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Histoire de la commune des Bayards

 

 

 INTRODUCTION

Si l’histoire de la commune des Bayards jusqu’au XVIe siècle se confond assez largement avec celle de sa voisine, la commune des Verrières, nous verrons que, vers 1670 déjà, les Bayardins s’affirment et on peut déjà deviner chez eux, par exemple au travers du serment exigé des communiers (consultable dans les archives communales (cote L 105, 27), le serment est reproduit dans Ed.Quartier-la-Tente, Le Canton de Neuchâtel, District du Val-de-Travers, Attinger 1893.), une certaine volonté d’émancipation. Nous ferons ici une assez large référence à l’ouvrage d’Ed.Quartier-la-Tente, pasteur de la Côte-aux-Fées et professeur, parus aux éditions Attinger en 1893. Référence incontournable et très riche, nous nous en distancierons cependant sur divers points que le temps a rendu obsolètes. Notamment les parties qui, comme celle qui suit, n’ont, en notre qualité de citoyen bayardin, pas notre totale approbation :

«Les habitants des Bayards ont un accent que l’on retrouve dans plusieurs localités des montagnes neuchâteloises. On y remarque une difficulté à prononcer les sons an, on, in qui se disent comme â,ô,è […] Cette prononciation n’est pas attribuée à des instituteurs primitifs qui l’auraient implantée, mais probablement au fait que dans ce climat assez rude, l’on est assez fréquemment ârubé (enrhumé) du cerveau […]».

Déjà à l’époque, Quartier-la-Tente relevait ne pas avoir pu « mettre la main sur aucun ouvrage ancien, aucun article d’almanach, aucune monographie traitant l’histoire de ce village ». Ce sera à partir des archives communales que l’auteur établira son texte. Nous avons d’ailleurs pu retrouver dans les actuelles archives communales une grande part des pièces d’archives sur lesquelles Quartier-la-Tente s’était basé pour rédiger son travail (par exemple les pièces relatives au Fonds Lambelet, celles pour le partage de la commune, celles concernant les adresses à Sa Majesté ou encore le serment que les communiers prêtaient).
 
 Situation

Situés dans le canton de Neuchâtel, district du Val-de-Travers, Les Bayards sont perchés à 1000 mètres d'altitude, le point le plus bas de la commune se situant à 905 mètres et le plus haut à 1258 mètres. Au 1er janvier 2001, la superficie totale du village était de 1902ha dont 375 de forêts et 143 de pâturages, ce qui en fait la troisième commune du district après Travers et les Verrières. Le village comptait 677 habitant en 1800, 837 en 1850, il fut à son apogée démographique en 1884 avec 1036 âmes, puis retombe à 846 habitants en 1900, à 357 au 31 décembre 2004 et à 370 au 31 décembre 2005.

Le village des Bayards du XIXe siècle est constitué du village proprement dit (Grand Bayard, Petit Bayard, quartier des Vuillèmes) et de cinq hameaux (le Haut-de-la-Tour, les Champs-Berthoud, les Places, Bellevue et les Prises). Il est situé sur un plateau et est entouré de montagnes (Cernil, considéré à présent comme hameau, la Côtière) ; Le Crêt, derrière la Grande-Prise, est le point le plus élevé et culmine à 1258 mètres. Les Bayards sont un village en pente dont les habitations sont disposées de chaque côté de la route principale, ce qui en fait un village dit linéaire, disposition que nous explicitons plus bas.

Quartier-la-Tente énumère méticuleusement les hameaux et à ceux que nous donnons il ajoute : à l’Endroit, à droite du Haut-de-la-Tour (avec les Jordans, les Prises, les Bouilles, la Petite-Prise, la Grande-Prise, le Pâquier jusqu’au Cerneux du Doubs à la frontière) ; à l’Envers, du côté du Vallon de la Chaux, on trouve La Sauge et les Piagets. Pour tenter de n’oublier personne, mentionnons encore Vers-chez-le-Gros, au sommet de la Côtière et les Placettes, non loin du Restaurant du Grand Frédéric.
 

Complétons notre revue en mentionnant les noms de quelques endroits connus des randonneurs : le Plan des Montes, lieu où se déroulait les exercices militaires, la forêt des Jorats, le Creux-Petoù, ou creux du putois, en « hommage » à un ancien propriétaire.

La Laveta, qui tire son nom de larges pierres plates nommées lave, et où a été construit un très beau refuge. Et nombre d’autres lieux-dits que les hasards d’une promenade en terres bayardines vous révéleront.

(ci-contre : refuge de La Laveta).

 PREMIÈRES TRACES ÉCRITES

On trouve dans un acte de donation la mention "et in plano de Bayar ad unum secatorem" ce qui signifie "et sur le replat des Bayards une faux", en date de 1284. La faux est une unité de mesure que l’on utilisait pour mesurer un pré et valant environ le double de la pose , soit environ 5400 m2. Il ne semble pourtant pas que la localité fut habitée avant les premières années du XIVe siècle. Dans un acte du jeune comte Louis de Pourtalès, acte de vente conclu en 1344, on retrouve le nom des Bayards : « usque ad predictum locum de Bayart » et une année avant un autre parle de « leu de Boyheart ». En 1382, il est question de « la tourt de Baiar ». L’étymologie même du nom de la commune des Bayards pourrait venir du bas-latin « Bais, Baiardus » qui signifie « pays tacheté » et que l'on retrouve notamment en Franche-Comté. Appellation provenant du fait que le plateau de la région des Bayards est parsemé de monceaux de pierre, nommés murgiers.

En effet, aux XIVe et XVe siècles, les premiers agriculteurs de la région entreprirent un défrichage méthodique. Dans un premier temps l’agriculteur déboisait le territoire proche de son lieu d’habitation, on assista alors à la naissance d'unités de propriétés en forme de lanières englobant les terres cultivées et les habitations, et disposées parallèlement à ses voisines. C’est donc cette manière de procéder qui explique la formation des murgiers ou perrières : le transport de ces lourdes pierres n’étant que difficilement envisageable, elles furent empilées dans les champs et servirent de délimitations entre les différentes propriétés. Cette topographie en longues parcelles lanièrées, étirées de la route à la lisière de la clairière défrichée s'affirmera au cours des siècles et donnera sa forme linéaire au village.

En dehors de l’hypothèse du « pays tachetés », bien d'autres étymologies sont aussi possibles. On peut ainsi remonter à l'époque burgonde, temps où les institutions féodales se multipliaient et où de véritables baillages se formaient. On disait alors que le maître du sol « baillait » pour signifier qu'il donnait en fief à ses sujets une certaine partie de ses terres. On peut donc formuler l’hypothèse, peut-être pas assez convaincante, que l’origine du nom des Bayards provient d’une donation. Dans un autre ordre d’idée, on peut encore penser que le nom du village provient du verbe patois bayî, lequel signifie « donner ». En effet, il fallait s’acquitter d’un droit de passage lorsque l'on transitait par la Tour Bayard, une exigence assez marquante pour qu’un nom de lieu en dérive. Mais les possibilités sont encore plus diverses : le mot Bayard pourrait être celui d'une famille ou même celui d'une maison, considérée comme la plus ancienne du village et portant le nom de Bayou ou Crêt-Bayou. Le fait que la région des Bayards se trouve dans un endroit élevé pourrait aussi expliquer l'étymologie du nom : l'ancien verbe bayer (bâiller aujourd'hui) désignait un lieu découvert comme dans les expressions « bayer aux corneilles » ou « porte entrebâillée ». On s’écartera en revanche de l'idée qu'un descendant du chevalier Bayard soit venu s'installer en ce lieu et qu’il y ait laissé son patronyme comme marque indélébile. On peut également repousser comme Quartier-la-Tente l'hypothèse selon laquelle le nom dérive de celui de baie puisque le pays de Neuchâtel est largement couvert de ces arbustes qui n’ont rien de spécifique aux hauteurs bayardines.

 LES ARMOIRIES COMMUNALES, SYMBOLES D’HISTOIRE

« D'azur à une tour d'argent maçonnée de sable, la porte munie de son pont-levis, le tout reposant sur un massif de rochers de sinople au chef cousu de gueules, chargé d'une foi au naturel, les manches d'hermine et à la bordure d'or brochante, chargée d'une chaîne de sable aux anneaux arrondis, posés en orle. L'écu est sommé de la Croix fédérale et entourée de deux branches de sapin liées par un ruban aux couleurs cantonales » .

Les armoiries de la commune des Bayards sont fort éclairantes de son histoire et des faits marquants dont les bayardins choisirent de faire leurs couleurs. C’est en date du 20 août 1889 que le Conseil général des Bayards adopta les actuelles armoiries communales. Cela faisait suite à l’adoption de la loi sur les communes du 5 mars 1888 qui réunissait sous le nom de commune, en administration unique, la commune de ressortissants ou commune proprement dit, et la commune d’habitants ou municipalité.

Il s’agit alors de trouver pour ce nouveau corps des armoiries communes. Au cours de nos recherches dans les archives communales, nous avons trouvé un courrier de l’héraldiste Maurice Tripet de Neuchâtel, daté de mars 1889, prenant pour exemple l’arrêté du Conseil général de la Chaux-de-Fonds instituant les armoiries de la nouvelle commune, il propose aux Bayards de suivre cet exemple. Les autorités communales suivront ses recommandations.

D’abord, on choisit d’y faire figurer la Tour Bayard. Edifice aujourd’hui disparu, la Tour aurait été érigée sur les ordres de Jules César, mais ce n’est que supputation puisque aucune date précise n’existe, afin d’assurer la défense de ce passage stratégique, militairement et économiquement. Le « chemin de la Chaîne », sur lequel elle se trouvait, était une voie romaine qui conduisait de Châlons à Bâle. En 1373, un écrit du comte Louis mentionne la Tour Bayard. Dans cet acte, le comte dispense les habitants des Verrières de faire le guet dans la Tour. En 1376 la comtesse Isabelle confirma l'exemption. Nous avons également relevé un document de 1382 mentionnant « la tourt de Baiar ». Après avoir traversé les siècles, la Tour Bayard n’aurait pas résisté à une tempête particulièrement violente, en l’an 1517. On aurait alors jugé inopportun de la reconstruire.

Nouveau symbole, celui du courage bayardin, avec la chaîne qui fut tendue entre les parois rocheuses et portée au rouge par un feu pour montrer l’hostilité locale à l’avancée des troupes de Charles le Téméraire, alors en marche pour l’Italie. Le défilé que représente la région des Verrières-Bayards eut un attrait particulier durant les guerres de Bourgogne ; c’est en effet l’un des cols du Jura les plus propice aux passages des diverses armées en mouvement. C’est ainsi que Charles le Téméraire, parti de Nancy en janvier ou février 1476, aurait envoyé une troupe d’avant-garde de près de quatre cents hommes pour occuper ce passage stratégique. Ce serait une partie de ce détachement qui se serait présenté, au début du mois de février, dans le défilé au bas de la Tour et aurait eu à souffrir des velléités de ses défenseurs et de la chaîne rougie que les armoiries bayardines arborent fièrement.

Bien que l’on puisse, encore actuellement, voir un anneau scellé dans la roche, l’épisode du barrage de la chaîne défendu par les gens de la région face aux Bourguignons est à remettre en question. Quartier-la-Tente affirme qu’il y eut « sans contredit » un engagement entre les éclaireurs bourguignons et les suisses postés à la Tour Bayard et que, lorsque les premiers virent les « formidables » obstacles destinés à leur barrer le passage, ils s’en retournèrent au fort de Joux faire leur rapport, incitant Charles le Téméraire à se détourner et à préférer un passage par la route de Jougne. Quartier-la-Tente conclut en soulignant que « l’histoire locale et celle de la guerre de Bourgogne même tireraient peut-être une lumière nouvelle de ces investigations » faisant référence à des travaux de Ed.Girod confirmant la confrontation et à la découverte de débris de selles, fragments de casque et autres cuirasses. Si la promesse de découvrir que c’est la témérité des défenseurs neuchâtelois qui incita le Téméraire à choisir un autre itinéraire est attrayante, il convient pourtant de s’en écarter.

En effet, le fait a depuis été jugé apocryphe par l’historien Arthur Piaget. Dans ses travaux, on apprend que Hugues de Pierre, chanoine qui aurait relaté l’épisode héroïque et dont nous reproduisons le texte ci-dessous, est en fait issu de l'imagination du colonel Pury de Monlési, ami de Rousseau, qui tentait par ce faux de démontrer que Neuchâtel avait penché, durant toute son histoire, du côté de la Suisse.

« Bonne garde ainsi faicte et ordonnée apparoit l’avant-bataille des Bourguignons cuidant descendre par la Tour Bayard et criant aux nostres de retrayer la chaîne et bailler passage sinon tous pendus seraient. A telle semonce ne fut répondu que à grands coups d’arquebuzaides ; tant et si bien furent frottés les plus curieux et hardis Bourguignons que touts virèrent doz… Sur ce, le grand cuc Charles, voyant le passaige de la Tour Bayard clos aux siens, chemina sur Jouxgne et posa son ost devant Grandson »

Mais continuons notre description des armoiries. Les deux mains se serrant représentent un événement capital dans l’histoire bayardine, celui de la réunion du Grand Bayard et du Petit Bayard, en 1888. Elles symbolisent aussi la communion dans la foi. Commune dont les principales ressources furent, pendant longtemps, celles provenant des forêts, les autorités communales sertirent les armoiries de deux branches de sapin. Enfin, avec la volonté de concilier les camps fédéraliste et cantonaliste, un ruban aux couleurs cantonales et une croix fédérale composent également les armoiries de la commune, on ne peut plus fortes en symboles.

 DE L’INDÉPENDANCE RELIGIEUSE

Comme nous l'avons déjà brièvement vu dans les pages précédentes, les paroissiens des Bayards furent rattachés à l'Eglise des Verrières jusqu'en 1712. C'est en 1673 déjà que les communiers s'intéressèrent à la construction de leur propre temple. En date du 6 septembre 1676, le Conseil d'Etat accordait la permission aux Bayardins de construire un temple, ils obtenaient également de pouvoir établir un cimetière. Le terrain fut acquis en date du 31 janvier 1677. Il appartenait à un communier du nom de David Chedel. Dans son ouvrage, Edouard Quartier-la-Tente indique que l’on retrouve dans les registres communaux l'historique de la question du temple. Malgré nos recherches assidues, ces documents n’ont pas pu être trouvé. Le 1er mai 1709, les bayardins entreprirent des démarches auprès de la compagnie des pasteurs afin de devenir une paroisse séparée de celle des Verrières. Requête qui fut reçue favorablement. La Classe adopta le règlement des fonctions du pasteur le 6 novembre 1710 et annonça que la nomination aurait lieu dès que la maison de la cure serait logeable.

On l’inaugura en 1711. Jean-Pierre Cartier fut nommé aux fonctions de pasteur le 27 avril 1712, l'acte de l'érection des Bayards en paroisse fut rédigé le même jour.

 La construction du temple

C’est donc en 1677 que les bayardins posèrent les premières pierres de leur temple. Il ne fut achevé que progressivement, mais en juin 1677 les travaux devaient être déjà bien avancés puisque les archives communales nous apprennent que l’on commandait les accessoires nécessaires au bon fonctionnement de la cloche.

C’est le 28 octobre 1677 que le pasteur Louis Breguet, qui officiait habituellement aux Verrières, prononça le premier prêche. Une « coquille » s’est glissée dans le texte de Quartier-la-Tente lorsqu’il affirme que c’est en 1793 que d’une pierre fut faite une table pour le temple puisque, toujours au regard des documents des archives communales, c’est bien en août 1694 que celle-ci y trouva sa place. En 1719, une première réparation de la toiture est entreprise. En 1722 se déroula ce que nous nommerons « l’affaire du banc ». En effet, un banc spécial est demandé et obtenu par le Pasteur Cartier pour ceux qui chantaient le mieux, mais il fut dérobé et plainte fut déposée. Une partie des communiers demandèrent à ce que la plainte ne soit pas prise en considération, car un tel « établissement serait d’une introduction très dangereuse, elle diviserait les communiers et fomenterait des haines implacables entre eux » soulignent les archives. Les pétitionnaires ne furent pas suivis puisqu’on leur répondit que l’usage était répandu dans d’autres églises, afin que « les femmes des officiers de judicature ne fussent pas confondues dans le commun ».

Notons encore quelques date. En 1793, le temple est touché par la foudre à l’issue d’un mariage, blessant cinq personnes. En 1800, des dossiers aux bancs sont faits pour les dames. En 1812, l’Almanach de Neuchâtel indique que le temple des Bayards est touché trois fois en un quart d’heure par la foudre. En 1836, le Temple des Bayards fut restauré, un clocher en pierre, fondé sur le sol, en dehors de l'ancien temple, fut élevé. Le pasteur Bersot, qui avait déjà présidé à la construction de deux collèges et de l'Asile , relate les changements opérés et décrit minutieusement l'ancien Temple, des textes que Quartier-la-Tente reproduit. Le Temple, remis à neuf, fut inauguré au mois de novembre de la même année. Diverses autres réfections furent entreprises depuis, notons simplement qu’en 1993 on installe comme vitraux des créations de Lermite.

 La Cure

C’est en l’année 1711 que la cure fut construite. Elle coûta aux communiers la somme de 2024 francs plus la fourniture de la plupart des matériaux de construction et une bonne partie de la besogne. C’était un investissement en temps et en capital conséquent pour la petite communauté. Tous n’étaient d’ailleurs pas favorables à une telle construction pour un tel coût, un règlement fut également établi pour les non-communiers et les étrangers qui refusaient de payer leur participation, on leur demanderait un paiement lors de mariages, baptêmes ou enterrements.

Notons pour conclure que Les Bayards verront se former une Eglise indépendante en 1873. On sait également qu’une Ecole du dimanche était dispensée, qu’il existait une Union chrétienne de jeunes gens et de jeunes filles, deux chœurs mixtes et une Société dite Société de tempérance, destinée à lutter contre « l’intempérance », c’est-à-dire l’ensemble des problèmes liés à l’ivrognerie.

 DES BOURGEAUX À LA COMMUNE

Les Bayards appartenaient à la châtellenie du Val-de-Travers avant de faire partie, dès 1372, de la seigneurie, puis de la Mairie des Verrières dont ils formaient deux des cinq bourgeaux. Ils se rattachent au district du Val-de-Travers et au cercle de justice des Verrières, avec un assesseur aux Bayards, et au collège électoral des Verrières jusqu’aux dernières années du XIXe siècle. Jusqu’en 1412, le souverain possédait les droits de haute, moyenne et basse justice. Le plus ancien procès-verbal du tribunal investi des droits du souverain date de 1589. Le tribunal se composait de douze juges, appelés assesseurs ou justiciers du tribunal, le Grand Bayard en fournissait trois et le Petit Bayard également. La juridiction civile fut maintenue jusqu’en 1809, date à laquelle le prince Berthier tenta de la rattacher à celle du Val-de-Travers, mais, le 31 décembre 1810, la justice aux Verrières fut rétablie. Elle se maintiendra sans trop de modifications jusqu’en 1848.

Des rares documents dont nous disposons concernant les premiers siècles de vie des Bayards l’un d’eux concerne des privilèges accordés au Petit Bayard. L’acte, daté du 25 août 1521 et fait par le bailli Nicolas Halter au nom des cantons suisses, accorde à la communauté du Petit Bayard par acensement perpétuel tous les pâturages « bons et mauvais lieux qui sont dans le détroit de leur communauté » et leur confirma les acensements accordés par les comtes de Fribourg et Rodolphe de Hochberg.

C’est dès 1581 que les deux communautés des Bayards (Petit et Grand Bayard) et les trois des Verrières (Meudon, Belle-Perche, Grand Bourgeau) formèrent cinq bourgeaux, avant cela ils ne formaient qu’une seule communauté. L’organisation continuait à être celle de la Générale Communauté, qui se réunissait dans l’église à Meudon le jour de l’an, et qui eut également d’étroits rapports avec La Côte-aux-Fées, notamment pour ce qui regardait les affaires religieuses et la question de l’assistance. Chargée de l’application des ordres du Conseil d’Etat, elle était dirigée par deux gouverneurs. Ses revenus principaux provenaient de la taxe sur le bétail paissant dans les pâturages et de l’exploitation des forêts. Les cinq parties de la Générale Communauté devaient s'aider mutuellement dans toutes les circonstances. A côté de l'administration générale chacune d'elle avait son administration particulière et ses fonctionnaires : messeliers, besageux, gardes-champêtres ou forestiers. Cette organisation durera jusqu’en 1849 avec la disparition de l’ancienne Mairie. De fréquents conflits naissaient de cette administration commune mais séparée, ainsi ce document de 1708, rapporté déjà par Quartier-la-Tente, faisant état du fait que « les cinq Bourgeaux des Verrières ne pouvant s’accorder à l’égard de l’administration du général de leur communauté, ils parurent à cet effet le 28 décembre en Conseil d’Etat, qui régla par un arrêt dudit jour leur différend ».

La volonté d'autonomie manifeste des Bayardins qui s’était illustrée avec la construction du temple en 1677 , se confirmait en 1712 par l'érection d'une paroisse bayardine autonome. Dès 1673, les communiers, obligés de se déplacer à Meudon pour l’office, se préoccupent en effet de l’érection d’un temple sur sol bayardin, comme nous avons eu l’occasion de le souligner. En 1717, à la suite de quatre assemblées, le partage du fonds commun des pauvres fut ratifié entre les six communes (Grand et Petit Bayards, les trois bourgeaux des Verrières et La Côte-aux-Fées) dans le Temple des Verrières. Entre 1831 et 1848 Les Bayards gardèrent leur quiétude malgré les divergences d’opinion entre le Petit et le Grand Bayard. C’est au Petit Bayard que les idées républicaines auraient le plus rapidement fait chemin, elles ne provoquèrent pourtant aucun trouble que les archives n’aient conservé. En 1848, l'adhésion à la République s'effectua dans le calme et la sérénité. Un certain nombre de Bayardins qui avaient vu passer les troupes de Schwarzenberg en 1814 virent défiler les soldats français du général Bourbaki dès le 1er février 1871, par un temps ensoleillé mais très froid (-12 degrés). Le récit de ce passage est donné par Fritz Berthoud dans son ouvrage Sur la Montagne, de 1865, et conservé dans les archives communales des Bayards :

« C’était une multitude, une seule et immense misère, une seule iniquité. Les âmes les plus froides, les cœurs les mieux bronzés, ont fini par se sentir émus, bouleversés, indignés par la longue procession de douleurs qui, une semaine entière, a coulé dans notre vallée comme un fleuve vomi par l’enfer ».

 

En 1849, la Côte-aux-Fées étant déjà séparée de la communauté, la générale commune des cinq bourgeaux eut une assemblée extraordinaire en vue de la séparation des deux communes des Verrières et des Bayards. Cette assemblée était présidée par M. Grandpierre, préfet du Val-de-Travers. Le préfet ne parvint pas à concilier les parties, fut l’objet de quelques insultes et pris la décision de demander l’appui de la troupe pour calmer les esprits. Le Conseil d'Etat ordonna qu’un corps de 260 soldats fut réparti dans les deux villages et logé chez les perturbateurs. Placée sous tutelle, la Générale commune du s’acquitter des frais de l’occupation, laquelle aurait duré trois semaines.

On devinait bientôt les conflits si profonds entre les communautés que nombreux étaient ceux qui pensaient que tout progrès serait impossible tant que les cinq bourgeaux ne seraient pas réduits à deux : celui des Verrières d’une part, et des Bayards de l’autre. La question de l’érection de deux communes, celle des Verrières et celle des Bayards, fut débattue au Grand Conseil. Le 17 mai 1859, le Conseil administratif de la Commune générale des Verrières adressa au Conseil d’Etat un projet visant à sa séparation en deux. En 1859, le projet de séparation est donc plus que jamais d’actualité. La Commune générale des Verrières adresse au Conseil d’Etat un projet de partage de manière à ne faire qu’une commune des Verrières et une des Bayards. Le projet ne trouva pas grâce aux yeux des autorités cantonales, notamment parce que la question des services publics n’était pas tranchée. Le Conseil d’Etat proposa l’érection des deux villages en municipalités distinctes puisque la générale communauté avait les plus grandes difficultés à satisfaire les exigences des services publics et que les tentatives d’assemblées mixtes avaient échoués. Les deux villages furent érigés en municipalités distinctes dès 1860, le règlement de la Municipalité des Bayards nous est conservé, il date du 12 janvier 1861. Mais tous les problèmes n’étaient pas pour autant résolus.

En février 1867, la Générale commune se réunit en Assemblée et l’année suivante une commission souveraine de sept membres fut nommée par le Conseil d'Etat pour solutionner la question, elle rendait son rapport au Grand Conseil le 30 septembre 1868. La tâche était d’abord celle d’obtenir la fusion des trois bourgeaux des Verrières et l’indivision des deux des Bayards. Plus de dix années de discussion furent nécessaires et la patience des membres de la commission fut mise à mal plus d’une fois. C’est finalement après un vote favorable de la commune de Belle-Perche que, le 19 septembre 1878, un traité de fusion intervint aux Verrières. Les dernières réticences à la fusion levées, le Grand Conseil ratifia le traité le 30 septembre de la même année. Si la situation semblait réglée aux Verrières, les discussions avaient été aussi longues et difficiles du côté des Bayards. Le Petit Bayard résista encore et nourrit de sérieux espoirs de se voir ériger en commune indépendante. Le 31 décembre 1878, il finit cependant par céder en signant un traité d’indivision, ratifié par le Grand Conseil en février 1879.

Bien que facilité par la division en deux, le partage des biens communaux n’en fut pas moins une question délicate. Les copartageants n'ayant pu s'entendre sur les modalités, la commission de partage statua le 3 mai 1879, octroyant les 3/5 des biens à la commune des Verrières, les 2/5 restants étant partagés entre les deux communes des Bayards. La masse des biens à partager représentait une valeur nette de 1’403’910.- francs, la commune des Verrières reçut 842’346.- francs et celle des Bayards 561’564.-. La décision définitive de la dissolution de la Générale commune fut prise et ratifiée par les délégués des trois parties concernées le 31 décembre 1881. La dissolution de la Générale Commune des Verrières fut confirmée par décret du Grand Conseil le 27 avril 1883. Suite à l'émergence de plusieurs points litigieux concernant des partages de terres ou de biens entre les deux Bayards et de problèmes ayant traits aux écoles de ces deux communes, la nouvelle loi sur les communes mit un terme définitif aux tensions intestines par la réunion politique, religieuse et économique en 1888. L’article 10 de la loi du 5 mars indiquant que : « Les Communes du Val-de-Travers sont […] Les Bayards, comprenant les deux anciennes communes du Grand Bayard et du Petit Bayard, ces deux communes fusionnées pour former avec leurs fonds indivis un seul fonds des ressortissants ».

Nous concluons à ce stade ce petit tracé historique et avons choisi de ne pas traiter pour l'instant le paisible devenir historique de la commune au XXe siècle.