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 Sommaire

L'Abbaye des Bayards, seconde partie

 

Le 11 avril 1795 les juges chargèrent le secrétaire Joseph Piaget d'établir un rôle exact des membres  de la société, lequel est encore utilisé aujourd'hui. Il fit ce travail pour 5 écus neufs, mais, dit le Procès verbal, s'il est bien exécuté les juges sont libres d'accorder une petite générosité et s'il est mal dressé il ne lui sera rien payé.
Le dîner des juges au rendu-compte de mars date de 1796, il fut voté à cet effet et, pour la première fois, un subside de 20 livres; en 1804; ce chiffre fut porté à 30.

Jusqu'en 1799 on avait joué sur un jeu de 3 quilles, cette année-là le jeu des 9 quilles fut installé, il y en eut donc deux.

C'est en 1801 qu'apparaissent les personnes que  la génération actuelle a connues; entre autres Théophile Guye qui remplit alors les fonctions de rebouleur.

En 1803 les juges établirent une sonnette pour la cible de société, c'est la première fois qu'il est question de signal de tir.

Le 29 mars 1806, le chevalier Lambelet étant mort, il n'y avait  plus d'abbé. Les juges décidèrent d'offrir cette honneur au général Oudinot ! Ils  n'étaient pas dégoûtés nos ancêtres!  Le notaire Piaget fut délégué auprès d'Oudinot mais nous  ne savons si la chose s'exécuta, les procès verbaux ne le disent pas. Comme le général ne séjourna à Neuchâtel que du 18 mars 1806 au 23 septembre de la même année il est probable  que la députation n'eut pas lieu.

 

Cette place d'abbé fut encore offerte en 1808 à Louis Piaget, officier militaire; cette proposition n'aboutit pas et dès lors le poste d'abbé est vacant et sera probablement toujours , car les usages démocratiques d'aujourd’hui, ne comportent plus de telles dignités.

 

En 1813, le port obligatoire de l'épée au tir de la société est supprimé.

 

1814 et 1815 furent des années troublées par les guerres de l'époque, aussi il n'y eut pas de tir.

 

En 1816 l'Abbaye souscrivit aux frais de guerre des années  précédentes pour une somme de 32 livres, 15 sous.

 

La disette terrible de 1817 empêcha le tir annuel. C'est en 1822 que furent décidées les admissions au corps par du service gratuit.

Jean-Henri Guye inaugura  la série en remplissant le poste de secrétaire pendant 4 ans; dès lors ce système fut très utilisé si l'on songe que 20 sociétaires ont acquis leur droit de cette manière.

 

L'Abbaye souscrivit en 1826 pour 168 livres en faveur des Grecs opprimés et souffrants.

 

Jusqu'en 1827, le jour du tir officiel n’avait pas été fixé d'une manière invariable, il oscillait de mai à juin. Les juges prirent en 1827 la décision qu il aurait invariablement lieu le dernier samedi de juin, date qui existe encore aujourd'hui. Ce fut en cette année-là qu'entra dans la société, moyennant versement de 10 écus le pasteur Pierre Frédéric Rosselet pour lors ministre aux Bayards. Ce droit d'Abbaye est aujourd'hui possédé par M. Edouard Rosselet, pasteur, à Couvet.

 

En 1833, le stand de la Vy-Pochon fut agrandi, l'abbaye  supporta 1/3 de la dépense, cette part fut de 222 frs environ. Les prix des Grand et Petit Bayard soldèrent les deux autres tiers. Ce fut en 1842 et sur les ordres du Conseil d’Etat que l’on construisit la ciblerie à 375 pieds que la plupart des membres de la société ont connue. Elle se composait d’un glissoir et d’une cible de société contenant

4 cibles-vauguilles à glissoir et d'une cible de société dite tournante. Les cartons, à cette dernière étaient indiqués au moyen de mannequins, grandeur naturelle, montés par un système de contrepoids. Un de ces mannequins est conservé comme relique par M. Camille Hainard  dans la grange paternelle,  il est fort, à désirer que l’on ne le détruise pas.

 

Ce fossé couvert, premier, du genre aux Bayards, fut construit par Victor et Jaques Louis Giroud et Edouard Robert. Les frais se sont élevés à 574 livres 4 sous et supportés par moitié entre l’Abbaye et les deux communes.

 

A cette époque et plus tard encore on se servait de fusils à grosses balles rondes, cependant quelques carabines américaines firent leur apparition. Nous nous souvenons à propos de ces fusils anciens que notre chef cibarre Henri Wolf en possédait un. Quand le moment était venu pour lui de tirer sa passe à la cible de société il nous quittait au fossé pour se rendre au stand. Quelque peu après arrivait en cible un schlouc formidable et les cibarres de s'écrier «Voilà le coup du vieux ».

 

Henri Wolf et Théophile Reymond furent les derniers qui se servirent chez nous de ces armes d'une autre époque. En 1842 encore eut lieu une innovation : celle des brassards pour les juges en fonctions. Ces brassards sont aujourd'hui remplacés par de simples cocardes.

 

En 1858 l'entrée dans la Société se paie 90 fr , c'est dans cette année néfaste que fut prêtée, chez le notaire Guyénot, à Pontarlier, une somme de 3000 fr dont la Société déplore aujourd hui la perte. Malheureuse affaire dont on ne peut accuser personne que les circonstances,

 

Les jetons actuels de tir ont été faits à Paris en 1863 au nombre de 2515  pour  le prix de 150 fr. Une partie (1015 ) est déposée dans les archives de la commune du Petit-Bayards.

Le   fossé couyert construit en 1842 n'était plus qu'une ruine, en 1865, aussi les juges bien avisés décidèrent-ils la construction de deux nouveaux; l'un à la distance de 580 pieds, peuplé de 5 cibles dites de stand, l'autre à 1900 pieds ou 300 mètres avec deux cibles dites de  Campagne. Les armes à feu avaient  progressé et ces nouvelles distances s’imposaient, car dans ces années-là, l'arme fédérale se chargeant par la culasse et à guidon découvert était déjà dans beaucoup de mains.

 

L'assemblée générale, des mousquetaires de l'Abbaye du 10 décembre 1865 adopta les propositions des juges plus l'exhaussement d'un étage du bâtiment du stand; cette mesure se justifiait pleinement du fait que du rez de chaussée, le tir n'était pas possible sur les cibles de 300 mètres, vu leur situation reculée derrière un mamelon qu'il fallut du reste raser encore en partie..

 

Conformément à ces décisions ces cibleries s'élevèrent dans l’été de 1866. Elles se composaient de 4 murs soutenant une carcasse de poutres, couverte en planches et ouverte à tous les vents, sauf dans la partie ouest. Construites de, cette manière ces cibleries se ruinaient aisément, le vent, la pluie et la neige y pénétrant à l'envi en  avaient vite raison; ceci explique pourquoi 19 ans plus tard, en 1885, tout était à refaire.

 

Les frais de ces changements de 1866 furent considérables, ils ascendèrent à la somme de 3097,90 frs mais l'Abbaye reçut un subside de 600 frs des communes des Bayards.

 

Encore un mot à propos de ces nouvelles installations de tir. Aux cibles de stand le, visuel noir était de 30 centimètres  et le carton de 15 centimètres. Toute arme y était admise. Aux cibles de campagne on inaugura la cible de 5 pieds de diamètre et dont le visuel n'était autre qu'une bande noire simulant un homme. Ceci a été remplacé 2 ou 3 ans plus tard par le carton rond actuellement encore usité.

Comme signal de tir on se servit jusqu’en 1874 de sonneries actionnées par des fils de fer ou des cordes tendus du stand au fossé des cibles. . Système  très rudimentaire, très défectueux surtout pour la distance de 300 mètres. C'était en outre une véritable épreuve de démêler et tendre ces fils; aussi nous souvient-il que les échos de la Vy-Pochon retentirent souvent des éclats de la colère de notre sieur Victor Wolff, pour lors chef cibarre, surtout quand le bétail circulant sur la place de tir enchevêtrait ou rompait toutes ces cordes. Aussi un peu pour le calmer et beaucoup pour réaliser un progrès, les juge firent installer la sonnerie la sonnerie électrique en 1874, ceci seulement à la ciblerie de mille pieds celle-ci fut en outre agrandie de 3 cibles. car le tir à grande distance prenait l'extension que perdait celui de 580 pieds.

 

L’installation de la sonnerie électrique a coûté  500 fr . L'Abbaye reçut spontanément des subsides du prix du Grand-Bayard et de l'ancienne société de tir, soit  75 fr chacune. Le prix du Petit-Bayard qui s'était fait tirer l'oreille fut amené, grâce aux circonstances qui l'y contraignirent, à verser  80 fr en 1883 dans,le même but.

Grâce à ces allocations les sociétés jouirent de la sonnerie comme l'Abbaye elle-même.

 

En 1881 les juges de l'Abbaye organisèrent une tombola relativement importante. Les dons, à cet effet, affluèrent. Nos sociétaires externes de St-Imier, Locle, Chaux-de-Fonds, Fleurier, voire même Besançon, se souvinrent du village natal et contribuèrent largement à enrichir le pavillon des prix.

 

La cible à prix fut placée à la distance de trois cents mètres, et cette tombola fut bien le coup de grâce de la petite distance. Cet essai montra en effet que tous, jeunes et vieux, peuvent tirer à mille pieds. Le premier prix fut  adjugé à un vieillard, M. Constant Reymond des Bayards, et le quatrième aussi à une personne d'âge,

M. Emile Reymond, des Bayards également. La preuve était faite en faveur de la grande distance, et, en 1883, l'assemblée des sociétaires vota l'abolition du tir de stand (580 pieds).

 

L’année 1885 marquera dans les annales de la société de l'Abbaye car elle amena tout une révolution dans nos habitudes et dans le tir par le déplacement de la ligne.

 

Depuis plusieurs années déjà la pensée d'un transfert du champ de tir préoccupait les sociétaires soucieux de l'avenir, même des externes, et, par dessous le manteau, on se disait que le temps était là. Mais les habitudes séculaires de notre vieille place, les souvenirs qui y rattachaient nombre des membres de l'Abbaye et, aussi, et beaucoup, la crainte de diviser les sociétaires sur cette importante question retardaient l'éclosion du projet.

 

Cependant l'instant arriva où des considérations d'ordre économique hâtèrent le dénouement.

 

Les motifs du changement de ligne sont bien simples, en deux mots voici la chose.

 

La configuration de l'ancienne ligne est telle qu'un prolongement de la distance à 400 mètres est impossible. Or cette distance commençait à se populariser : à Fribourg, en 1881, au tir fédéral il y eut une ciblerie à 150 mètres; à Berne en 1885, la distance de 100 mètres fut utilisée. Enfin l'événement a donné raison, à ceux qui prévoyaient alors le tir à plus de 100 mètres puisque l'introduction du petit calibre actuel va forcer les sociétés de tir à construire des cibleries à grandes distances.

 

Un second motif du changement était le fait que la ciblerie de 1866 tombait en ruines; depuis quelques années on ne s'en servait plus qu'avec des réparations coûteuses, de même pour la ligne télégraphique dévastée par les enfants, surtout aux installations dans le fossé, lequel, nous le rappelons, était ouvert à tous les vents.

 

La question se posait donc ainsi pour les juges : une construction nouvelle s'impose, construction fermée, comme celles de nos voisins. Convient-il d'édifier cette nouvelle ciblerie, devisée à 1700 fr. sur une place sans avenir où tout prolongement est impossible et que la force des évènements nous contraindra à abandonner avant longtemps ? Le moment n'est-il pas plutôt venu de songer à acquérir une place plus vaste comme celle de la Combe du Grand-Bavard ?  

 

Malgré l'opposition prévue et les difficultés de la chose les juges se mirent résolument à l'oeuvre. Une assemblée générale des sociétaires fut convoquée pour le 21 avril 1885. Plans et devis lui furent soumis et dans sa majorité elle vota les propositions des juges avec pleins pouvoirs d'exécution.

 

Les installations de la nouvelle ligne se composent pour le moment d'un stand et d'une ciblerie à 300 mètres. Celle-ci est placée de façon que la distance de 400 mètres pourra être située au même niveau que l’ autre et sur une même ligne. Puis, suivant les besoins, il sera facile de trouver toute distance voulue jusqu’à mille mètres.

 

Maintenant voyons ce qu'a coûté le transfert de la ligne de tir, voyons si elle a causé la ruine de la Société, comme quelques-uns de ses adversaires se plaisaient à le le dire :

Le prix de la ciblerie n'entre pas en compte, car sur l'une ou l'autre place les frais en étaient les mêmes (1700 fr).

 

Le stand nouveau a coûté environ

1200.-

Le déplacement de la ligne télégraphique

  167.-

Ensemble

1367.-

D'autre part l'ancien stand a été vendu

  525.-

Perte nette

  842.-

 

 

C'est donc pour cette minime somme que la Société a acquis une ligne apte à satisfaire les besoins à venir.

Encore une fois fallait - il reculer devant cette dépense ?

 

Nous ne voulons pas refaire l'historique de cette période troublée, ni des luttes que les juges eurent à soutenir; tout cela, quoique passé à l'état d'histoire, est encore dans les coeurs, aussi ne voulons-nous rien raviver.  Au reste la génération actuelle est mauvais juge. C'est à nos après-venants que nous en remettons le soin de décider si l'administration de 1885 a fait chose utile en leur léguant une ligne de tir modèle que nous envient nombre de sociétés moins privilégiées. Pour nous nous allons avec confiance au devant de ce jugement et sans vouloir tresser des couronnes aux juges de 1885, nous avons le sentiment qu'ils ont bien mérité de la Société de l'Abbaye.

 

Nous ne terminerons pas ce petit travail sans donner quelques détails statistiques concernant la Société et quelques données sur sa situation actuelle.

 

Dès sa fondation quatre générations et même cinq pour certaines familles se sont succédées.

 

La première année 92 sociétaires s'en faisaient recevoir; en 1783, 108 tireurs se présentaient à la cible, il v avait donc marche ascendante. Dès lors le nombre des tireurs de l'Abbaye a diminué progressivement. En 1827, 79 sociétaires étaient présent, au tir annuel; aujourd’hui ce nombre ne dépasse guère soixante. Non pas que la Société né compte que cela de membres, car on peut bien les supputer à 100 environ. Cette diminution dans la fréquentation a des causes qui seront indiquées plus loin.

 

Une petite recherche sur le nombre des fondateurs représentés encore aujourd'hui par leurs descendants nous a causé une surprise. En effet  des 92 sociétaires de la première année 9 seulement ont leur droit conservé. Tous les autres ont donné des échutes à différentes époques, faute d'héritier mâle; il existe bien des collatéraux auxquels les statuts de' l'Abbaye n'accordent pas de reprise.

 

Voici les noms des 9 citoyens dont le droit remonte à la fondation ainsi que ceux des fondateurs.

 

Fondateurs

 

Moïse Rosselet, ancien d'église

Joseph Beymond,ancien d’église          

Etienne Piaget, ancien d’église

Moïse Hainard, charpentier

Jean Simon-Rosselet

Jean Barbezat

Abram Chédel, notaire

Moïse Guye, cordonnier

Antoine Lequin, lieutenant.

 

Sociétaires actuels (rappel: données tirées de l'Abbaye, 1893)

 

César Rosselet, au Parc (St-Sulpice)

Lucien Reymond, à Fleurier

Emile Piaget, aux Bayards

Numa Hainard, à Genève

Edmond Rosselet, à la Ronde (Verrières)

Alfred Barbezat-Redard, aux Verrières

Louis Alexandre-Chedel

Arthur Guye

Charles-Henri Lequin, à Fleurier;

 

Un dixième sociétaire qui se trouvait dans le même cas vient de mourir à St Imier sans enfants mâles, c'est M. Ami Rosselet descendant de Abram Rosselet, capitaine, l'un des 92 fondateurs.

 

Tout comme pour le nombre des sociétaires qui fréquentent nos tirs annuels la fortune de la Société a subi une marche ascendante et descendante. Ce fonds, composé des mises d'entrée des membres, des échutes, des dons divers et des bénéfices des jeux a dépassé la somme de 14,000 fr., immeubles non compris. C'est vers 1861 que la Société possédait le plus fort capital. Aujourd'hui, le fonds réalisable ne dépasse guère 5200 fr sans les immeubles. Cette réduction a été causée par les sacrifices que la Société a faits à différentes époques pour les installations de tir et pour le dire, en passant, l'Abbaye s'est toujours maintenue à la hauteur des progrès, elle n'a rien négligé pour cela.

Une autre cause de la diminution a bien été la perte de 3000.- sur une obligation hypothécaire française.

 

Cette situation financière ne s'améliorera pas à moins de ressources bien hypothétiques car d'autres dépenses sont à prévoir, cibleries nouvelles, pare-balles spéciaux ceci en raison de l'introduction du fusil à petit calibre

 

Voici encore quelques autres chiffres statistiques qui résultent de ce résumé chronologique:

de 1755 à 1842 la distance du tir a été de 75 mètres, de 1842 à 1866 de 112 mètres, puis on utilisa celle de 175 et enfin de 300 mètres qui est celle actuelle, mais elle sera avant peu accompagnée d'une nouvelle, à 400 ou 450 mètres.

 

Nos ancêtres de 1755 se servaient du fusil à pierres, les fusils à piston suivirent avec charge à la mailloche; dans les années 1850  à 1885 apparurent  les carabines américaines à petite balle conique. Cette dernière arme fut détrônée, la carabine fédérale se chargeant encore par la bouche du canon, enfin vint la carabine actuelle à cartouche métallique, se chargeant par la culasse, dont le dernier mot, pour le moment est le Martini et le fusil à petit calibre. En 137 ans, voilà certes un immense progrès, réalisé dans ce domaine. Les cibleries ont aussi bien changé de système et il a loin se la cible en planches, posée sur terre contre des supports, de l'abri en pierre et découvert où se garait le cibare, aux fossés fermés avec cibles à glissoir utilisés  de nos jours !

 
     

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