voilà, nous avons ainsi sa puissance .

Homme  est plus ou moins le même modèle que Dieu mais avec les passions qui  interfèrent la volonté) L'intelligence aboutit sur les  volontés ( selon les passions). Il faut noter que l’homme est limité par  les passions.

Leibniz ne tolère pas la fatalité qu’il traite de « sophisme paresseux ». Si nous agissons c’est en fonction des actions et  conformément sut un plan  moral. Agir sans être poussé à agir, l’âme humaine dépend d’elle-même. Leibniz dit que l’âme humaine est comme un automate spirituel.

On peut définir le déterminisme ainsi : soit étant donné les lois de l’univers, à l’instant T1, on peut déduire chaque événement futur. Ici, c’est un déterminisme causal. On ne peut parler de déterminisme moral, mais de déterminisme de l’entendement sur la volonté dans l’action morale. Les termes a priori et a posteriori  qualifient la connaissance. Une proposition ne peut être vraie  a priori.  Donc il faut parler seulement d’une proposition. Il est mieux de parler d’apparence du meilleur que de principe du meilleur ( pour Dieu ). La volonté humaine se profile  par ce qui apparaît le meilleur ( pour  homme) Chez Leibniz, le mal  est de l’ordre  métaphysique, moral et naturel (maladie,douleur).

  Trois conditions à la liberté  

La  contingence ( la plus fondamentale),la spontanéité et l'intelligence ( acte libre et réfléchi pour un sujet doué de conscience et de raison ). La section 13, voir le  sommaire ,traite de la contingence

1. Le domaine de la contingence va plus loin que l’action humaine

2. Il y a indépendance complète de chaque substance et un production causale immanente pour chaque accident.

La puissance de l’appétition est le plus souvent inconsciente, donc la spontanéité est plus restreinte que la contingence. L’âme a en elle -même le principe de toutes ses actions et de ses passions. Même mes tristesses, mes colères sont  causées par moi, produites par ma propre substance.

La substance a des actions ( états actifs) et des  passions ( états passifs). La spontanéité ne suffit pas à la liberté. On pâtit passivement. Garder sur un plan psychique et moral les passions et les actions, tout en acceptant que la substance cause deux sortes d’état. Les passions interfèrent sur la volonté  et par cela  l’individu ne réfléchit plus donc, l’ action  n’est plus libre. Alors  la contingence et la spontanéité ne suffisent plus. L’être spontané est à l’intérieur d’une sous classe :  les actes libres. La raison détermine la volonté et c’est du domaine de l’intelligence. C’est quand ces trois conditions sont réunies que nous avons la liberté. Il y a compatibilité entre liberté et déterminisme. Leibniz est un original en admettant cela. La chaîne causale ( qui aboutit à la liberté ) qui  entraîne  mon déterminisme qui dépend de la substance. Chez Hume, il n’y a pas de chaîne causale ( qui remonte jusqu’au bing-bang ! ),l’action se situe en T1. La position de Leibniz est étrange en ce sens que la chaîne causale remonte à ma naissance, pas plus. T1 est immanent en moi, c’est complètement moi. Chez Leibniz, il a  y une loi immanente de ma substance.( voir chez Garnier Flammarion, " les nouveaux essais" en page 148 pour la classification de la liberté)

 

 

 

 

 

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