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Introduction

 

"Faisons passer les innovations par un vieux chemin".

 

 

Notre pays de Neuchâtel, d'après des documents historiques, fut dès longtemps le siège de sociétés ayant pour but le développement de la jeunesse et de l'art du tir. La doyenne de ces sociétés semble être celle des fusiliers de Neuchâtel, fondée en 1406, sous le nom de Compagnie des Arbalétriers; elle fut réorganisée en 1765 sous son nom actuel.

 

En 1534, disent les Annales de Boyve, on construisit à Neuchâtel le premier bâtiment de tir pour les mousquetaires sur les rives du Seyon, au dessus de la ville. Les  frais de cette construction ascendèrent à la somme - de deux cent livres, six gros, deux deniers et furent supportés par le Conseil de ville et une association de Bourgeois.

 

Mais comme il est dit plus haut, dès 1406 il y avait déjà des exercices de tir. On se servait de coulevrines qui se posaient sur des fourchettes, fichées en terre (le musée de Morat en possède de beaux exemplaires). Mais ces engins étant très lourds et incommodes on employa ensuite des mousquets à mèche et plus tard des fusils à pierre. Il y a loin de cette arme rudimentaire à nos joujoux du calibre 7,5 !

 

De la capitale du canton, l'usage du tir ne tarda pas à se répandre dans la campagne, les sociétés locales se fondèrent un peu partout et, en ce qui concerne le village des Bayards, nous sommes heureux de trouver parmi les dates les plus reculées le Prix des mousquetaires du Grand-Bayard, fondé en 1613.

 

Ces sociétés de tir, dites Prix de commune, ont vraisemblablement précédé partout les Abbayes; elles se composaient, comme actuellement, encore, de sociétaires communiers de la localité, tandis que les abbayes reçoivent tous les citoyens qui désirent en faire partie. Quelques Abbayes cependant, et notamment celles des Verrières, n'admettaient et n'admettent encore dans la Société que des citoyens suisses.

 

Dans le cours de ce petit travail nous nous sommes demandé, pour quel motif  on avait donné le nom d'Abbayes aux sociétés existant sous cette dénomination, mais sans trouver de solution. Chacun sait qu'une abbaye dans le sens littéral du mot signifie un monastère gouverné par un abbé, un couvent, si l'on veut. Pourquoi nos sociétés séculaires de tir ont elles été gratifiées dune même appellation ?

 

Quel rapprochement nos ancêtres faisaient-ils entre ces deux institutions de nature si différentes ? Nous laissons à de plus autorisés le soin de cette intéressante recherche.

Le principal but des présentes notes est de raconter par le détail l’histoire de l’Abbaye des Bayards, mais auparavant nous donnerons un petit aperçu général du développement de ces sociétés dans le canton, tel qu’il résulte de renseignements glanés ici et là.

 

Neuchâtel a donc inauguré, le premier, un Stand, cela en 1534, pour suivre aux exercices de tir commencés en 1406. Les Prix de commune ont été ensuite les premières sociétés de tir organisées dans notre pays, ils nous semblent dater en général du 17ième siècle. Puis vinrent les Abbayes. En dehors du Val-de-Travers nous citerons Cortaillod avec une Abbaye qui existait déjà avant 1733. Les plus anciens documents datent d’alors, mais une bonne partie a été détruite dans l’incendie de 1797. Actuellement cette société compte de 160 à 180 membres et possède 8000.- frs en titres et des immeubles évalués à 9000.- frs.

 

A la Brévine les Prix de seigneurie ont existé avant 1700. Le prix franc connu présentement sous le nom de Vieille abbaye date de 1744, et 34 membres s’en sont fait recevoir la première année. Cette Abbaye en compte aujourd’hui environ 60 et sa fortune est de  1516.-  frs. C'est donc une des plus petites du Canton.

 

Dans le district du Val-de-Travers, Fleurier et Môtiers doivent  posséder les plus anciennes Abbayes. Il est difficile de préciser les dates, car malheureusement quantité de documents sont égarés ou détruits.

 

Ce que l'on sait, c'est qu'en 1654, Môtiers révisait ses statuts, cette Abbaye existait donc déjà depuis longtemps peut-être.

 

En 1672 eut lieu une seconde révision et ce nouveau règlement était précédé de la curieuse pièce suivante :

 

« Cy suivent les ordres dressés dans le noble, vertueux et honorable corps de l'Abbaye de Môtiers au Vauxtravers. Sur les anciens mémoires et documents qui stoyent pour ce fait notés, afin de tant plus dresser civiliser, façonner et tenir en bride les compagnons et mousquetaires de ceste dite confrérie au jeu et exercisse de l'art millitaire, ainsi que nous voyons faire nos circonvoysins et que tout se passe à l'honneur et à la gloire de Dieu notre souverain créateur, au contentement de son altesse nostre souverain prince et de la Patrie.

Revues et corrigées nouvellement par les sieurs  Maîtres, lieutenant et douze Juges de la dite Compagnie sur celles réformées en l'an mille six cents cinquante quatre. »

 

L'Abbaye de Môtiers compte de 120 à 130 membres dont quarante sept seulement domiciliés au village. Sa fortune est de 16.000.-  frs.

A Buttes une bonne partie des archives de l'Abbaye a été détruite  par l'incendie de 1864. Néanmoins ce qui en reste suffit à prouver que cette société est antérieure à 1771. Elle possède actuellement un fonds de 11.000.- frs et se compose d'environ 100 membres. Il y a une quarantaine d'années il n'était pas rare de voir de 120 à 130 sociétaires tirer leurs passes.

 

L'Abbaye de Buttes a, la première dans le district, inauguré le tir de 300 mètres.

 

Travers possède trois anciennes sociétés de tir soit : Le Prix militaire, l'Ancienne abbaye et la Nouvelle abbaye, celle-ci a porté jusqu'en 1825 le nom de Prix volontaire.

 

L'ancienne Abbaye date d'avant 1719, elle -possède une fortune de 8500.-  frs et les deux autres sociétés 6000.- frs chacune.

 

Un épisode historique des Abbayes de Travers mérite d'être relevé, le voici tel qu'il nous a été communiqué :

 En 1860, un peu avant l'inauguration du chemin de fer du Franco-Suisse, une course d'essai, comprenant les notabilités de la Compagnie, avait lieu de Neuchâtel à Pontarlier. Le train passa sans encombre le matin à Travers, mais il ne devait pas en être de même l'après-midi. Le tracé de la ligne passait entre l'ancien Stand et les cibles et les réclamations de l’Abbaye pour obtenir une indemnité, n'avaient abouti jusqu'alors qu'à des réponses dilatoires.

Le capitaine de carabiniers Jules Erbeau fit assembler les sociétés de tir aussitôt qu'il eut appris le passage du train et il fut décidé qu'un tir nourri devait être organisé l'après-midi, en avertissant le garde-barrière en faction du côté de Couvet e donner le signal d'arrêt au train, lors de son retour.

 

Bientôt, après le sifflet strident de la locomotive retentit, mais les tireurs semblent ne pas l'entendre et redoublent d'animation dans leur fusillade.

Que faire? Force est au train de parlementer et le colonel Jules Philippin qui était l'avocat de la Compagnie  vint trouver le capitaine Jules Erbeau  au Stand.

Voyons, lui dit-il, faites cesser le feu, nous voulons  passer.

Pas avant que vous ayez fait droit à nos justes réclamations, lui répond fièrement Erbeau. Un colloque animé se poursuit au bruit d'un crépitement  de balles entre les deux Jules... Le colonel Philippin dut capituler,  il s'engagea au nom du chemin de fer à payer une indemnité  à l'Abbaye pour le déplacement du Stand.  Le colonel avait été battu par le capitaine !

Multiplier davantage les renseignements généraux sur nos sociétés d'Abbaye en général sortirait du cadre de ce travail, nous nous bornerons, pour en finir, par donner les dates de fondation de quelques autres Abbayes du district

 

Ancienne abbaye de Couvet

1675

Nouvelle abbaye de Couvet

1753

Abbaye de Boveresse

1731

Abbaye des Verrières

1755

Abbaye des Bayards

1755

 
     

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