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Histoire de la commune des Bayards |
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INTRODUCTION |
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Si
l’histoire de la commune des Bayards
jusqu’au XVIe siècle se confond
assez largement avec celle de sa
voisine, la commune des Verrières,
nous verrons que, vers
1670
déjà, les Bayardins s’affirment et
on peut déjà deviner chez eux, par
exemple au travers du
serment
exigé des
communiers (consultable dans
les archives communales (cote L 105,
27), le serment est reproduit dans
Ed.Quartier-la-Tente, Le Canton
de Neuchâtel, District du
Val-de-Travers, Attinger 1893.),
une certaine volonté d’émancipation.
Nous ferons ici une assez large
référence à l’ouvrage d’Ed.Quartier-la-Tente,
pasteur de la Côte-aux-Fées et
professeur, parus aux éditions
Attinger en 1893. Référence
incontournable et très riche, nous
nous en distancierons cependant sur
divers points que le temps a rendu
obsolètes. Notamment les parties
qui, comme celle qui suit, n’ont, en
notre qualité de citoyen bayardin,
pas notre totale approbation :
«Les
habitants des Bayards ont un accent
que l’on retrouve dans plusieurs
localités des montagnes
neuchâteloises. On y remarque une
difficulté à prononcer les sons an,
on, in qui se disent comme â,ô,è […]
Cette prononciation n’est pas
attribuée à des instituteurs
primitifs qui l’auraient implantée,
mais probablement au fait que dans
ce climat assez rude, l’on est assez
fréquemment ârubé (enrhumé) du
cerveau […]».
Déjà à
l’époque, Quartier-la-Tente relevait
ne pas avoir pu «
mettre la main
sur aucun ouvrage ancien, aucun
article d’almanach, aucune
monographie traitant l’histoire de
ce village ». Ce sera à
partir des archives communales que
l’auteur établira son texte. Nous
avons d’ailleurs pu retrouver dans
les actuelles archives communales
une grande part des pièces
d’archives sur lesquelles
Quartier-la-Tente s’était basé pour
rédiger son travail (par exemple les
pièces relatives au Fonds Lambelet,
celles pour le partage de la
commune, celles concernant les
adresses à Sa Majesté ou encore le
serment que les communiers
prêtaient).
Situés
dans le canton de Neuchâtel,
district du Val-de-Travers, Les
Bayards sont perchés à 1000 mètres
d'altitude, le point le plus bas de
la commune se situant à
905
mètres et le plus haut à
1258
mètres. Au 1er janvier 2001, la
superficie totale du village était
de 1902ha dont 375 de forêts et 143
de pâturages, ce qui en fait la
troisième commune du district après
Travers et les Verrières. Le village
comptait 677 habitant en 1800, 837
en 1850, il fut à son apogée
démographique en 1884 avec 1036
âmes, puis retombe à 846 habitants
en 1900, à 357 au 31 décembre 2004
et à 370 au 31 décembre 2005.
Le village des Bayards du XIXe
siècle est constitué du village
proprement dit (Grand
Bayard, Petit Bayard, quartier des
Vuillèmes) et de cinq hameaux
(le
Haut-de-la-Tour, les Champs-Berthoud,
les Places, Bellevue et les Prises).
Il est situé sur un plateau et est
entouré de montagnes (Cernil,
considéré à présent comme hameau,
la Côtière)
; Le Crêt,
derrière la
Grande-Prise, est le point le
plus élevé et culmine à 1258 mètres.
Les Bayards sont un village en pente
dont les habitations sont disposées
de chaque côté de la route
principale, ce qui en fait un
village dit linéaire, disposition
que nous explicitons plus bas.
Quartier-la-Tente énumère
méticuleusement les hameaux et à
ceux que nous donnons il ajoute : à
l’Endroit,
à droite du Haut-de-la-Tour (avec
les Jordans,
les Prises, les Bouilles, la
Petite-Prise, la Grande-Prise, le
Pâquier jusqu’au
Cerneux du
Doubs à la frontière) ; à l’Envers,
du côté du
Vallon de la Chaux, on trouve
La Sauge
et les
Piagets. Pour tenter de
n’oublier personne, mentionnons
encore
Vers-chez-le-Gros, au sommet
de la
Côtière
et les
Placettes, non loin du
Restaurant du Grand Frédéric.
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Complétons
notre revue en mentionnant les noms de quelques endroits
connus des randonneurs : le Plan des
Montes, lieu où se déroulait les exercices militaires,
la forêt des Jorats, le
Creux-Petoù, ou creux du putois,
en « hommage » à un ancien propriétaire.
La
Laveta, qui tire son nom de larges pierres plates
nommées lave, et où a été construit un très beau refuge. Et
nombre d’autres lieux-dits que les hasards d’une promenade en
terres bayardines vous révéleront.
(ci-contre : refuge de La Laveta).
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PREMIÈRES
TRACES ÉCRITES |
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On trouve dans un acte de donation la mention "et
in plano de Bayar ad unum secatorem" ce qui signifie "et
sur le replat des Bayards une faux", en date de
1284. La faux est une unité de
mesure que l’on utilisait pour mesurer un pré et valant environ le
double de la pose , soit environ 5400 m2. Il ne semble pourtant
pas que la localité fut habitée avant les premières années du XIVe
siècle. Dans un acte du jeune comte Louis de Pourtalès,
acte de vente conclu en 1344,
on retrouve le nom des Bayards : « usque ad
predictum locum de Bayart » et une année avant un autre
parle de « leu de Boyheart ». En
1382, il est question de «
la tourt de Baiar ». L’étymologie
même du nom de la commune des Bayards pourrait venir du bas-latin
« Bais, Baiardus » qui signifie «
pays tacheté » et que l'on retrouve notamment en Franche-Comté.
Appellation provenant du fait que le plateau de la région des
Bayards est parsemé de monceaux de pierre, nommés
murgiers.
En effet, aux XIVe et XVe siècles, les premiers agriculteurs de la
région entreprirent un défrichage méthodique.
Dans un premier temps l’agriculteur déboisait le territoire proche
de son lieu d’habitation, on assista alors à la naissance d'unités
de propriétés en forme de lanières
englobant les terres cultivées et les habitations, et disposées
parallèlement à ses voisines. C’est donc cette manière de procéder
qui explique la formation des murgiers ou
perrières : le transport de ces
lourdes pierres n’étant que difficilement envisageable, elles
furent empilées dans les champs et servirent de délimitations
entre les différentes propriétés. Cette topographie en longues
parcelles lanièrées, étirées de la route à la lisière de la
clairière défrichée s'affirmera au cours des siècles et donnera sa
forme linéaire au village.
En dehors de l’hypothèse du « pays tachetés », bien d'autres
étymologies sont aussi possibles.
On peut ainsi remonter à l'époque burgonde, temps où les
institutions féodales se multipliaient et où de véritables
baillages se formaient. On disait alors que le maître du sol «
baillait » pour signifier qu'il
donnait en fief à ses sujets une certaine partie de ses terres. On
peut donc formuler l’hypothèse, peut-être pas assez convaincante,
que l’origine du nom des Bayards provient d’une donation. Dans un
autre ordre d’idée, on peut encore penser que le nom du village
provient du verbe patois bayî, lequel
signifie « donner ». En effet, il fallait s’acquitter d’un droit
de passage lorsque l'on transitait par la Tour Bayard, une
exigence assez marquante pour qu’un nom de lieu en dérive. Mais
les possibilités sont encore plus diverses : le mot Bayard
pourrait être celui d'une famille ou même celui d'une maison,
considérée comme la plus ancienne du village et portant le nom de
Bayou ou
Crêt-Bayou. Le fait
que la région des Bayards se trouve dans un endroit élevé pourrait
aussi expliquer l'étymologie du nom : l'ancien verbe
bayer (bâiller aujourd'hui) désignait
un lieu découvert comme dans les expressions « bayer aux
corneilles » ou « porte entrebâillée ». On s’écartera en revanche
de l'idée qu'un descendant du chevalier Bayard soit venu
s'installer en ce lieu et qu’il y ait laissé son patronyme comme
marque indélébile. On peut également repousser comme
Quartier-la-Tente l'hypothèse selon laquelle le nom dérive de
celui de baie puisque le pays de Neuchâtel est largement couvert
de ces arbustes qui n’ont rien de spécifique aux hauteurs
bayardines. |
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LES
ARMOIRIES COMMUNALES, SYMBOLES D’HISTOIRE |
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« D'azur à une tour d'argent maçonnée de
sable, la porte munie de son pont-levis, le tout reposant sur un
massif de rochers de sinople au chef cousu de gueules, chargé
d'une foi au naturel, les manches d'hermine et à la bordure d'or
brochante, chargée d'une chaîne de sable aux anneaux arrondis,
posés en orle. L'écu est sommé de la Croix fédérale et entourée de
deux branches de sapin liées par un ruban aux couleurs cantonales
» . |
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Les armoiries de la commune des Bayards sont fort éclairantes de
son histoire et des faits marquants dont les bayardins choisirent
de faire leurs couleurs. C’est en date du
20 août 1889 que le Conseil général des Bayards adopta
les actuelles armoiries communales. Cela faisait suite à
l’adoption de la loi sur les communes du 5
mars 1888 qui réunissait sous le nom de commune, en
administration unique, la commune de ressortissants ou commune
proprement dit, et la commune d’habitants ou municipalité.
Il s’agit alors de trouver pour ce nouveau corps des armoiries
communes. Au cours de nos recherches dans les archives communales,
nous avons trouvé un courrier de l’héraldiste Maurice Tripet
de Neuchâtel, daté de mars 1889, prenant pour exemple l’arrêté
du Conseil général de la Chaux-de-Fonds instituant les armoiries
de la nouvelle commune, il propose aux Bayards de suivre cet
exemple. Les autorités communales suivront ses recommandations.
D’abord, on choisit d’y faire figurer la
Tour Bayard. Edifice aujourd’hui disparu, la Tour
aurait été érigée sur les ordres de Jules César, mais ce n’est que
supputation puisque aucune date précise n’existe, afin d’assurer
la défense de ce passage stratégique, militairement et
économiquement. Le « chemin de la Chaîne
», sur lequel elle se trouvait, était une voie romaine qui
conduisait de Châlons à Bâle. En 1373,
un écrit du comte Louis mentionne la Tour Bayard. Dans cet
acte, le comte dispense les habitants des Verrières de faire le
guet dans la Tour. En 1376 la
comtesse Isabelle confirma l'exemption. Nous avons
également relevé un document de 1382
mentionnant « la tourt de Baiar ».
Après avoir traversé les siècles, la Tour Bayard n’aurait pas
résisté à une tempête particulièrement violente, en l’an
1517. On aurait alors jugé
inopportun de la reconstruire. |
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Nouveau symbole, celui du courage bayardin, avec la
chaîne qui fut tendue entre les
parois rocheuses et portée au rouge par un feu pour montrer
l’hostilité locale à l’avancée des troupes de Charles le
Téméraire, alors en marche pour l’Italie. Le défilé que
représente la région des Verrières-Bayards eut un attrait
particulier durant les guerres de Bourgogne ; c’est en effet l’un
des cols du Jura les plus propice aux passages des diverses armées
en mouvement. C’est ainsi que Charles le Téméraire, parti de Nancy
en janvier ou février 1476,
aurait envoyé une troupe d’avant-garde de près de quatre cents
hommes pour occuper ce passage stratégique. Ce serait une partie
de ce détachement qui se serait présenté, au début du mois de
février, dans le défilé au bas de la Tour et aurait eu à souffrir
des velléités de ses défenseurs et de la chaîne rougie que les
armoiries bayardines arborent fièrement.
Bien que l’on puisse, encore actuellement, voir un anneau scellé
dans la roche, l’épisode du barrage de la chaîne défendu par les
gens de la région face aux Bourguignons est à remettre en
question. Quartier-la-Tente affirme qu’il y eut «
sans contredit » un engagement entre
les éclaireurs bourguignons et les suisses postés à la Tour Bayard
et que, lorsque les premiers virent les «
formidables » obstacles destinés à leur barrer le passage,
ils s’en retournèrent au fort de Joux faire leur rapport, incitant
Charles le Téméraire à se détourner et à préférer un passage par
la route de Jougne.
Quartier-la-Tente conclut en soulignant que «
l’histoire locale et celle de la guerre de
Bourgogne même tireraient peut-être une lumière nouvelle de ces
investigations » faisant référence à des travaux de
Ed.Girod confirmant la confrontation et à la découverte de
débris de selles, fragments de casque et autres cuirasses. Si la
promesse de découvrir que c’est la témérité des défenseurs
neuchâtelois qui incita le Téméraire à choisir un autre itinéraire
est attrayante, il convient pourtant de s’en écarter.
En effet, le fait a depuis été jugé apocryphe par l’historien
Arthur Piaget. Dans ses travaux, on apprend que Hugues de
Pierre, chanoine qui aurait relaté l’épisode héroïque et dont
nous reproduisons le texte ci-dessous, est en fait issu de
l'imagination du colonel Pury de Monlési, ami de
Rousseau, qui tentait par ce faux de démontrer que Neuchâtel
avait penché, durant toute son histoire, du côté de la Suisse.
« Bonne garde ainsi faicte et ordonnée
apparoit l’avant-bataille des Bourguignons cuidant descendre par
la Tour Bayard et criant aux nostres de retrayer la chaîne et
bailler passage sinon tous pendus seraient. A telle semonce ne fut
répondu que à grands coups d’arquebuzaides ; tant et si bien
furent frottés les plus curieux et hardis Bourguignons que touts
virèrent doz… Sur ce, le grand cuc Charles, voyant le passaige de
la Tour Bayard clos aux siens, chemina sur Jouxgne et posa son ost
devant Grandson »
Mais continuons notre description des armoiries. Les
deux mains se serrant
représentent un événement capital dans l’histoire bayardine, celui
de la réunion du Grand Bayard et du Petit
Bayard, en 1888.
Elles symbolisent aussi la communion dans la foi.
Commune dont les principales ressources furent, pendant longtemps,
celles provenant des forêts, les autorités communales sertirent
les armoiries de deux branches de sapin.
Enfin, avec la volonté de concilier les camps fédéraliste et
cantonaliste, un ruban aux couleurs
cantonales et une croix fédérale
composent également les armoiries de la commune, on ne peut
plus fortes en symboles. |
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DE
L’INDÉPENDANCE RELIGIEUSE |
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Comme nous l'avons déjà brièvement vu dans les pages
précédentes, les paroissiens des Bayards furent rattachés à
l'Eglise des Verrières jusqu'en 1712.
C'est en 1673 déjà que les
communiers s'intéressèrent à la construction de
leur propre temple. En date du
6 septembre 1676, le Conseil d'Etat accordait la
permission aux Bayardins de construire un temple, ils
obtenaient également de pouvoir établir un cimetière. Le
terrain fut acquis en date du 31 janvier 1677. Il appartenait
à un communier du nom de David Chedel. Dans son
ouvrage, Edouard Quartier-la-Tente indique que l’on retrouve
dans les registres communaux l'historique de la question du
temple. Malgré nos recherches assidues, ces documents n’ont
pas pu être trouvé. Le
1er mai 1709, les
bayardins entreprirent des démarches auprès de la compagnie
des pasteurs afin de devenir une paroisse séparée de celle des
Verrières. Requête qui fut reçue favorablement. La Classe
adopta le règlement des fonctions du pasteur le
6 novembre 1710 et annonça que la
nomination aurait lieu dès que la maison de la cure serait
logeable. |
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On l’inaugura en 1711.
Jean-Pierre Cartier fut nommé aux fonctions de pasteur le 27
avril 1712, l'acte de l'érection des Bayards en paroisse fut
rédigé le même jour. |
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La construction du
temple |
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C’est donc en 1677 que les
bayardins posèrent les premières pierres de leur temple. Il ne fut
achevé que progressivement, mais en juin 1677 les travaux devaient
être déjà bien avancés puisque les archives communales nous
apprennent que l’on commandait les accessoires nécessaires au bon
fonctionnement de la cloche.
C’est le 28 octobre 1677 que le pasteur Louis Breguet, qui
officiait habituellement aux Verrières, prononça le premier
prêche. Une « coquille » s’est glissée dans le texte de
Quartier-la-Tente lorsqu’il affirme que c’est en 1793 que d’une
pierre fut faite une table pour le
temple puisque, toujours au regard des documents des archives
communales, c’est bien en août 1694
que celle-ci y trouva sa place. En 1719,
une première réparation de la toiture est entreprise. En
1722 se déroula ce que nous nommerons
« l’affaire du banc ». En
effet, un banc spécial est demandé et obtenu par le Pasteur
Cartier pour ceux qui chantaient le mieux, mais il fut dérobé et
plainte fut déposée. Une partie des communiers demandèrent à ce
que la plainte ne soit pas prise en considération, car un tel «
établissement serait d’une introduction très
dangereuse, elle diviserait les communiers et fomenterait des
haines implacables entre eux » soulignent les archives. Les
pétitionnaires ne furent pas suivis puisqu’on leur répondit que
l’usage était répandu dans d’autres églises, afin que «
les femmes des officiers de judicature ne
fussent pas confondues dans le commun ».
Notons encore quelques date. En 1793, le temple est touché par la
foudre à l’issue d’un mariage, blessant cinq personnes. En 1800,
des dossiers aux bancs sont faits pour les dames. En 1812,
l’Almanach de Neuchâtel indique que le temple des Bayards est
touché trois fois en un quart d’heure par la foudre. En 1836, le
Temple des Bayards fut restauré, un clocher en pierre, fondé sur
le sol, en dehors de l'ancien temple, fut élevé. Le pasteur Bersot,
qui avait déjà présidé à la construction de deux collèges et de
l'Asile , relate les changements opérés et décrit minutieusement
l'ancien Temple, des textes que Quartier-la-Tente reproduit. Le
Temple, remis à neuf, fut inauguré au mois de novembre de la même
année. Diverses autres réfections furent entreprises depuis,
notons simplement qu’en 1993 on installe comme vitraux des
créations de Lermite. |
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La Cure |
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C’est en l’année 1711 que la
cure fut construite. Elle coûta aux communiers la somme de
2024 francs plus la fourniture de la
plupart des matériaux de construction et une bonne partie de la
besogne. C’était un investissement en temps et en capital
conséquent pour la petite communauté. Tous n’étaient d’ailleurs
pas favorables à une telle construction pour un tel coût, un
règlement fut également établi pour les non-communiers et les
étrangers qui refusaient de payer leur participation, on leur
demanderait un paiement lors de mariages, baptêmes ou
enterrements.
Notons pour conclure que Les Bayards verront se former une
Eglise indépendante en
1873. On sait également qu’une
Ecole du dimanche était dispensée, qu’il existait une Union
chrétienne de jeunes gens et de jeunes filles, deux chœurs mixtes
et une Société dite Société de tempérance, destinée à lutter
contre « l’intempérance », c’est-à-dire l’ensemble des problèmes
liés à l’ivrognerie. |
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DES
BOURGEAUX À LA COMMUNE |
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Les Bayards appartenaient à la châtellenie du Val-de-Travers avant
de faire partie, dès 1372, de
la seigneurie, puis de la Mairie des Verrières dont ils formaient
deux des cinq bourgeaux. Ils se rattachent au district du
Val-de-Travers et au cercle de justice des Verrières, avec un
assesseur aux Bayards, et au collège électoral des Verrières
jusqu’aux dernières années du XIXe siècle. Jusqu’en
1412, le souverain possédait les
droits de haute, moyenne et basse justice. Le plus ancien
procès-verbal du tribunal investi des droits du souverain date de
1589. Le tribunal se composait de
douze juges, appelés assesseurs ou justiciers du tribunal, le
Grand Bayard en fournissait trois et le Petit Bayard également. La
juridiction civile fut maintenue jusqu’en
1809, date à laquelle le
prince Berthier tenta de la rattacher à celle du
Val-de-Travers, mais, le 31 décembre 1810,
la justice aux Verrières fut rétablie. Elle se maintiendra sans
trop de modifications jusqu’en 1848.
Des rares documents dont nous disposons concernant les premiers
siècles de vie des Bayards l’un d’eux concerne des privilèges
accordés au Petit Bayard. L’acte, daté du
25 août 1521 et fait par le
bailli Nicolas Halter au nom des cantons suisses, accorde à
la communauté du Petit Bayard par acensement perpétuel tous les
pâturages « bons et mauvais lieux qui sont
dans le détroit de leur communauté » et leur confirma les
acensements accordés par les comtes de Fribourg et
Rodolphe de Hochberg.
C’est
dès 1581 que les deux communautés
des Bayards (Petit et Grand Bayard)
et les trois des
Verrières (Meudon, Belle-Perche, Grand Bourgeau)
formèrent cinq bourgeaux, avant cela
ils ne formaient qu’une seule
communauté. L’organisation
continuait à être celle de la
Générale Communauté, qui se
réunissait dans l’église à Meudon le
jour de l’an, et qui eut également
d’étroits rapports avec
La Côte-aux-Fées, notamment pour ce qui
regardait les affaires religieuses
et la question de l’assistance.
Chargée de l’application des ordres
du Conseil d’Etat, elle était
dirigée par deux gouverneurs. Ses
revenus principaux provenaient de la
taxe sur le bétail
paissant dans les
pâturages et de l’exploitation des
forêts. Les cinq parties de la
Générale Communauté devaient s'aider
mutuellement dans toutes les
circonstances. A côté de
l'administration générale chacune
d'elle avait son administration
particulière et ses fonctionnaires : messeliers, besageux,
gardes-champêtres ou forestiers.
Cette organisation durera jusqu’en
1849 avec la disparition de
l’ancienne Mairie. De fréquents
conflits naissaient de cette
administration commune mais séparée,
ainsi ce document de 1708, rapporté
déjà par Quartier-la-Tente, faisant
état du fait que «
les cinq Bourgeaux des Verrières ne pouvant
s’accorder à l’égard de
l’administration du général de leur
communauté, ils parurent à cet effet
le 28 décembre en Conseil d’Etat,
qui régla par un arrêt dudit jour
leur différend ».
La
volonté d'autonomie manifeste des
Bayardins qui s’était illustrée avec
la construction du temple en 1677 ,
se confirmait en 1712 par l'érection
d'une paroisse bayardine autonome.
Dès 1673, les communiers, obligés de
se déplacer à Meudon pour l’office,
se préoccupent en effet de
l’érection d’un temple sur sol
bayardin, comme nous avons eu
l’occasion de le souligner. En
1717,
à la suite de quatre assemblées, le
partage du fonds commun des pauvres
fut ratifié entre les six communes
(Grand et Petit Bayards, les trois bourgeaux des Verrières et La
Côte-aux-Fées) dans le Temple des
Verrières.
Entre 1831 et 1848 Les Bayards
gardèrent leur quiétude malgré les
divergences d’opinion entre le Petit
et le Grand Bayard. C’est au Petit
Bayard que les
idées républicaines
auraient le plus rapidement fait
chemin, elles ne provoquèrent
pourtant aucun trouble que les
archives n’aient conservé. En
1848,
l'adhésion à la République
s'effectua dans le calme et la
sérénité. Un certain nombre de Bayardins qui avaient vu passer les
troupes de Schwarzenberg en 1814
virent défiler les soldats français
du général Bourbaki dès le 1er
février 1871, par un temps
ensoleillé mais très froid (-12
degrés). Le récit de ce passage est
donné par Fritz Berthoud dans son
ouvrage Sur la Montagne, de 1865, et
conservé dans les archives
communales des Bayards :
«
C’était une multitude, une seule
et immense misère, une seule
iniquité. Les âmes les plus froides,
les cœurs les mieux bronzés, ont
fini par se sentir émus,
bouleversés, indignés par la longue
procession de douleurs qui, une
semaine entière, a coulé dans notre
vallée comme un fleuve vomi par
l’enfer ».

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En
1849, la Côte-aux-Fées étant déjà
séparée de la communauté, la
générale commune des cinq bourgeaux
eut une assemblée extraordinaire en
vue de la séparation des deux
communes des Verrières et des
Bayards. Cette assemblée était
présidée par M. Grandpierre, préfet
du Val-de-Travers. Le préfet ne
parvint pas à concilier les parties,
fut l’objet de quelques insultes et
pris la décision de demander l’appui
de la troupe pour calmer les
esprits. Le Conseil d'Etat ordonna
qu’un corps de 260 soldats fut
réparti dans les deux villages et
logé chez les perturbateurs. Placée
sous tutelle, la Générale commune du
s’acquitter des frais de
l’occupation, laquelle aurait duré
trois semaines.
On devinait bientôt les conflits si
profonds entre les communautés que
nombreux étaient ceux qui pensaient
que tout progrès serait impossible
tant que les cinq bourgeaux ne
seraient pas réduits à deux : celui
des Verrières d’une part, et des
Bayards de l’autre. La question de
l’érection de deux communes, celle
des Verrières et celle des Bayards,
fut débattue au Grand Conseil. Le 17
mai 1859, le Conseil administratif
de la Commune générale des Verrières
adressa au Conseil d’Etat un projet
visant à sa séparation en deux.
En 1859, le projet de séparation est
donc plus que jamais d’actualité. La
Commune générale des Verrières
adresse au Conseil d’Etat un projet
de partage de manière à ne faire
qu’une commune des Verrières et une
des Bayards. Le projet ne trouva pas
grâce aux yeux des autorités
cantonales, notamment parce que la
question des services publics
n’était pas tranchée. Le Conseil
d’Etat proposa l’érection des deux
villages en municipalités distinctes
puisque la générale communauté avait
les plus grandes difficultés à
satisfaire les exigences des
services publics et que les
tentatives d’assemblées mixtes
avaient échoués. Les deux villages
furent érigés en
municipalités
distinctes dès
1860, le règlement de
la Municipalité des Bayards nous est
conservé, il date du
12 janvier
1861.
Mais tous les problèmes n’étaient
pas pour autant résolus.
En février
1867, la Générale commune
se réunit en Assemblée et l’année
suivante une commission souveraine
de sept membres fut nommée par le
Conseil d'Etat pour solutionner la
question, elle rendait son rapport
au Grand Conseil le
30 septembre
1868. La tâche était d’abord celle
d’obtenir la
fusion des trois bourgeaux des Verrières et
l’indivision des deux des Bayards.
Plus de dix années de discussion
furent nécessaires et la patience
des membres de la commission fut
mise à mal plus d’une fois. C’est
finalement après un vote favorable
de la commune de Belle-Perche que,
le 19 septembre 1878, un traité de
fusion intervint aux Verrières. Les
dernières réticences à la fusion
levées, le Grand Conseil ratifia le
traité le 30 septembre de la même
année.
Si la situation semblait réglée aux
Verrières, les discussions avaient
été aussi longues et difficiles du
côté des Bayards. Le Petit Bayard
résista encore et nourrit de sérieux
espoirs de se voir ériger en commune
indépendante. Le
31 décembre 1878,
il finit cependant par céder en
signant un traité d’indivision,
ratifié par le Grand Conseil en
février 1879.
Bien que facilité par la division en
deux, le partage des biens communaux
n’en fut pas moins une question
délicate. Les copartageants n'ayant
pu s'entendre sur les modalités, la
commission de partage statua le 3
mai 1879, octroyant les 3/5 des
biens à la commune des Verrières,
les 2/5 restants étant partagés
entre les deux communes des Bayards.
La masse des biens à partager
représentait une valeur nette de
1’403’910.- francs, la commune des
Verrières reçut 842’346.- francs et
celle des Bayards 561’564.-.
La décision définitive de la
dissolution de la Générale commune
fut prise et ratifiée par les
délégués des trois parties
concernées le
31 décembre 1881. La
dissolution de la Générale Commune
des Verrières fut confirmée par
décret du Grand Conseil le 27 avril
1883.
Suite à l'émergence de plusieurs
points litigieux concernant des
partages de terres ou de biens entre
les deux Bayards et de problèmes
ayant traits aux écoles de ces deux
communes, la nouvelle
loi sur les
communes mit un terme définitif aux
tensions intestines par la réunion
politique, religieuse et économique
en 1888. L’article 10 de la loi du 5
mars indiquant que :
« Les Communes du Val-de-Travers
sont […] Les Bayards, comprenant les
deux anciennes communes du Grand
Bayard et du Petit Bayard, ces deux
communes fusionnées pour former avec
leurs fonds indivis un seul fonds
des ressortissants ».
Nous concluons à ce stade ce petit
tracé historique et avons choisi de
ne pas traiter pour l'instant le paisible devenir
historique de la commune au XXe
siècle.
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